‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 338 sur 347 · LIVRE VI, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE XIV

exprimons; en sorte que si elle ne chatouille pas les oreilles, elle n'ait au moins rien de rude qui les blesse. C'est ce que pourront faire avec plus de facilité ceux que la nature a favorisés d'une voix claire, nette et agréable, s'ils ne négligent pas ce soin dans la prononciation.

Il faut prendre, non pas toujours, mais de temps en temps, lorsque le sujet le demande, un ton de voix animé, qui réveille et qui émeuve les esprits, sans quoi le discours semblerait languissant ; mais il faut pour cela régler et modérer si bien cette ardeur et cette impétuosité, que l'effort de la voix ne soit pas outré de telle sorte, que les artères du poumon en soient offensées.

Ces qualités principales de l'action et de la prononciation , que le prédicateur doit avoir toujours en vue, sont amplement expliquées au troisième chapitre de ce livre ; mais afni qu'il puisse les contempler toutes d'une seule vue,, s'il s'est attaché auparavant à suivre quelque prédicateur de distinction qui excellât principalement dans ce talent de la prononciation,, il ne lui sera pas inutile de se le proposer pour modèle, et de se le figurer même comme présent devant les yeux et dans l'action ; car il découvrira d'un seul regard dans cette image qu'il en aura devant lui, la véritable manière de prononcer; que s'il en a suivi deux qui excellassent l'un et l'autre selon leur caractère et leurs manières différentes, qu'il se les figure de même comme présents devant lui, afin que tout ce qu'il a observé d'excellent en chacun, se présentant tout à la fois à son esprit sous cette image, il y découvre ainsi d'une seule vue plusieurs manières agréables de conduire sa voix et son action. Mais ce à quoi il doit soigneusement prendre garde, est de ménager si bien l'attention de son esprit, lorsqu'il parle et qu'il est appliqué à bien dire, qu'il en donne aussi en même temps une partie à la prononciation ; car il y a là dans les intervalles du discours certaines petites pauses qui donnent lieu de pourvoir à cela,, sans rien ôter àl'élocution ; et l'esprit de l'homme a tant de force et d'activité, qu'il peut dans un même espace de temps prévoir ce qu'il faut dire, comment il le faut dire, et tout ensemble le ton de voix et le geste qui conviennent à chaque chose que l'on dit. ]

o64 RHÉTORIQUE ECCLÉSIASTIQUE.

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