LIVRE II, CHAPITRE M
peuple a fait deux maux : ils m'ont abandonné, moi qui suis une source d'eau vive, et ils se sont creusé des citernes entr' ouvertes, qui ne peuvent retenir l'eau * . n
( Moïse :s'élève aussi avec beaucoup de force contre les prévaricateurs dans un cantique, où, après avoir- reproché aux Juifs leur corruption et leur ingratitude envers Dieu, il s'écrie : « 0 race pervertie et corrompue 1 ô peuple fou et insensé ! est-ce ainsi que vous témoignez votre reconnaissance envers votre Créateur? N'est-ce pas lui qui est votre père, qui vous a possédé, qui vous a fait, qui vous a créé? Peuple ingrat, vous avez abandonné le Dieu qui vous a donné la vie ; vous avez oublié votre Seigneur qui vous a créé. Que ce peuple n'a-t-il un peu de sens, un peu d'intelligence, pour comprendre la fin qui est réservée aux impies ' ! etc. »
Un exemple très-propre au sujet que nous traitons se trouve dans un passage d'Osorio^ où ce saint évêque, après avoir exposé et amplifié le détestable crime que les Juifs ont commis en faisant mourir Notre-Seigneur Jésus-Christ, se livre à de justes sentiments d'indignation qu'il fait éclater en ces mots : « Tous les maux et tous les effets les plus funestes de la haine, de l'envie, de la cruauté, de la fourberie, de l'imposture, de l'impiété et de tous les autres crimes, je ne dis pas seulement que l'on peut commettre contre les hommes, mais que peuvent concevoir les plus audacieux et les plus scélérats de tous les hommes, étant mis ensemble, n'égaleront pas la moindre partie de cet abominable déicide des Juifs. Si les éléments muets pouvaient parler, quel crime ne feraient-ils pas à ces perfides , d'avoir par un si cruel attentat donné la mort au souverain Maître de toutes choses, sans la puissance duquel ils ne peuvent subsister ! Le ciel rendrait témoignage
1 Obstupescite, cœli, super hoc, et portÊe ejus desolamini vehementer; duo en;m mala fecit populus meus : me dereliquerunt fontem aquae vivae, et foderunt sibi cisteruas, cisternas dissipata», quae continere non valent aquas. Jerem., u, 12.
5 Haeccine reddis Domino, popule stulte et insipiensi Numquid non ipse est
pater tuus qui possedit te, et fecit, et creavit te? Deum qui te genuit de-
reliquisli, et oblitus es Domini creatoris tui...Utinàm sapèrent, et iutelligerent, ac novissima pro\iderentl Dnut., xxxii, 6, 18 et 29.
<24 RHÉTORIQUE ECCLËSIA'STIQUE.
contre la fureur de ces rebelles, dont le crime a été cause des ténèbres qui le couvrirent alors. La terre les condamnerait comme des monstres d'iniquité , elle qui a fait connaître à tout l'univers, par ses secousses et ses tremblements extraordinaires, l'extrême horreur qu'elle avait de porter les auteurs d'une si horrible et si sanglante cruauté. La mer accablerait de ses flots cette nation si perfide et si inhumaine, pour venger la majesté du Seigneur, à la parole duquel elle a obéi avec une si prompte soumission, au milieu des orages et du soulèvement de ses flots, pour la venger, dis-je , d'autant d'outrageants mépris dont elle l'a vue déshonorée*, » etc.
Saint Cyprien nous en donne aussi un très-bel exemple dans un de !^es sermons, où, après avoir proposé ces paroles du Seigneur : a Considérez les oiseaux du ciel : ils ne sèment point, ils ne moissonnent point, et ils n'amassent rien dans des greniers, » il s'élève contre la dureté des avares par ces paroles : « Dieu nourrit les oiseaux; des bêtes qui n'ont aucun sentiment de la Divinité ne manquent de rien ; et vous qui êtes chrétien, qui êtes serviteur de Dieu, qui vous employez à faire de bonnes œuvres, qui êtes cher à votre Seigneur, vous avez peur de manquer de quelque chose ! Croyez-vous que^i Jésus-Christ ne nourrisse pas ceux qui le nourrissent, ou que les choses de la terre puissent manquer à ceux à qui l'on donne même celles du ciel? N'est-ce pas là une pensée infidèle? ce sentiment n'est-il pas impie et sacrilège? Que fait un incrédule dans la maison de la foi ? Pourquoi vous appelle-t-on chrétien, si vous n'avez aucune confiance en Jésus-Christ? Le nom de pharisien vous conviendrait mieux ; car Notre-Seigneur parlant de l'aumône et nous avertissant de nous faire avec les biens d'icibas des amis qui nous reçoivent dans les demeures éternelles , l'Évangéliste ajoute : « Les pharisiens qui étaient fort avares, entendaient toutes ces choses et se moquaient de lui. » Nous en voyons aujourd'hui dans l'Église quelques-uns qui, comme les pharisiens, ont les oreilles et le cœur fermés, si bien qu'ils ne peuvent entendre aucun avis salutaire ; et il ne faut pas s'étonner
' Osorio, lib. I de Sapient.