‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 52 sur 347 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

utiles et très-nécessaires à un prédicateur, afin que dans les occasions où il doit parler, par exemple, de l'humilité, de l'amour de Dieu et du prochain, de la patience . de l'abstinence, de l'exercice de la prière, ou au contraire de l'orgueil, de l'avarice et de la dureté envers les pauvres, il n'ait qu'à consulter son registre sur chacun de ces sujets , et en prendre et choisir comme d'un amas de provisions tout ce qui lui semblera le plus avantageux pour le sujet qu'il doit traiter.

Il ne doit pas même se contenter de la lecture : il faut encore qu'il ne néglige rien de ce qui se dit de fort et de touchant par d'autres prédicateurs ou par des hommes habiles,] de quelque état ou condition qu'ils soient; qu'il ne perde pas non plus ce qui lui vient dans l'esprit pendant qu'il est occupé à autre chose, et qui a quelque force et quelque poids pour son ministère, mais qu'il écrive aussitôt le tout succinctement sur ses tablettes ou sur quelque petit papier'îj pour le placer ensuite à loisir en son rang dans son recueil; car nous tournons et manions avec bien plus de force et d'adresse, et avec une plus heureuse fécondité dans nos discours, les choses qui sont ainsi à nous comme étant des armes plus proportionnées à nos forces et à notre corps-^^La provision que nous en faisons^par ce soin et cette exactitude, augmentant peu à peu tous les jours, fee trouvejaprès quelques années devenue /un trésor jpresque inépuisable de preuves et de pensées excellentes et choisies sur toute sorte de sujets.

Quant à la lecture de l'Écriture sainte, il faut en s'y appliquant avoir soin de choisir particulièrement les endroits dont le sens est plus profond et plus caché ', comme il s'en trouve plusieurs dans les livres des Prophètes et de la Sagesse, qui étant mis dans leur jour, frappent plus vivement l'esprit et le cœur des auditeurs; car, pour ce qui est des passages communs et plus usités qui se trouvent partout dans les autres livres, et où le sens de l'Écriture est d'autant plus visible qu'il est exprimé d'une manière plus simple et peu figurée, ils ne touchent pas autant, à moins qu'on n'y en ajoute un plus spirituel par quelque explication remarquable fon-

1 Bossuet cûuseille. au contraire,, de s'attacher aux passages les plus simple et les plus clairs.

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dée sur les sentiments des saints; ce qui rend ces passages en quelque façon nouveaux de communs qu'ils étaient.

On doit aussi faire en sorte de joindre à la plupart des passages de l'Écriture, quelque développement qui en découvre les vues les plus spirituelles et fournisse un aliment à la piété, soit en pesant la force et la gravité des sentences, soit en expliquant les paroles figurées dont une seule renferme souvent une grande étendue de sens et de vérité. On doit cependant prendre garde de ne pas employer une foule de passages de l'Écriture pour la preuve d'une seule chose, comme font quelques-uns par une vaine ostentation d'une grande mémoire ou d'une profonde érudition , plutôt que par un véritable désir d'édifier leurs auditeurs. Il faut se contenter d'en choisir avec prudence quelques-uns des plus propres à établir ce qu'on veut persuader, sans écouter le dangereux amour de nos propres pensées, qui ne tend qu'à satisfaire la vanité de notre cœur. On ne manque pas d'occasions de se servir utilement en d'autres rencontres des textes qu'on aura supprimés.

Ceux donc qui auront eu soin d'amasser ce trésor par une exacte et diligente application à l'étude et à la lecture des saints Livres dans le temps convenable, avant de se donner à la prédication, ne manqueront pas d'y paraître toujours pleins d'une sainte gravité jointe à une féconde vivacité dans leurs discours, et de remporter beaucoup de fruit de leur travail. Mais que doit-on attendre des autres qui s'y ingèrent étant tout vides, indigents et stériles, sinon qu'ils laisseront infailliblement leurs auditeurs tels qu'ils étaient eux-mêmes lorsqu'ils sont entrés dans cette fonction ?

C'est pourquoi un prédicateur doit mettre son application et son étude principale à la lecture des divines Écritures et des saints Pères, afin d'appuyer, d'enrichir et de fortifier de leurs raisons et de leurs pensées les plus sohdes et les plus édifiantes, et de leurs expressions même, les raisons et les pensées qu'il trouvera dans son propre esprit, et tout ce qui sera de son invention dans ses discours; car la veine de l'esprit humain est fort petite et limitée: à moins qu'elle ne soit aidée et fortifiée par les études et les sciences des autres, comme par un surcroît de diverses lampes qui l'éclairent, il ne donnera que très-peu de lumière.

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