‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 41 sur 347 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Combien il y a de sortes de questions.

Puisque les raisonnements et les preuves, dont nous avons à parler dans ce second livre, sont toujours employés pour traiter quelque question, il me semble que nous devons commencer par expliquer combien il y a de sortes de questions dont on peut traiter. On en distingue de deux sortes : l'indéfinie ou indéterminée, communénTent appelée Ikhe ou position ; la définie ou limitée, qu'on nomme hypothèse, couse ou sujet particulier. La thèse, ou question indéterminée, est ce qu'on propose en général, sans désigner aucune circonstance de personne, ni de temps, ni de lieu, ni d'autres semblables choses. L'hypothèse, ou question limitée, est ce qui peut se proposer touchant certaines choses particulières revêtues des circonstances, ou des personnes, ou du temps, ou des lieux, ou d'autres choses qui les déterminent. Ainsi, de savoir s'il

est avantageux de se marier, c'est une thèse ou une question indéterminée ; mais de savoir si un philosophe, ou un vieillard doit le faire en tel temps, dans un tel lieu ou dans telle rencontre, s'il doit prendre une femme étrangère, sans dot, vieille ou jeune, si Pompée doit épouser Julie, c'est une hypothèse ou une question définie et limitée. On appelle circonstance tout ce qui rend une question définie et déterminée, comme la personne, la chose, l'origine ou la cause, le temps, le lieu et le mode ou la manière d'être, dont nous parlerons plus particulièrement ailleurs. '-'"' La question indéfinie ou indéterminée est de deux sortes : car, ou elle regarde la connaissance de quelque chose et a pour fin la science, comme s'il s'agissait de savoir si la terre est ronde, s'il y : a dans le monde une véritable amitié ; ou bien elle regarde la con- / duite et les mœurs, et a pour fin l'action, comme, par exemple, si [ l'on doit se mêler du gouvernement de la république,] par quels \ moyens on doit cultiver et entretenir l'amitié. La première a trois j genres, que les dialecticiens enseignent distinctement dans le traité des propositions simples et composées : si la chose est ou existe, ce qu'elle est, et quelle elle est. Le premier regarde l'existence des choses, comme : y a-t-il eu des pygmées "^le monde a-til toujours été? sera-t-il toujours de même ? (L'autre concerne leur nature, comme : qu'est-ce que l'àme ? Le troisième comprend leurs qualités, comme : est-il honorable, ou est-il utile d'étudier la philosophie ? La seconde sorte de question indéfinie, qui a pour fin non la science, mais l'action, se subdivise en deux genres : l'un est pour l'office ou le devoir, comme lorsqu'on demande s'il faut se charger d'enfants, en prendre soin, les traiter avec douceur; l'autre est pour les mouvements et les affections qu'il faut ou excii ter, ou modérer, ou arrêter et détruire : ce qui renferme les i exhortations à la défense de la patrie, à l'honneur et à la gloire, et tout ce qui se dit pour porter à la compassion et aux larmes, , pour retenir et apaiser la colère, pour ranimer le courage et dissiper la crainte, pour réprimer les emportements et les excès de joie, et pour adoucir les douleurs et les ennuis.)

Cette division des questions nous fait connaître trois choses qui sont très-nécessaires à l'art oratoire. La première est que pour la

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