LIVRE II, CHAPITRE IX
/ Ce saint Père prouve encore par l'induction que l'affliction est l'épreuve de la vertu, en ces termes : « C'est une vaine présomption que de se croire fort lorsqu'on est sans danger; on ne se connaît bien soi-même que dans les épreuves et les combats de l'adversité, j Un arbre qui est profondément enraciné, ne peut être ébranlé par les efforts et les secousses des venîs qui l'agitent; quand un vaisseau est solidement bâti, quelque battu qu'il soit des flots, ils n'y font point d'ouvertures, et de quelque manière que le vent souffle dans l'aire où Ion bat le blé, le bon grain qui est solide et plein lui résiste toujours, sans qu'il puisse rien emporter que la poussière et les pailles inutiles. »
Nous raisonnons de même par induction lorsque, voulant persuader quelque chose . nous rapportons pour preuves grand nombre d'exemples qui ont le même efTet. vC'est ain.si que Mathatbias, l'illustre père des Machabées, se voyant près de la mort, exhorta ses fils à la défense de la religion et de la loi de Dieu, en leur proposant la fidélité d'Abraham, la fermeté de Joseph.ie zèle de Phinées, l'obéissance de Josué, la généreuse confession deCaleb, la grande douceur de David, (l'ardeur d'Élie, jl'humble confiance d'Ananias, d'Azarias et de Mizaël, et la simplicité de la foi toujours égale de Daniel, afin de les y animer par ces grands exemples, et de les afîermir dans l'espérance qu'on doit avoir en Dieu, comme ce généreux défenseur de la foi de ses ancêtres le marque par ces paroles qu'il ajoute immédiatement après : « Ainsi, considérez tout ce qui s'est passé de race en race, et vous trouverez que tous ceux qui espèrent en Dieu ne succombent point ' . »
babere cousortem, ciuii sola omnem tcneat potesfaîein. Ad diviuuiii iiuperiuiu etia:ri de terris mutuemar exempluiu. Quando uuqnàm regoi societas aut cum fide cœpit, aul sine cruore desiil? Sic Thebanorum germanitas rupla, et perjoaueus rogis dissidentibus eli^m iu morte discordia; et Romauos geminos unum non capit regnum, quoiuuum uleri cepit hospitium. Pompeius et Ca-sar atSuHo fuerunfc, uec lamen Decessitudinis fœdus iu aemulà polestate tonuerunt. Nec boc tu de bomine mireris , cùm in hoc omnis natm'a consentiat. Rex uiuis est a[iibas, et dus umus in gre.:iibu3, et in armenlis reclor uuus. Multô magis muudi uuus est rector. qui univer^a quaecumque sunt verbe jubet, ratioue dispensât, virtule consummat. S. Cyp., de Idolorum Vvinilale.
1 iLà cogitale per geueratiouem et geueraliouem,. quia omnes qui speraut in cum non iufirmantur. I Machab.. \i, Gl.
TOM. XiX. 7
Du syllogisme.
La forme des arguments ou la manière de prouver la plus parfaite après l'induction, c'est le syllogisme, que Cicéron appelle le raisonnement. La dialectique, qui en traite particulièrement, eu explique aussi à fond et très-amplement la nature et les règles : nous n'en dirons ici que ce qui regarde l'art oratoire. Il faut remarquer d'abord que, bien que les dialecticiens enseignent que tout raisonnement doit être composé de trois propositions, qui sont la majeure, la mineure et la conclusion, toutefois, comme il est souvent à propos, ainsi que nous le prouverons en parlant de l'enthymème, de supprimer dans le discours certaines propositions trop claires, il est aussi souvent nécessaire, lorsqu'on en avance d'obscures, d'y joindre en même temps des preuves pour empêcher l'impatience de ceux à qui Ton parle, qui ne peuvent quelquefois souffrir qu'on veuille les persuader par des raisons qui lem' paraissent douteuses; car, bien qu'on y remédie dans la suite, il est toujours désavantageux de produire, même pour un peu de temps, ce dégoût dans leur esprit. Ainsi il vaut beaucoup mieux que les preuves suivent immédiatement les propositions douteuses, d'autant plus que leur séparation a cela d'incommode qu'elle oblige à répéter chaque proposition que l'on veut prouver. C'est pourquoi la méthode des rhétoriciens, que l'on suit dans les discours ordinaires, est de joindre aux propositions douteuses les preuves qui les établissent, ce qui fait que leurs raisonnements ont d'ordinaire cinq parties; car à la majeure, on joint les preuves de la majeure, et à la mineure, les preuves de la mineure, et ensuite on conclut. ) Ils peuvent néanmoins n'en avoir que quatre, lorsque quelqu'une des prémisses n'a pas besoin de preuves, ou même que troiS;, lorsqu'elles n'en ont besoin ni l'une ni l'autre. Mais le raisonnement le plus solide et le plus accompli est celui qui est composé de cinq parties, dont' Cicéron nous donne un exemple) en cette manière : (« Tout ce qui est conduit et réglé par un sage conseil et une providence attentive, l'est toujours mieux que ce qui se fait sans