LIVRE II, CHAPITRE XII
et que nous les domptons par la chasteté , et quand enfin laissant les voies larges et spacieuses de la gauche, nous suivons constamment dans tout notre voyage le droit sentier de la vie spirituelle ' . » Cet éloquent prédicateur, nous exhortant ensuite dans la même homélie à imiter Jésus-Christ et à marcher sur ses pas, afin de régler notre vie sur le modèle de la sienne, explique ainsi le sujet par parties : « Nous sommes assurés que nous suivons les pas et les traces de notre divin Maître lorsque nous avons laissé le chemin de la vie terrestre où le monde se perd, pour marcher sûrement vers le ciel dans le sentier étroit de l'abnégation et de la vie spirituelle ; lorsque l'obéissance et l'humilité règlent nos pensées et nos désirs et tiennent comme le gouvernail de notre volonté; lorsque notre esprit éclairé par la foi, ayant renoncé à tous les désirs de la terre, ne s'occupe plus que de l'espérance des biens futurs, et que notre cœur charmé de la beauté de ces biens célestes, soupire sans cesse après le bonheur de les posséder; enfin nous avançons dans les voies du salut, lorsque notre âme condamnant et rejetant avec mépris tous les plaisirs passagers de la vie présente, ne s'applique qu'à penser quand elle pourra être dégagée des liens du corps et séparée de cette demeure corrup-
1 Illnd qijôd per aliam viam regressi sunt. intelligamus utilitati ac saluti nostrae peculiariùs couvenire. Viœ eniui immutatio, vita; intelligitur emendatio ; nos quoque per alias iDcedimus vias, quaiidô veterem abnegamus homineiu, quandô superbiam susceptà humilitate deponimus, quandô ad patieutiam ab iracundicà mentem deflectimus, quaudô veleres voluptites et consuetudines pristinas ac desideria antiqua damnamus. Ad viam utique aliaui de errore Irausimus quandô universas concupiscentias, honestatis ac paupertatis amore caicamus, quandô castilate luxuriam subjugamus, sinistras semitas relinquentes^ dextro tramite iter spiritale conficimiis...
Certum est enim quia Cbristi carpimus vias, certum est qiiôd relicto itinere terreno iter spiritabî couficinans, quandô obedientia et humilitas mentis gubernaculum moderatur, quandô terrenis cupiditalibus repudiatis spes futurorum illuminatam occupât mentem, quandô illam bonorum cœlestium pulchritudinem cordis ima suspirant. Per salutiferas, inquam , gradiamur vias, quandô anima, damuatis omnibus praesentium rerum voluplatibus , id potiùs cogitât quandô sepositura sit tabernaculum corporis sui, rursùmque illud resurrectionis tempore receptura, ut cum eodem recipiat prout gessit, sive bonum, sive malum, cùm purissimis angelorum conspectibus offerendi, geterno judici rationem sumus de liberis conscientiis reddituri. Biblioih. max. Patr.^ tom. VI, p. 622, G, et 623, B.
tible, et quand viendra le temps de la résurrection, auquel elle sera réunie à ce même corps, pour recevoir avec lui sa récompense selon ses œuvres. »
Quelqu'un trouvera peut-être que je me suis trop étendu sur cet avertissement ; mais quiconque voudra considérer avec quelque attention le devoir des prédicateurs, ne trouvera point que j'ai été trop long. Vraiment ce m'est une peine insupportable que d'en voir quelquefois qui ne font rien moins que ce qu'ils sont plus particulièrement obligés de faire. Tandis que tous les efforts de l'oi'ateur sacré devraient tendre à procurer le salut des âmes, à corriger les mœurs corrompues des hommes, à leur enseigner les règles et les préceptes de la vertu, à les détourner du vice, à leur inspirer le.mépris du monde, l'amour et la crainte de Dieu, et les autres sentiments de piété, il y en a qui ne cherchent dans tout leur discours qu'à s'étendre sur des choses non nécessaires, ou plutôt vaines et inutiles ; en sorte que les auditeurs, qui croyaient en tirer quelque instruction salutaire pour la nourriture de leur àme, se trouvent, après les avoir entendues, aussi vides et aussi affamés qu'ils l'étaient auparavant. Ces prédicateurs ne sont-ils pas aussi couftables qu'un médecin qui, s'étant chargé du soin d'un malade qu'on lui aurait recommandé, négligerait de s'acquitter de ce devoir et ferait toute autre chose?
Quiconque veut donc bien prêcher et remplir dignement les devoirs de cet emploi, doit, comme un habile tireur qui ne perd point de vue le but où il vise, envisager toujours la fin de son ministère, pour y diriger toute la force de ses discours; et, comme un architecte ne pose aucune pierre dans un bâtiment sans y apphquer la règle et le cordeau, pour connaître si elle est taillée et placée justement selon son dessein : ainsi un fidèle et prudent dispensateur de la parole de Dieu doit examiner si tout ce qu'il se propose de faire entrer dans son discours se rapporte à sa fin. Lors donc qu'il a trouvé quelque pensée, ou inventé quelque chose à dire sur un sujet, qu'il se fasse à lui-même cette demande : « Quel effet peut avoir ceci pour le salut des âmes, pour le règlement des mœurs et pour la conduite de la vie des hommes? » et quand la pensée ne tend pas à cela, quelque subtile et délicate,