CHAPITRE V
Des lieux d'où se tirent les arguments qui servent principalement à prouver les questions iadé terminées
/ Aristote, Cicéron, Boèce, et plusieurs autres excellents auteurs qui ont traité de ces lieux oratoires, les réduisent tous à deux sortes par la première division qu'ils en font : l'une est des lieux artificiels, et l'autre des lieux non artificiels. Tous les témoignages et toutes les autorités divines et humaines, tous les divers exemples, c'est-à-dire les actions et les paroles remarquables des hommes illustres, sont de cette seconde sorte; et tous les autres heux ou attributs qui se trouvent dans la substance même de chaque chose, \ ou qui sont liées en quelque sorte avec elle, soit nécessairement, soit sans nécessité, se rapportent à la première. On appelle lieux ; artificiels ceux d'où se tirent les arguments que nous trouvons par I notre industrie et par les règles de l'art, et non artificiels ceux où \ nous prenons les preuves qui ne dépendent point de notre industrie, mais que nous trouvons toutes faites, (quoiqu'il appartienne très-particulièrement à l'art de les employer d'une manière agréable et avantageuse,) si ce n'est, comme dit un auteur moderne (Rodolphe Agricola), qu'on ne veuille croire qu'il n'y a point d'art dans ce parallèle que fait Lucain entre Caton et les divinités païennes :
Les dieux servent César, mais Caton suit Pompée '.
1 Mais, bien que cette dernière sorte de lieux comprenne seulement les exemples et les témoignages divins et humains, elle ne laisse pas de nous ouvrir un champ immense de preuves et de raisonnements : car tout ce qui se trouve renfermé, soit dans les
1 Quis justiùs induat arma
Scire nefas, masno se judice quisque tuetur. Viclrix causa diis plaçait, sed victa Catoui.