‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 66 sur 347 · LIVRE II, CHAPITRE IX, § IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IX, § IV

giiment en forme plaît bien moins, parce que, comme l'une des principales beautés d'un discours est d'être plein de sens , et de donner occasion à l'esprit de former une pensée plus étendue que n'est l'expression, c'est au contraire un des plus grands défauts d'être vide de sens et de renfermer peu de pensées, ce qui est trèsordinaire dans les arguments de l'école. De là vient aussi qu'ils sont si rares dans les entretiens et les discours ordinaires du monde, parce que sans même y faire réflexion, on s'éloigne de ce qui ennuie , et l'on se réduit à ce qui est précisément nécessaire pour se bien faire entendre.

Quelquefois /aussi lies deux propositions sont renfermées dans une seule, qu'on appelle épkhérhme. Saint Ambroise, exposant les souffrances de la Mère de Dieu à la mort de son Fils, nous en donne un exemple dans ce peu de paroles : « Vierge très-pure, vous n'aviez pas dans cette perte la consolation que trouvent les autres mères dans l'espérance d'avoir un autre fils '. » ;Ce saint docteur, au lieu du nom de Marie, se sert en cet endroit de celui de Vierge, comme étant, selon l'expression philosophique, le moyen terme de son raisonnement, duquel toute la force dé[.end. Aristote appelle sentence entliymématique, toute proposition qui renferme seule les deux parties de l'enthymème, comme celle-ci qu'il rapporte pour exemple: a Mortel, ne garde pas une haine immortelle. » Le raisonnement entier serait : Celui qui est mortel ne doit pas conserver une haine immortelle. C>r vous êtes mortel, ne gardez donc pas une haine immortelle. Mais l'enthymème parfait, qui se fait en supprimant la majeure , a bien plus de grâce : Vous êtes mortel, ne gardez donc pas une haine immortelle. \

Des dilemmes.

Outre ces sortes d'arguments, qui sont les principaux et les plus considérables, il y en a quelques autres qu'il est bon de joindre ici, à cause de la force qu'ils ont pour persuader. Nous commence-

' Nec U'iiit), VirgO; solatiiim liaboba?, quod alium esses fîliutn panlnra.

104 RHÉTORlOn-: ECCI.ÉSIASTIUUE.

rons parle dilemme, qui est iiiie sorte d'arpi-umeiit dont on ne peut accorder une partie qu'elle n^emporte la conviction du tout, comme quand CicéronVait parler Rome ou la patrie à Catilina, accusé de conspiration contre elle, en ces termes : « Retirez-vous donc, et ôtez-moi cette crainte, afin que si elle est véritable, j'évite par votre éloignement l'oppression dont je suis menacée, et que si elle est fausse, je cesse d'être en proie à des inquiétudes continuelles * ; » et quand il dit dans une de ses lettres à Quintus son frère : [« Si la colère est inflexible, c'est une extrême dureté, et si elle se laisse fléchir par la prière, c'est une très-grande légèreté ^. » )

On donne à cette sorte d'argument h nom de dilemme, à cause qu'il pousse et presse tellement de part et d'autre ceux qu'on veut persuader, que s'ils résistent d'uu^ côté, ils sont forcés de l'autre. De là vient qu'on l'appelle aussi Syllogisme cornu , parce que ses parties sont comme deux cornes disposées de telle sorte, que si l'on évite l'une, on est heurté et abattu par l'autre. Si un dilemme est véritable, ou bien si les conclusions de chaque partie sont nécessaires, il n'y a jamais de réplique ; mais s'il y a de la fausseté, ou que les conclusions n'en soient pas nécessaires, on en trouve la solution en deux manières , ou en le retournant contre celui qui le propose, ou en suppléant ce qui doit y être compris, et qui est sous-entendu dans chaque partie ou proposition particulière.\c'est ce qu'il faudra fair^^ eutendre après que nous aurons plus particulièrement expliqué la nature du véritable dilemme.

C'est un raisonnement composé, où, après avoir divisé un fout en ses parties, on conclut du tout ce qu'on a conclu de chaque partie ;\je dis, ce qu'on a conclu, et non pas seulement ce qu'on aurait 'affirmé de chaque partie, parce qu'on ne l'appelle proprement dilemme que quand ce que l'on dit de chaque partie est appuyé de sa raison particulière.î.Si, par exemple, je veux prouver que les pasteurs qui ne travaillent point au salut de leur troupeau, sont inexcusables devant Dieu, je le ferai par un dilemme en cette

• Quaiiiobreni discede, atqiie liuuc mihi timorL'ui oiipe, si veriis, ne opprilUiir : sin falius, ut tandem aliquando timoré desiuaui.

2 Si implacaliile» suut iracundia*, duiuma uL aceibitas; si aulem oxoiabiies, 5.umma levitai.

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