LIVRE II, CHAPITRE IX, § V
un plaisir de les lire en lenr langue, et ceux qui les peuvent lire en une langue étrangère, ne mépriseront pas pour cela leur langue naturelle * .\)
{\]n prédicateur peut très-bien se servir du dilemme en diverses occasions. Si, par exemple, il veut s'élever contre la cruauté d'Hérode, qui fit égorger tant de petits innocents à cause de la prédiction du prophète Micbée, qui marquait clairement l'avènement et le lieu de la naissance du Messie, afui d'envelopper dans ce carnage commun ce roi nouveau qui lui inspirait de la frayeur, il peut le faire en cette manière : Dis-moi, perfide, crois-tu ce que t'annonce cette étoile miraculeuse et la prédiction si claire de ce prophète, ou ne le crois-tu pas? Si tu n'y as point de foi, que ne t'en moques-tu comme d'il ne folle fiction et d'une rêverie? Mais si tu y as de la foi. comme tu le fais assez voir par le soin que tu prends de consulter les prophètes, quelle fureur et quelle folie est-ce à toi, qui n'es qu'un ver de terre, de prétendre rompre les desseins et les décrets de la divine Majesté, et de t'élever au-dessus de Dieu même ? Saint Cyprien s'est aussi servi de cette sorte de raisonnement contre Démétrien, en ces termes : « Quelle est donc cette fureur qui ne respire que le sang et le carnage ? quelle est cette insatiable passion d'exercer des cruautés? Choisissez plutôt l'un des deux : ou c'est un crime que d'être chrétien, ou ce n'est pas un crime; si c'est un crime, pourquoi ne me faites-vous pas mourir quand je le confesse si hautement? et si ce n'est pas un crime, pourquoi persécutez- vous un innocent -? »^
Des soiites ou rrradaliuiis.
/ Ce que les Grecs appellent sorifes, ce sont des raisonnements composés de plusieurs propositions qui dépendent l'une de l'autre, la seconde de la première, la troisième de la seconde, et ainsi du
' îmo verù pL latioa lèsent, qui eraeca non poterunt : et qui grasca poteruut, non conteraneut sua.
- Quae est liaec iusaliabilis carniiiciuae rabies? quae inexplebilis libido ssevitiae? Ouiii potiùs elige tibi alteram de dnobus : christiauum esse, aut est crimeu, aut
lOS RHÉTORIQUE ECCLÉSIASTIQUE.
reste, jusqu'à ce que. l'attriliut de la conclasion soit joint avec le sujet;, nous les appelons proprement gradations. Si je veux montrer, par exemple, que les avares sont misérables, je considère d'abord qu'être avare, c'est être plein de désirs et de passions ; et afin de pouvoir en conclure la misère que je veux prouver, j'examine encore ce que c'est qu'être plein de désirs, et je trouve dans cette idée celle d'être misérable, parce qu'on est privé de beaucoup de cboses qu'on aime et qu'on désire, ce qui me donne lieu de faire ce sorite : Les avares sont toujours pleins de désirs ; étant pleins de désirs, il manquent de beaucoup de choses, parce qu'il est impossible qu'ils satisfassent tous leurs désirs ; et c'est sans doute une véritable misère que de manquer de ce que l'on désire : donc les avares sont vraiment miséraljles.
■ Cicéronfee sert de cette sorte d'argument pour prouver qu'il n'y a point d'autre bien que la vertu. « Un bien est toujours, ditil, une chose à désirer ; ce qui est désirable est toujours à estimer ; ce qui mérite notre estime doit toujours nous être agréable et précieux : l'honneur doit donc aussi lui être toujours déféré. Ainsi tout bien est louable et estimable par lui-même; d'où il faut conclure qu'il n'y a point d'autre bien que ce qui est honnête ' . » ^ Cette manière de raisonner est ce que les dialecticiens appellent un argument par gradafion du premier au dernier 2.
, Saint Jérôme s'en sert dans une de ses lettres à Héliodore, eu ces termes : « Nul prophète n'est honoré dans son pays. Or, où il n'y a point d'honneur, il y a du mépris ; et où il y a du mépris, il y a souvent des injures à souffrir ; et où il y a des injures , la colère est souvent irritée; et où la colère s'irrite, on ne trouve nul repos; et uù il n'y a point de repos, l'esprit est souvent détourné de ses meilleurs desseins et de ses occupations ordinaires; et où l'esprit est ainsi agité et détourné par des inquiétudes , ce qu'il perd de ses
non est. Si crimen &èi, quid non interficis confilentein? si crimen non est, quid perst^queris itjuocentem?
' Elenim quidquid sit, quod lionura sil, id expeleudum : quod auiem expe- (eadiim, id est certè approbandum : quod vero approbandum, id grutum acceptutnq'îe habondum. Ergô eliam dignitas ei tribuenda e?l : bonuui igittir omne land-ibile. Ex quo efïicitnr. nt quod .-it honestum, id sit solum bonum.
2 A primo ad nllimum argunientatio.