LIVRE 11. CHAPITRE XI
que de tels hommes méprisent ce que disent les serviteurs, puisqu'ils ne tiennent aucun compte de ce qu'a dit le Maître lui-même. Pourquoi vous flatter de ces vaines imaginations, comme si en effet c'était la crainte de manquer qui vous empêchât d'être charitable^? Pourquoi tàchez-vous de vous couvrir de ces faux prétextes? Avouez plutôt la vérité, et puisque vous ne sauriez tromper ceux qui vous connaissent^ ne faites point difficulté de dire ce qui est dans le fond de votre cœur. N'est-il pas vrai que / l'avarice^ vous obsède, et qu'elle a répandu dans votre esprit des ténèbres épaisses qui vous empêchent de voir la lumière de la vérité? Vous êtes esclave de votre argent), La convoitise vous tient lié et garrotté, et vous êtes retombé dans la captivité , vous que Jésus-Christ avait délivré! Vous gardez des richesses qui ne vous gardent point, vous amassez des trésors qui ne font que vous charger ; et vous ne vous souvenez point de ce que Lieu dit au riche qui se réjouissait dans l'espérance d'une abondante récolte : « Fou que tu es, on te redemandera ton àme cette nuit ; et que deviendra tout ce que tu as amassé '? n\
1 Volucres Deus pascit, et passeribiis alimeufa diurna praestantur; et quibu3 nuUus divinae rei sensus est, eis uec polus nec cihus deest. Tu christiauo, tu Dei servo, tu operibus bonis dedito , tu domino suc caro aliquid exislimas defuturum? Nisi si putas quia qui Christum pascit^ à Cbristo ipse non pascitur, aut eis terrena deerunt quibus cœlestia et divina tribuuntur. Undè hsec incredula cogitatio? undè et impia et sacrilega ista meditatio? Quid facit in domo fidei perfidum pectus ? Quid qui Christo omninô non crédit appellatur et dicitur cbristianus"? Pharisaei tibi magis congruit nomen; nam cùm Dominus in Evangelio de eleemosynis disputaret, et ut nobis amicos de terrestribus lucris providà operalione faceremus^ qui nos postmodùm in tabernacula aeterna susciperent. fideliter ac salubriter prœmoneret, addidit post haec Scriptura dicens : (( .\udiebant autem haec omnia pharisaei qui eraut cupidissimi^ et irridebant eum. » Qualrs nunc quosdani in Ecclesià videmus, quorum praeclusae aures, et corda cœcata nullum de spiritualibus ac salutaribus nionilis lumen admittuut; de quibus mirari non oporlet quôd contemnant iu tractatibus servum; quandô a talibus ipsum Dominum videamus comtempUmi. Quid tibi in istis ineptis et stultis cogitationibus plaudis, quasi metu et sollicitudine fulurorum ab operibus retarderis? Quid umbras et prœstigias quasdam vanœ excusatiouis obtendis? Confiteie immô quae vera suut; et quia scientes non potes fallere, sécréta et abdita mentis exprome. Obsederunt animum tuum sterilitatis tenebraj , et recedente indè lumine veritatis, carnale pectus alta et profunda avaritise caligo csecavit. Pecuniœ tuse. captivus et servus es, catenis cupiditatis et vinculis alligatus es, et quem jàm solverat Christus, deuuô vinctus es. Servas pecuniam,
Ce même Père, parlant du luxe et de la vanité des femmes dans leurs habits, après avoir proposé sur ce sujet ces redoutables paroles du Seigneur dans Isaïe : « Parce que les filles de Sion se sont élevées et qu'elles ont marché la tète haute,.... leurs parfums précieux seront changés en mauvaise odeur, et leur ceinture d'or en une corde ', » etc., s'élève contre leurs vains ornements en cette sorte : « ('elles qui étaient élevées sont tombées par terre ; celles qui étaient si bien ajustées ont mérité de vivre dans le fumier; celles qui étaient vêtues de pourpre et de soie n'ont pu être revêtues de Jésus-Christ ; celles qui étaient ornées d'or, de perles et de diamants, ont perdu les ornements de l'âme et du cœur. Qui ne détesterait une chose qui a été funeste à un autre? Qui voudrait employer ce qui a donné la mort à ceux qui s'en sont servis? Si quelqu'un mourait après avoir pris un breuvage , vous ne douteriez point que ce breuvage ne fût un poison ; si un aliment tuait celui qui en mange, vous le jugeriez mortel, et vous n'auriez garde de boire d'un breuvage ou de manger d'un aliment que vous auriez vu en avoir fait mourir d'autres auparavant. Combien grande donc est votre ignorance et votre folie de désirer ce qui a toujours été nuisible, de croire que vous ne périrez pas par les mêmes choses que vous savez en avoir fait périr d'autres ^? »
Par là vous voyez de quelle manière un prédicateur, après avoir
quœ te servata uon servat. Patrimonium cumulas, f[uod te pondère suo oneral, nec meministi quid Deus responderit diviti exuberantium fructuum copiam stulta exultatione jactanti : « Stulte, ioquit, hac nocte expostuletur anima tua a te. Ouae ergo parasti cujus eruut? » S. Cyp., de Opère et eleemosynis.
1 Exaltatae suât filiae Sion et ambulaveruut alto collo, etc., erit pro odore sua'îitatis fetor, et pro cingnlo funiculus, etc. Is., m, 16 et 24.
2 Exaltata; cociderunt, comptae turpitudinera fœditatemque njernerunt, sericum et purpuram iudutae Chrislum induere non possunt. Auro et margaritis et monil bus adornatae ornamenta cordis ac pcctoris perdideruut. Quis nou id execretur et fuKÏat quod alii faerit exitio? Quis id appelai et assumai quod ad necem alterius pro gladio fuerit et telo? Si hausto poculo uioreretur ille qui biberat, venenum scires esse quod iile potavit. Si accepto cibo, qui acceporat interiret, scires esse lelbale quod acceptum potuit occidere ; nec ederes indè, nec biberes undè iuteriisse alios ante conspiceres. Nunc quanta ignorantia veri est! animi quanta dementia! id velle quod et nocuerit semper et noccat, et pulare quod indè ipsa nou pereas, undè alios periisse cognoscas? S. Cyp., de Habitu virc/inum.