‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 97 sur 347 · LIVRE II, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XV

que le séjour de ce saint sur cette colonne a porté la lumière dans l'âme d'une multitude innombrable d'Ismaélites, qui étaient auparavant ensevelis dans les ténèbres du paganisme. » "^

De même, si l'on voulait célébrer les vertus de l'incomparable sainte Catherine de Sienne et raconter les dons, les grâces et les faveurs extraordinaires, les communications familières et toutes les incroyables marques d'amour et de tendresse dont il a plu à Notre- Seigneur Jésus-Christ de l'honorer : comme de l'avoir choisie |)our son épouse d'une manière visible et toute singulière en lui mettant lui-même un anneau au doigt, de s'être entretenu, et d'avoir/ récité avec elle des psaumes dans sa cellule jet d'autres choses pareilles qui semblent incroyables; si l'on voulait, dis-je, annoncer ces merveilles, on devrait appuyer et fortifier auparavant la croyance de ses auditeurs par le récit d'autres merveilles encore plus admirables de la bonté infinie de Dieu et de son amour incompréhensible envers ses saints. C'est ce que nous avons fait nous-mêmes, et ce que l'on peut voir dans notre troisième sermon sur ce sujet.

Que ceci soit dit seulement pour exemple; car, comme cette manière de prévenir et de préparer les esprits à ce qu'on veut leur persuader s'étend très-loin, on l'apprend et on la connaît beaucoup mieux en s'appliquant à l'observer dans la lecture des auteurs éloquents que par la voie des préceptes, surtout lorsqu'on a du discernement et de la pénétration d'esprit. Elle est sans doute un des vrais talents du prédicateur, qui, ayant souvent affaire à des hommes grossiers et ignorants, doit s'en servir pour les instruire, les exciter et les porter à croire et à suivre ce qu'il leur enseigne.

Saint Grégoire de Nazianze est admirable dans les ditférentes manières d'user de cette figure. Quiconque voudra les observer en lisant ses écrits, en comprendra beaucoup mieux l'usage et la force que par aucune règle de l'art, pourvu qu'il y apporte une très-grande attention.

Résumons-nous. Aux cinq parties dont les rhéteurs enseignent que le corps du raisonnement oratoire est composé, nous en avons ajouté cinq très-utiles et très-nécessaires au prédicateur, qui sont les affections, Faccommodation, les sentences, les épiphonèmes et

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ranticipation. Toutes ces parties ne conviennent pas à toutes sortes de raisonnements et de discours , mais il est de la prudence du prédicateur de juger par la nature et la qualité des choses qu'il traite, quelles sont celles qui peuvent y entrer plus à propos.

Encore que ces figures regardent l'élocution, nous n'avons pas laissé de les joindre aux préceptes de l'invention , parce que , comme il a déjà été remarqué, elles naissent du fond et pour ainsi dire des entrailles mêmes de la chose que nous traitons ; car, pourvu qu'on la considère et qu'on l'examine à fond, elle en fournit toujours assez de matière. Je ne fais point de difficulté d'y joindre aussi l'exclamation, que l'on met de même au rang des figures de l'élocution, parce qu'elle donne toujours beaucoup de grâce au raisonnement , lorsqu'elle y entre comme sortant du fond des choses mêmes, en sorte qu'il semble qu'elle en soit une production plutôt que de l'esprit de l'orateur, "j

Nous avons suffisamment expliqué jusqu'ici la manière de prouver, et les diverses formes ou espèces de raisonnements qui font la principale partie de l'invention; il est à propos maintenant de parler aussi de la manière d'amplifier, et d'en faire le sujet du livre qui suit.

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