CHAPITRE XV
/ De la prolepse, présomption ou réfutation anticipée.
Nous plaçons la prolepse après les sentences et les épiphonèmes.A Bien que cette figure semble appartenir à l'élocution, comme elle
U8 RHETÛHigUE ECCLÉSIASTIQUE.
offre beaucoup lie rapport avec l'invention, nous allons la rapprocher du raisonnement oratoire pour en parler ici. Aussi bien, comme les sentences et les épiplionèraes naissent des choses qu'on a dites, c'est aussi de ces choses que naît dans les discours l'ornement de l'anticipation.
Je commencerai par rapporter ce que Quintihen nous enseigne de cette figure : «La prolepse, dit-il, est d'un secours merveilleux dans les plaidoyers. C'est une figure par laquelle nous allons audevant de ce que l'on pourrait nous objecter. On s'en sert fort bien dans toutes les parties du discours, mais principalement dans l'exorde ; et l'on en distingue plusieurs sortes. L'une sert à nous précautionner contre la mauvaise opinion que les auditeurs pourraient avoir de nous. Telle est celle qu'emploie Cicéron, lorsque parlant de Cécilius, il prévient la surprise où l'on aurait pu être de ce qu'il se portait pour accusateur, lui qui jusque-là avait fait profession de défendre tous ceux qui avaient eu besoin de son ministère, et qui n'avait jamais accusé personne. L'autre est une espèce d'aveu, comme lorsque plaidant pour Rabirius Posthumus, il avoue qu'à son propre jugement, Habirius est blâmable d'avoir prêté de l'argent au roi Ptolémée. La seconde espèce est une pure anticipation qui consiste à prévenir l'auditeur sur une chose qu'il a dans l'esprit : Car je le dirai, Messieurs, non point pour exagérer le crime, etc. La troisième est une reconnaissance de notre propre faute : Je vous prie, Messieurs, pardonnez-moi, si j'ai repris l'affaire d'un peu trop loin. La ([uatrième enfin, et la plus fréquente, est une préparation à ce qui doit suivre, lorsque nous rendons compte aux auditeurs pourquoi nous avons fait une chose, ou pourquoi nous la voulons faire. La force et la propriété d'un mot se confirment quelquefois par cette figure : Que dis-je, une peine, Messieurs? c'est moins une peine qu'une prohibition. lien est de même de la correction, qui quelquefois se trouve aussi jointe à la prolepse : Romains, liouiains, dis-je, si pourtant il faut donner ce nom à des gens qui.... '. » )
Mais parce que cet auteur est trop court sur ce sujet, je tâcherai
^ Imtit. oral,, lib. IX, cap, u.