‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 6 sur 347 · LIVRE I, CHAPITRE II, § II. i · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II, § II. i

parole est un don si précieux, qu'y a-t-il que nous devions tâcher de perfectionner davantage ? » i

Suite du mêiue sujet : utilité de la rhétorique prouvée par l'exemple et par les témoignages des Pères grecs et des Pères latius.

Si quelqu'un croit qu'on doive moins estimer les témoignages de ces auteurs, parce qu'ils étaient païens, qu'il jette les yeux sur les plus fermes colonnes de l'Église et les plus éclatantes lumières du monde , je veux dire les saints docteurs grecs et latins, il verra qu'ils n'ont négligé aucune partie de l'éloquence dans leurs écrits. C'est ce que nous montre excellemment un saint évêque (Jean Angel, évêque de Chichester) dans sa préface de V Histoire de "] l'Église, qu'il a écrite en latin, où il en parle de cette manière : [ « Quelle idée nous formerons-nous de l'excellence des écrits de ces anciens Grecs, qui ont montré dans l'explication des divines Écritures une si vive pénétration d'esprit pour rechercher et pour éclairer la vérité, et une si douce et si pleine fécondité de paroles pour fléchir les esprits et gagner les cœurs des hommes ? Quant à moi, je crois qu'il n'y a personne qui soit assez éloigné de la raison pour n'y pas reconnaître et admirer la beauté, la force et l'élévation de la plus sublime éloquence. En eflet, (qui fut jamais plus éloquent dans ses paroles que saint Chrysostonie,)plus riche et plus élevé dans ses pensées, plus abondant en sentences, mais en sentences si pleines de sagesse, qu'elles semblent plutôt lui avoir été envoyées du ciel que formées par l'esprit humain ; enfin qui fut jamais plus admirable que ce grand saint, dans l'arrangement, dans le nombre, dans les baisons et dans les tours agréables et lins de tous ses discours? Cicéron disait autrefois de ceux d'Aristote qu'ils coulaient comme un fleuve d'or ; mais nous pouvons dire aussi très-justement de saint Chrysostome que, lorsqu'il parlait devant le peuple, il sortait de sa bouche d'or un fleuve d'éloquence très-précieux et tout divin. Ses paroles sont si propres à son sujet et si coulantes, qu'il n'y a rien de plus pur ni de plus charmant; et toute la liaison, toute l'économie de ses discours

tend avec une si douce véhémence à ce qu'il veut persuader, qu'elle s'y termine toujours heureusement, non par de longs circuits capables de causer de Tobsciirité, mais par des tours trèsjustes et très-clairs. Ou ne voit rien dans ses ouvrages qui ne représente connue une image de la plus belle éloquence ; et que serait-ce donc s'il les avait écrits dans une langue qui ne nous fût pas étrangère? [L'éclat, la douceur, les grâces, en un mot la diction, qui n'est bien connue et admirée que de peu de savants dans la langue grecque,] nous enchanterait sans doute et nous ravirait tous en admiration. »

Et que dirons-nous dei^Basile le Grandi? Qui fut jamais plus pénétrant dans l'invention, plus riche dans l'amplification, plus poli dans Texpression, plus exquis dans tout le discours? Il n'y a personne qui soit aussi animé que lui, lorsqu'il s'élève contre les vices; personne aussi ardent, lorsqu'il invite à la vertu; personne aussi bon peintre, c'est-à-dire qui ait des manières de peindre aussi vives et aussi naturelles, lorsqu'il veut mettre les choses devant les yeux. Il est plein de force pour convaincre et persuader, et pour toucher et fléchir les esprits et les cœurs. Enfm il tourne de toutes parts ses discours avec tant de facilité, que sou style est toujours véhément et élevé dans les grandes choses, et toujours doux et coulant dans les moins importantes; en sorte qu'un savant et très-habile homme n'a pas fait difficulté de l'appeler le Démosthène chrétien. ^

Après ce Père, qui puis-je vous proposer encore ici plus à propos entre les saints docteurs de l'Église grecque, que (saint Grégoire de Naziauze ,] son ami intime, en qui chacun peut trouver un excellent modèle de tous les genres d'éloquence? En effet, qui a jamais touché les choses plus ingénieusement, ou lié ses discours avec plus de justesse ? On peut dire de lui avec beaucoup de raison qu'il esti un second Thucydide dans sa prose, et un autre Homère dans ses vers !\ Car il est juste, court et serré dans ses expressions, sans obscurité ; et l'on trouve véritablement en lui ce que Cicéron [De Orut.^ I? 2) a dit de Thucydide, que toutes ses paroles étaient autant de sentences. Sa manière de raisonner n'a rien de vague ; elle est nette et serrée ; elle ne s'écarte jamais

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