‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 7 sur 347 · LIVRE 1, CHAPITRE II, § II · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE II, § II

trop du sujet, on la trouve toujours renfermée dans de justes bornes. Ses vers sont aussi toujours majestueux et pleins de grand sens, toujours soutenus par les oracles et les sentences de Jésus- Christ, et toujours riches en paroles et en expressions d'Homère. Ainsi, qu'il parle, soit dans le style libre de la prose, soit dans le style cadencé des vers, il parait toujours grand, toujours excellent dans l'un et dans l'autre. ^

Mais il faut savoir aussi avec quelle ardeur(il s'était appliqué à l'étude de réloquence}jIl s'en explique assez lui-même dans YOraison funèbre qu'il a faite sur la mort de son frère, saint Césaire, où il dit que ce bienheureux frère s'était retiré dans sa jeunesse à Alexandrie pour y apprendre à fond la philosophie; mais que pour lui, se sentant enflammé d'un tres-ardent amour pour l'art de parler éloquemment (ce sont ses propres paroles; , il s'y était diligemment appliqué; dans les académies de la Palestine, )qui étaient alors très-florissautes ; et il y fit tant de progrès queie fameux sophiste Libanius, qui enseignait la rhétorique avec beaucoup d'éclat, étant prié par ses disciples de leur déclarer celui qu'il croyait digne de remplir sa chaire après sa mort : « Ce serait, dit-il, ce Grégoire, s'il n'était pas chrétien; ») car Libanius était idolâtre.

Passons maintenant des Pères de l'Église grecque à ceux de l'Eghse latine. L'éloquent saint Jérôme avait un talent d'écrire si extraordinaire, qu'il a excellé dans toutes les parties de l'art ora toire. Il n'y a personne qui ait plus de feu ni qui soit plus ferme que ce Père, quand il entre en combat avec les hérétiques; personne qui pique ni qui presse plus vivement, quand il répond à ses calomniateurs ; personne qui soit plus agréable et plus élégant, lorsqu'il raconte des faits ; personne qui soit plus tendre et plus insinuant pour consoler ou pour louer dans les discours funèbres; personne qui ait plus de charmes et d'agréments, quand il s'ouvre familièrement à ses amis par ses lettres. Il est merveilleux de voir dans ses discours combien les expressions doublées et répétées d'une manière ingénieuse, combien les choses semblables comparées aux semblables, les choses contraires opposées aux contraires, répandent de jour, d'éclat, de magnificence sur les pensées. « En

sorte qu'il faut ou que saint Jérôme soit rejeté par les fidèles, ou que l'éloquence soit louée et estimée parmi eux dans l'Eglise *. » Voilà ce que dit l'évèque anglais.

On peut justement joindre à saint Jérôme le très-heureux martyr (lyprien, dont l'éloquence a été si dignement louée parJLactance, lib. V Divin, inslit. : « Cyprien a paru avec éclat, et s'est fait considérer singulièrement, parce qu'outre qu'il s'était acquis beaucoup de gloire dans sa profession d'enseigner publiquement l'éloquence, il a aussi composé plusieurs ouvrages excellents dans leur genre. Aussi avait-il une facilité merveilleuse et une trèsdouce fécondité d'esprit, et avec cela toute la netteté et tout l'éclat qui font la force et la perfection du discours ; en sorte que vous auriez peine à discerner dans ses ouvrages, s'il a excellé davantage à parler agréablement, ou à s'expliquer facilement, ou à persuader fortement. MEt le même Lactance^ dont saint Jérôme admire l'éloquence jusqu'à l'appeler un fleuve d'éloquence romaine, commence ses Institutions divines par exalter d'abord l'art de persuader, .en disant de l'étude et du soin qu'on doit y donner, ces remarquables paroles : « Le soin que nous avons pris de nous exercer sur des sujets inventés à dessein et sur des causes feintes, a servi beaucoup à nous rendre capable de soutenir maintenant par un talent de parler et plus riche et plus puissant la cause de la vérité : car , encore qu'on puisse la défendre sans l'éloquence , comme elle a souvent été défendue par plusieurs, on doit néanmoins avoir toujours soin de la parer de l'éclat et de la pureté du langage, et de n'en discourir même qu'avec quelque sorte de véhémence, comme dans l'ardeur d'une dispute, afin que paraissant dans sa force, appuyée du zèle de la religion, et enrichie des ornements du style, elle puisse toujours s'insinuer plus puissamment dans les esprits. »

Mais afin que personne ne s'imagine que la cause de l'éloquence, que nous n'avons encore appuyée que sur des exemples des Pères de l'Eglise, ne puisse pas se soutenir aussi par leurs propres témoignages, je produirai seulement ici celui de l'incomparable saint

1 Aut igitur pellatur Hieronymus, aut laudetur à christianis eloquentia.

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