CHAPITRE XI
Quelle doit êlre la vie d'ua parfait prédicateur; en quel temps, avec quelle circonspectioB, et dans quel seutiment il doit exercer son ministère.
Nous avons enfin achevé ce que nous avions à dire concernant la manière de prêcher. Ce qui reste maintenant est de tirer, en forme de conckision, quelques instructions que le prédicateur doit avoir toujours devant les yeux^ comme les principaux points et les règles capitales de son saint emploi ; car, s'il a soin de les suivre exactement, il deviendra bientôt un excellent ouvrier dans la vigne du Seigneur. Mais avant cela, il est bon de rappeler ce que nous avons dit, au premier livre, du prédicateur même, et de toucher à son égard, en peu de mots, ces quatre points : Quelle doit être sa vie; en quel temps il doit entrer dans son ministère ; avec quelle circonspection, et pour quelle fm il doit l'exercer.
\° Quant au premier, c'était le sentiment des Pères du désert qu'il fallait que celui qui voulait travailler au salut des âmes par la prédication, eût auparavant travaillé lui-même à modérer tous les désirs et les mouvements de son cœur, et à s'en rendre si bien le maitre, que la vertu lui étant devenue comme naturelle, il put, avec peu de soin et sans peine, régler toujours saintement ses mœurs et ses actions, et tenir toutes ses passions dans le devoir ; car celui qui n'est point encore maître de ses passions et de ses désirs, et qui a nécessairement à combattre sans cesse contre la violence impétueuse des mouvements de la chair, n'est pas propre à réprimer les passions des autres, ayant besoin lui-même de toute son application et de toutes ses forces pour modérer les siennes. Aussi n'appartient-il qu'aux hommes déjà exercés dans la vertu, de donner l'instruction aux autres, et de les attirer à l'amour de Dieu, dans lequel ils sont eux-mêmes déjcà affermis, et comme profondément enracinés.
C'est ce que la nature même nous montre dans les arbres et dans les animaux ; car les arbres ne produisent pas leurs fruits aussitôt qu'ils sont plantés, ni les animaux le jour même qu'ils sont nés, mais seulement lorsqu'ils sont forts et parvenus à leur juste gran-