LIVRE II, CHAPITRE VIII
mière espèce, quand on fait l'éloge de l'obéissance ou de la chasteté en général; et une question de la seconde, quand on veut louer en particulier l'obéissance d'Abraham ou la chasteté de Joseph. Or les lieux communs dont il a été parlé déjà, conviennent proprement aux questions du premier genre, que nous appelons des thèses. Mais pour celles du second ou les hypothèses., on ne se sert pas seulement de ces premiers lieux , mais encore plus particulièrement, et avec plus d'avantage, de ceux qui se tirent des circonstances des choses et des personnes, parce qu'ils comprennent ce qui convient à chaque personne et à chaque chose en particulier. Il faut donc expliquer quelles sont ces circonstances.
(On considère dans les personnes les circonstances suivantes : le nom, la naissance, l'éducation, la fortune, l'habitude ou le talent particulier, iles afTections du corps et de l'esprit,;. les inclinations, les desseins, les actions ou les faits, et les discoui's. )
!^La principale circonstance du nom est d'avoir été donné pour quelque raison remarcpable et extraordinaire.
(fin comprend dans celle de la naissance,\le sexe,(^la nation, la patrie, la liaison des parentés et des alliances, l'âge et la dignité, "^ c'est-à-dire la condition ou la qualité. Le sexe, ?si c'est un homme ou une femme; la nation, si c'est un Grec ou un étranger ; la patrie, s'il est d'Athènes ou de Lacédémone ; la liaison des parentés, quels sont ses ancêtres et de quels parents il est né ; l'âge, si c'est un enfant ou un jeune homme, un homme fait et dans sa force, ou un vieillard ; sa dignité, ou condition, ou quahté, renferme les dons de la nature qui regardent le corps et l'esprit, comme si la personne est forte ou faible, de grande ou de petite taille, bien ou mal faite, prompte ou lente dans ses actions ; si elle a l'esprit vif et pénétrant, ou pesant et émoussé ; si elle a bonne mémoire ou si elle OAiblie facilement ;'si elle est polie, officieuse, modeste et patiente, etc. En un mot, on doit considérer dans la naissance tous les talents du corps et de l'esprit, qui sont des dons de la nature; car ceux qui s'acquièrent par le travail et par l'industrie appartiennent à l'habitude, dont nous parlerons plus loin.
Dans l'éducation d'une personne, il faut considérer chez qui, en
quelles mains et sous quelle discipline il a été élevé ;/quels maîtres
«s RHETORIQrE ECCLESIASTIQUE.
il a eus, soit pour ses études, soit pour sa conduitejet pour le règlement de ses mœurs; quels sont ses engagements et (ses liaisons d'amitié ; à quoi il s'occupe,^quel est son négoce et son emploi ; comment il gouverne sa famille, et quelle conduite il tient ordinairement dans sa maison.
Dans la fortune, on regarde si la personne est de condition ( libre ou esclave, riche ou pauvre ; si c'est un simple particulier ou un homme public, puissant et élevé en dignité,] et s'il l'est justement ou par injustice ; s'il est dans la fortune et considéré ; s'il est heureux dans ses enfants, et quels ils sont ; de plus, s'il s'agit d'une personne qui ne soit plus en vie, il faudra considérer quelle a été sa mort.
Nous appelons affection toute sorte de mouvement ou de changement, qui se fait dans l'esprit pour quelque raison, selon le temps et les rencontres, comme la joie, le désir, la crainte, l'inquiétude, la maladie, la difformité, la faiblesse et les choses semblables.
' L'étude, stiidiwn, est une vive et continuelle application de l'esprit à quelque chose qui l'occupe avec beaucoup de plaisir, comme à la philosophie, à la poésie, , à la géométrie et à toute autre sorte de science et de belles-lettres.
Les desseins sont les résolutions que l'on a de faire quelque chose ou de ne pas le faire
Pour ce qui est des actions et des discours, on les considère par rapport au temps passé, au présent et à l'avenir : c'est-à-dire qu'on regarde ce qu'une personne a fait, ce qui lui est arrivé et ce qu'elle a dit; ce qu'elle fait maintenant, ce qui lui arrive et ce qu'elle dit ; ce qu'il faudra qu'elle fasse ou qu'elle dise.
De toutes ces circonstances que nous voyons attribuées aux personnes, on peut tirer divers arguments soit pour prouver, soit pour amplifier. La circonstance du nom, que nous avons mise la première, n'en fournit que rarement, si ce n'est lorsque ce nom même a été imposé pour quelque raison toute singulière, comme le glorieux nom de Jésus^ et ceux à' Abraham, de Sara, d'Isaoc, de Jacob, d' Israël, de Joseph, de Jean, de /'/erre et d'autres semblables.
Mais on en tire souvent des raisons très-justes des noms appel-