LIVRE II, CHAPITRE XIV, § I
bienfait du ciel, que vous ayez joui si longtemps de sa tendre amitié. C'est être injuste que de ne pas reconnaître dans celui qui nous favorise de ses dons, le droit d'en disposer comme il lui plait. C'est une véritable avarice que de ne pas regarder comme un gain ce qu'on a reçu, et de pleurer comme une perte ce qu'on a rendu. C'est être ingrat, que de se faire un sujet de plainte et de tristesse de la fin d'un plaisir dont on a joui. Enfin, c'est donner de trop courtes bornes à sa joie, que de croire qu'on ne jouit que des biens présents que l'on possède, et de n'estimer rien l'avantage qu'on a de les avoir possédés, après qu'ils sont passés. » 1
Quant à ce que nous avons dit, que les sentences s'emploient quelquefois dans le discours pour des raisons et des preuves de ce que l'on veut persuader,(saint Cyprien' nous en montre un exemple dans ces paroles : « La persécution la plus dangereuse n'est pas celle qui exerce ouvertement ses ravages et ses cruautés contre les serviteurs de Dieu; on se tient plus facilement sur ses gardes, quand le danger est manifeste, et l'on est toujours mieux préparé au combat contre un ennemi qui se déclare. Mais celle qui est le plus à craindre , c'est lorsque l'ennemi se cache et se glisse en secret, et que couvrant ses approches d'une fausse apparence de paix, il surprend sans qu'on s'en aperçoive K » \
Ce même Père écrivant à ceux qui avaient nouvellement confessé la foi, afin de les exhoi-ter à la persévérance, leur parle d'abord en ces termes : « Faites en sorte qu'après de si beaux commencements , vous croissiez de plus en plus dans la perfection de la justice, et que ce que vous avez heureusement commencé d'être par ces premières preuves de votre foi , s'achève et s'accomplisse en vous -. » C'est la proposition. Yoici comment il y joint pour
1 Neque sola persecutio nietuenda est ea, qute subrueudis Dei servis apertâ impugûatione grassatur. Facilior cautio est, ubi manifesta formido. Et ad cerlaoïen aniuius prœstruitur, quando se adversarius confitetur. Plus metueudus est iuimicus et cavendus^ cùm lateater obrepit, cùm per pacis imaginera falleus, occuitis accessibus serpit.
2 Danda vobis opéra est, ut post liaec initia, ad incremenla quoque veniatur, et cousummetur in vobis, quod jàm rudimeutis felicibus esse cœpistis. Parùm est allquid adipisci potuisse ; plus est, quod est adeptum posse servare. Sicut et fides ipsa et nativitas salutaris, non accepta, sed custodita viviticat : nec
raisons des sentences : « C'est peu d'avoir pu acquérir cet avantage, mais c'est beaucoup de pouvoir le conserver. Comme/c'est la foi et la naissance salutaire que nous avons reçues dans le baptême, qui nous conduisent au ciel, non parce que nous les avons reçues, mais parce que nous les conservons, et qu'elles opèrent en nous ; ainsi ce n'est point ce commencement de la foi qu'on a professée, mais c'est sa persévérance qui conserve et qui unit l'homme à Dieu. »
Ce que nous avons dit dans ce chapitre de l'ornement des sentences , est presque tout ce que les rhéteurs en ont enseigné jusqu'ici. Quiconque veut en amasser un riche trésor, qu'il le recueille dans les ouvrages de saint Grégoire le Grand , qui a surpassé en ce point tous les autres saints docteurs de l'Église.
§ II
Des épiphonèmes.
Nous avons joint les épiphonèmes aux sentences, parce qu'il y a très-peu de différence entre ces deux sortes d'ornements ; et nous avons marqué au commencement de ce chapitre, ce que c'est proprement qu'un épiphonème, que Fabius appelle une grande et judicieuse acclamation, et d'autres, une espèce d'axiome qui se tire comme par admiration de ce qu'on a raconté ou prouvé, comme :
Tels étaient les excès où portait le faux zèle 'A
(Nous ne laisserons pas toutefois de l'expliquer encore ici, d'une manière claire et précise, en partant de la dialectique. Tous les axiomes qui naissent et se tirent des définitions , ou des propositions, ou des conclusions prouvées et étabhes, sont appelés par les dialecticiens desMrotJmres' C'est le mot de leur art; et ce mot a une étendue fort générale, puisque tout ce qu'on infère de ce qu'on a déjà avancé ou prouvé est appelé corollaire. Ainsifl'épiphonème,
statim consecutio, sed consumuialio liomiucm Deo serval. Ep. \\, ad Rorjatianum et cœleros conf essores .
* Tantum relligio potuit suadere malorum.