‹ Œuvres complètes de Louis de GrenadeChapitre 14 sur 29 · MERCREDI APRES LE I" DIM. DE CARÊME, SERMON II · texte numérisé non relu

MERCREDI APRES LE I" DIM. DE CARÊME, SERMON II

ont produit nos corps par le bienfait de Dieu, que Celui qui a imprimé en nous cette forme divine, que nous devons appeler notre principe et notre père, pourvu que, après avoir reçu le bienfait de îa justice, nous le conservions parla foi et par l'obéissance. C'est lui qui nous crée, qui nous nourrit, qui dirige notre éducation, qui veille sur notre vie, qui assure notre salut, qui nous exalte, nous élève à la plus grande hauteur. A de tels bienfaits rien ne peut être ajouté. Peut-on rien imaginer sur la terre de plus grand, de plus élevé, de plus admirable? un homme misérable, abject , rampant sur la terre , être appelé à la dignité des habitants des cieux, être compris dans la parenté divine, pouvoir fièrement appeler du nom de Père le Seigneur suprême de la nature! Si nous sommes enfants de Dieu, ce n'est pas en vertu de la puissance humaine, c'est en vertu de la culture divine. A tous les autres trésors de gloire, qui débordent sur les enfants de Dieu, iant qu'ils sont enfermés dans le corps mortel, s'en joint un autre qui met le comble à leur admirable dignité : c'est qu'ils savent que, grâce à la bonté de leur excellent Père, ils ont acquis le droit de partager l'hérédité céleste. Car ceux qu'il a faits ses fils, il les a aussi constitués ses héritiers, et il les appelle au patrimoine de la divinité. « L'Esprit, dit saint Paul, rend témoignage à notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu. Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus- Christ. » Rom. vin, 46. Le raisonnement est sans réplique. Il est donc permis, non-seulement permis, mais nécessaire, d'affirmer hautement que le patrimoine du royaume céleste est dû à tous les justes. « Ils ont été régénérés, non d'une semence corruptible, mais d'une semence immortelle , » I Petr. i, 23; donc, suivant les lois de notre excellent Père, ils sont institués héritiers légitimes ; et jamais, tant qu'ils seront fidèles, comme ils doivent l'être, il ne désavouera ceux qu'il a engendrés de son Esprit. Le titre d'héritier donne un droit incontestable à l'hérédité. Ce qui est autheniiquement constitué à quelqu'un lui est légalement dû. Donc ce royaume immortel est dû à bon droit aux justes, non-seulement à titre de récompense et de prix , mais aussi comme patrimoine légitime, institué par la sagesse et par la bonté d'un Père. Car si

la raison d'équité demande qu'une juste rémunération soit accordée aux serviteurs ayant bien rempli leurs devoirs ; si les lois de l'amitié prescrivent que tout soit commun entre amis; si la loi civile établit que les enfants légitimes seront envoyés en possession des biens paternels ; il est clair que la raison du droit éternel veut que ce Maître souverain de toutes choses , l'ami , le père des bons, réserve le fruit de l'éternelle gloire , ou à de dévoués serviteurs, ou à des amis fidèles, ou à des enfants chéris.

Quoique ce soit là le fruit principal de cette parenté spirituelle, fruit réservé à la vie future ; il y en a encore beaucoup d'autres , qui ne sont pas du tout à mépriser et qui appartiennent à la vie présente. Si Dieu est pour moi un père, une mère, une sœur, un frère, tout enfin; muni et orné de tels titres, de quoi pourrai-je manquer? Quelle perte de choses temporelles, quelle maladie, quel malheur, quel danger est à craindre pour celui qui est protégé par de tels appuis? Ces noms, nous l'avons dit, ne sont pas vains et creux, ils donnent encore plus qu'ils ne promettent. Ainsi donc, que le monde frémisse, que les scélérats persécutent, que l'ennemi domestique , la chair s'insurge , que les démons déclarent la guerre, qu'ils aiguisent leurs armes, qu'ils dardent des traits mortels, et que toutes les créatures conspirent contre moi : en quoi tout cela peut-il atteindre , blesser celui qui se glorifie d'avoir pour père Dieu tout-puissant? Dans cette confiance, forts d'espérances si solides, les saints s'écrient avec le Prophète : « Dieu est notre refuge, notre force, notre appui dans les tribulations. Aussi nous ne craindrons point quand il bouleverserait la terre , et qu'il transporterait les montagnes au sein des mers. » Ps. xlv, 2. Ils ne se bornent point à des paroles, leur confiance éclate par des faits, et par leur assurance dans les périls. Quelles n'étaient pas la sécurité et la force d'Elisée, lorsque, seul et sans armes au milieu de l'armée de Syrie, il affermissait le cœur de son serviteur tremblant, et disait avoir pour lui plus de combattants que contre lui ? C'est avec la même confiance que les saints bannissaient loin d'eux tout chagrin , quand ils se trouvaient dans des embarras domestiques, ou sous le poids des soucis et des misères de la vie; et s'en remettant, avec abandon , du soin de leurs affaires, à ce

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