‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 44 sur 347 · LIVRE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V

Écritures divines, dans les sacrés canons, dans les conciles, dans les Pères et les Docteurs de l'Église, soit dans les livres et les préceptes des philosophes, des historiens et de tous les sages du monde, peut nous servir d'arguments, et ces sortes de preuves ne se trouvent ni par l'art ni par l'industrie de l'orateur, mais par une grande et exacte lecture des auteurs.

Pour revenir à notre objet, ' tout le secret de l'art, lorsqu'on a^ quelque proposition vraie ou fausse à prouver ou à combattre, ( c'est de rechercher soigneusement et d'examiner tout ce qui convient aux deux principaux termes, ou , comme parlent les dialecticiens, au sujet et à l'attribut de la proposition,; c'est-à-dire toute la généalogie de l'un et de l'autre terme, savoir : leur genre, leur espèce, leur définition et les autres sortes d'attributs, qui sont comme autant de lieux d'où se tirent les preuves et les raisonnements sur toute sorte de questions et de propositions. Lorsqu'on \ prouve que quelque chose convient au sujet et à l'attribut dans la I juste disposition des termes, il n'y a point de doute que l'un ne | s'affirme véritablement de l'autre, puisque c'est une nécessité que i les choses qui conviennent à une troisième aient entre elles ley même rapport, et la même convenance; ^t que si, au contraire, elles lui sont opposées, elles le soient aussi entre elles. Ce que le célèbre Rodolphe explique par une comparaison fort claire : « Si vous êtes en peine , dit-il, de savoir si deux colonnes que vous voyez éloignées l'une de l'autre sont égales ou inégales, et que pour le connaître vous appliquiez une même mesure à l'une et à l'autre, vous jugez de leur égalité ou de leur inégalité; par la convenance ou la disproportion qu'elles ont chacune par rapport à cette mesure. «(Il en est de même du raisonnement; et cette troisième chose ou idée que l'on doit appliquer à l'une et à l'autre partie s'appelle le moyen, et se prend de tous ces attributs des choses que nous avons marquées ci-devant. )

Mais ce qui importe le plus, c'est d'éclaircir par quelques exemples ce que nous avons dit jusqu'ici.; Supposant donc que nous devons traiter liu pieux exercice (de la prière et y porter les hommes, | commençons par examiner et rechercher exactement tout ce qui convient à la conversation avec Dieu, pour en tirer les preuves et

72 RHETOHlOrE ECCLÉSIASTIQUE.

les raisonnements qui peuvent servir le plus à la persuader et à la faire embrasser à nos auditeurs. (La prière a pour genre la religion, qui est la plus importante de toutes les vertus divines. Par sa définition, elle est une élévation de notre âme vers Dieu, ou une humble demande que nous lui faisons de nos véritables besoins. Sa cause principale est le Saint-Esprit qui nous porte à prier, et ^ « qui prie lui-même pour nous par des gémissements ineffables ' . » Les autres causes ou motifs de la prière sont les misères continuelles de cette vie, les périls où nous sommes sans cesse exposés, la pente et l'inclination malheureuse que le cœur de l'homme a toujours au mal, et qui le tient dans un continuel besoin de la grâce, et l'extrême bonté de notre Dieu qui nous commande d'implorer ce divin secours , et qui promet de l'accorder à ceux qui le demandent.

Les effets de la prière sont : 1" de nous mériter un accroisserhent de grâce et de gloire ,. comme les autres œuvres de vertu que l'on fait dans un esprit de charité ;\2° de satisfaire à Dieu pour nos offenses ; 3" de nous obtenir ce que nous demandons,yi nous la faisons comme il faut; 4" « de nous fortifier dans l'homme intérieur par l'esprit de Dieu 2, » comme dit l'Apôtre, et de nous remplir de sa lumière céleste, de ses consolations et de ses douceurs spirituelles. Vil y en a enfin beaucoup d'autres dont le dénombrement serait trop long.

Les diverses sortes de prières sont la vocale qui se fait par paroles, et la mentale qui se fait par pensées, ou plutôt celles que l'Apôtre nous a marquées par ces paroles que Cassien explique dans ses Conférences des Pères : (( Je vous conjure avant toutes choses que l'on fasse des prières, des supplications, des demandes, des actions de grâces 3, » etc.flLes attributs qui sont comme nécessairement attachés à la prière, sont la foi, l'espérance, l'attentionjet l'application de l'esprit et du cœur à Dieu, et les autres

' Ipse spiritus postulat pro vobis gemitibus inenarrabilibus Rom., vm, 2ti.

* Flecto genua mea ad Patrem Domini nostri .Tesu Christi, ut det vobis virtute corroborari per spiritual ejus in interiorem hominem. Ephes., m, 14 et Ui.

3 Obspcro priinùm omnium fieri obsecralioues, orationes, postulatioues, gratiarum actiones. II Tim., ij, 1.

Page 1