‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 335 sur 347 · LIVRE VI, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE XIII

son, et que l'on n'y entend aucun bruit qui puisse distraire l'esprit de son application ; la solitude et l'obscurité d'un lieu retiré rendent aussi l'esprit plus vif et plus clair dans ses pensées et dans ses réflexions; mais un lieu sacré, et surtout où Jésus-Chi'ist repose dans la sainte Eucbaristie, est sans comparaison plus propre et plus avantageux que tout autre; car la présence de ce divin Sauveur dans ce sacrement touche et dispose d'une manière admirable le cœur et l'esprit de tout homme qui craint Dieu et qui vit dans la piété, et elle le porte toujours à des pensées solides et utiles pour le salut, plutôt -qu'à de vaines subtilités.

On doit cependant prendre garde, quand on veut s'appliquer à la considération des choses qu'on a recueillies et préparées pour le fond et la matière d'un discours^ de commencer d'abord par celles qui ont fait de plus fortes impressions dans notre esprit en les lisant, et que nous avons jugées les plus salutaires à nos auditeurs; car ces mêmes choses nous toucheront sans doute et nous animeront facilement, comme elles ont déjà fait; et notre esprit, enflammé de cette ardeur, en sera plus disposé à former ses pensées et ses réflexions sur tout le reste, depuis le commencement jusqu'à la fin. Il faut, dans cette application même, que nous tâchions, après avoir développé un raisonnement, ou approfondi quelque mystère, de tourner et d'ajuster, autant qu'il est possible, tout ce que nous avons dit au principal but de notre ministère, c'est-à-dire, à exciter des mouvements de piété dans les esprits, et à les porter à une vie vraiment chrétienne.

Nous devons aussi traiter en même temps à cet effet, s'il y a lieu, les choses que nous avons marquées, comme étant la propre matière du grand style, ou du genre sublime d'éloquence, parce qu'elles sont les plus puissantes pour remuer les esprits et toucher les cœurs des auditeurs, en quoi consiste, comme il a déjà été dit après saint Augustin, la principale et la plus importante des trois parties de l'orateur évangélique. Rien ne peut être ni plus utile, ni plus louable, ni plus agréable au peuple et à tous les auditeurs qui ont du sens et de la sagesse, que ce soin et cette adresse de tourner toujours à ce but le fil de notre discours, tout en étant comme naturellement persuadés que les prédicateurs sont établis pour

corriger les mœurs des hommes, et régler saintement leur vie. Enfin, après cette étude et cette application, le style se formera aisément et sans peine, et il en sera comme une suite naturelle, car nous parlons toujours bien des choses <]ue nous savons bien, et nous savons toujours bien celles que nous avons longtemps et souvent repassées en nous-mêmes, pesées, méditées et approfondies avec toute la force et toute la pénétration de notre esprit., Au commencement, le style n'étant pas encore bien formé, il est bon d'écrire en sa langue tout le sermon mot à mot, quoiqu'alors, à moins que d'être très-attentif aux règles de la prononciation, il y ait quelque sorte de danger qu'on ne le prononce tout d'un même ton, comme font d'ordinaire ceux qui récitent ce qu'ils ont appris par cœur; mais lorsque le style se sera fortifié par un continuel exercice, il faudra s'épargner cette peine de tout écrire; car il suffira de marquer, soit en latin, soit en langue vulgaire, d'une manière courte et abrégée, tout ce qu'il y a de plus clair et de plus aisé à dire et à faire entendre sur-le-champ. Pour ce qui est des endroits plus difficiles, et qui demandent plus d'art, il faudra les écrire comme on doit les prononcer ; nous mettons de ce genre ces figures de mot qui consistent en de petits membres détachés, ou en des parties courtes et dégagées, qui ont entre elles une sorte de proportion ou d'égalité pour le nombre et la cadence, dont (saint Cyprien se sert souvent et très-élégamment, comme en cet endroit : « Les préceptes de l'Évangile, mes très-chers frères, ne sont autre chose que des enseignements divins, que les fondements de notre espérance et les appuis de notre foi, que la nourriture du cœur, que des guides pour nous conduire, et des secours pour nous sauver; car, tandis qu'ils instruisent sur la terre les esprits dociles des fidèles, ils les mènent au royaume des cieux K » Lors donc que ces sortes de discours viennent à propos dans un sermon (ce qui doit arriver quelquefois, parce qu'ils ont beaucoup de grâce

* Evangelica prœcepta, fratres charissimi, nihil sunt aliud quàm magisteria divina, fundamenla sedificandœ spei, lirmatnenta corroborandae fidei, nutrimenta foveudi cordis, guberuacula dirigendi itineris, prœéidia obliuendœ salutis, qu;e dura dociles cr^dentium menlcs in terris iustruunt, ad cœlestia rcgna perducunt. De Oral. dûminicA.

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