‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 38 sur 347 · LIVRE II, CHAPITRE II. Cti · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II. Cti

été insupportable de saug-froid. Qu'était-ce donc quand il agissait ainsi au milieu de la crapule ! La cruauté vient presque toujours à la suite du vin; il aigrit, il envenime l'âme la plus saine. Les yeux, à la suite d'une longue maladie, deviennent sensibles et sont blessés par les moindres rayons du soleil ; de même la continuité de l'ivresse rend l'homme farouche et d'un commerce difficile. Comme il est souvent hors de lui-même, ses vices se fortifient par l'habitude de la démence ; nés dans le vin, ils subsistent sans lui '. »

Il était à propos de rapporter dans cet endroit tout ce passage de Sénèque, parce qu'on y trouve clairement marquée la différence de la rhétorique et de la dialectique. 11 ne faut pas néanmoins qu'un orateur parle toujours de cette manière : elle n'est bonne que quand la chose demande moins d'être prouvée que d'être amplifiée ; car /dans les sujets qui ont besoin de preuves, il faut imiter la brièveté ingénieuse des dialecticiens,\en sorte néanmoins que le discours, comme il a déjà été dit, ne soit pas seulement composé d'os et de nerfs, mais aussi revêtu de chair et de peau, c'est-à-dire des ornements de l'art oratoire.

Considérez encore à ce sujet ce que dit saint Augustin, que l'orateur chrétien doit parler de telle sorte que non-seulement il soit écouté intelhg enter, mais encore libenter et obediente/\ c'est-àdire que non-seulement on comprenne bien ce qu'il dit et qu'on en soit touché, mais qu'on se plaise à l'entendre, et qu'on se rende à ce qu'il a voulu persuader ; et c'est ce qui ne peut se faire par un discours sec et serré, comme sont ceux des dialecticiens. C'est pourquoi saint Augustin ajoute : « Il est quelquefois plus important d'émouvoir les auditeurs que de les instruire, afin qu'ils aient le courage de faire ce qu'ils savent déjà, et qu'ils consentent et se déterminent volontiers à pratiquer les choses dont ils sont déjà convaincus. C'est pourquoi il faut donner plus de véhémence à ses discours ; alors les prières, les menaces, les exhortations, les instances, en un mot tout ce qui est capable d'émouvoir et d'agiter les cœurs doit être mis en usage ^. »

' Senec, ep. lxxxiii.

* De Doctr, christ., lib. lY, cap. iv.

TOM. XIX. o

On voit par là, ce nous semble, en quoi la dialectique et la rhétorique conviennent, en quoi elles diffèrent; et l'on comprend eoïnbieu il est plus difficile de porter la volonté des hommes à pratiquer les vérités qu'on leur enseigne, que d'en convaincre leur esprit par des raisons et de les porter simplement à les croire.

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