‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 53 sur 347 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

Un prédicateur a donc Iiesoiii de s'appliquer fortement à la lecture de toute sorte de bons auteurs, surtout des Livres saints inspirés par l'esprit de Dieu, et de faire en les lisant une exacte recherche des sentences les plus remarquables, qui ont le plus de poids et de gravité pour produire de vives impressions sur l'esprit et le cœur. Je pense donc que la raison qui a fait dire aux anciens que la nature fait le poète, mais que l'homme fait l'orateur, c'est que le génie de la poésie est un bienfait dont le poëte est principalement redevable à la nature, mais que l'art de l'orateur ne s'acquiert que par une étude laborieuse, par une étude continuelle accompagnée de méditation . par un grand exercice et par l'imitation.

Or il me semble qu'entre les auteurs sacrés, Jérémie. quoique moins poli dans le choix des paroles, comme dit saint Jérôme, doit être principalement regardé comme un excellent et admirable prédicateur ; car il est plein de figures si éloquentes et si animées d'un zèle de feu, la force et la vivacité de ses paroles sont si grandes, il décrit en tant de manières effrayantes la colère de Dieu, et il s'élève contre les dérèglements des hommes par des expressions si enflammées, qu'il est presque impossible de rien imaginer de plus grave, de plus véhément, et de plus proportionné à la grandeur et à l'importance de ses prédictions, de ses menaces et de ses exhortations.

A l'égard des Pères de l'Église, on doit s'attacher surtout à saint Chrysostome, comme étant le plus éloquent, et d'ailleurs ayant un si merveilleux talent de se proportionner à la portée du peuple, qu'il n'arrive presque jamais que son discours tende à autre chose qu'à l'instruction et à l'édification. La lecture des ouvrages de cet homme admirable servira toujours beaucoup pour le poids et la gravité des sentences, pour la force de l'élocution et pour Fart de remuer les esprits et les cœurs . surtout si l'on a soin de se les rendre familiers à force de les lire * ; « car, comme dit très-bien saint

' Le P. Aquaviva , cinquième général de la société de Jésus, donne un avi.s tout semblable : « La huitième industrie, dit-il, pour se former à la prédication , c'est de lire particulièrement saint Chrysostome, où l'on trouvera nonseulement le fond des choses, mais aussi la manière de les traiter, de les développer et de les persuader. » Ei-itre du 28 mai 1613.

Aug-ustiii, si l'on apprend à parler en fréquentant les personnes qui parlent bien, qui empêche qu'on ne devienne éloquent à force de fréquenter les personnes éloquentes? Et d'où sont venus les préceptes de l'éloquence, sinon des observations qu'on a faites sur la manière dont parlaient ceux qui avaient reçu de la nature même des talents et des dispositions avantageuses pour s'exprimer éloquemment? » C'est pourquoi ce saint docteur ajoute ensuite « que ceux qui ont l'esprit vif et pénétrant acquièrent plus facilement l'éloquence par l'assiduité à lire, à écouter et à imiter les discours des hommes éloquents, que par l'étude des préceptes de l'art * . »

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