CHAPITRE PREMIER
En quoi l'amplification diffère de l' argumentation.
Il est constant que l'amplification fait partie de l'invention ou de la manière de trouver les preuves et les arguments.] Nous ne laissons pas néanmoins de la séparer de l'argumentation dont nous avons parlé jusqu'ici, non qu'elle en soit tout à fait différente, mais parce qu'au lieu que le raisonnement s'étend généralement à toute sorte de questions qu'on peut faire sur chaque chose, comme si elle est ou si elle n'est pas, ce qu'elle est, quelles en sont les propriétés ou qualités, et d'autres semblables ; l'amplification, au contrairey^est restreinte à un certain genre de questions ou de propositions^ où il s'agit seulement de la grandeur et de Timportance du sujet que l'on traite, comme lorsque nous tâchons de faire voir qu'une chose est en son genre très-indigne et très-basse; très-affligeante, misérable, horrible et détestable, ou au contraire excellente; et très-relevée, consolante, agréable et pleine d'attraits, \très-digne de notre amour /et de nos souhaits. C'est en effet/dans ces considérations)que l'amplification trouve les moyens de remuer diversement les cœurs, d'y exciter des mouvements d'amour et d'inclination, ou de haine et d'aversion, de persuader ce que l'on veut ou d'en dissuader, de louer ou de blâmer, qui sont les trois principaux effets^où tend toute cette partie du discours. Ainsi l'amplification est comme une espèce d'argumentation renfermée dans un genre particulier.
Ces deux parties du discoursf diffèrent aussi dans la manière
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dont fllfs fimploïpnt les arguments. L'argumentation se sert de syllogismes, c'est-à-dire d'arguments renfermés dans des règles étroites; mais l'amplification développe les raisonnements sous la forme de l'exposition ou de l'énumération.y Ainsi Paul voulant détourner les fidèles de Corintlie d'écouter les discours de quelques faux apôtres, après avoir rapporté ces paroles : « Sont-ils ministres de Jésus-Christ? quand je devrais passer pour imprudent, j'ose dire que je le suis plus qu'eux, » il amplifie la proposition par un dénombrement de ses travaux en cette manière : « J'ai souffert plus de travaux et de fatigues, j'ai plus reçu de coups, plus enduré de prisons : je me suis souvent vu tout près de la mort ', » et ce qui suit jusqu'à la fin du chapitre.
Ces deux parties du discours sont encore différentes dans la fin qu'on se propose en chacune ; car la force et tout l'effet de l'argumentation ne tend qu'à convaincre l'esprit de ce qu'on veut persuader : c'est là sa fin . Mais celle de l'amplification n'est pas seulement de persuader l'esprit et de le porter à croire que la chose qu'on lui représente est grande en son genre, mais encore d'exciter dans le cœur et dans la volonté des mouvements d'amour, de h aine ou de crainte, et d'autre passion. .
Pour trouver les choses qui doivent servir de matière à l'amplifîcation.iil faut avoir recours aux lieux mêmes d'où se tire la manière de Targumentation ; car l'amplification étant, comme nous l'avons dit, une espèce de raisonnement, il suit de là certainementfque l'invention de ce qui appartient à chacune de ces deux parties dépend des mêmes lieux. Mais il faut remarquer que certains heux fournissent à l'amplincation beaucoup plus qued'autres : tels sont ceux qui font voir beaucoup de choses dans une seule, comme les parties, les causes, les effets,) et ceux qui en approchent et que l'on trouve par les adjoints, c'est-à-dire par (les circonstances, les qualités ou les dispositions qui précèdent, qui accompagnent ou qui suivent la chose, autant de sources de pensées et de preuves que l'on peut encore amplifier et confirmer par des
' Minisiri Clirisli suul; ut minus sapiens, dico : plus ej^o : iu laborihus plurimis, iii carceribus abuiidanliùSj in plagis supra nioduiu, in mortibus fréquenter, etc. II Cor., xj, 23.