‹ Œuvres complètes de Louis de GrenadeChapitre 22 sur 29 · LES ENFANTS AUX AUTEURS DE LEURS JOURS · texte numérisé non relu

LES ENFANTS AUX AUTEURS DE LEURS JOURS

Dcxis dixit : Honora patrem et matrem.

Dieu a dit : Honore ton père et ta mère. Matth. xv, 4.

Toutes les lois, ou divines, ou humaines, ou naturelles, nous portant à honorer les auteurs de nos jours, et à nous abstenir

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contre eux de toute injure, comme de l'action la plus criminelle et la plus exécrable, nous avons jugé convenable, en vertu de la mission à nous confiée, de traiter ce sujet. D'ailleurs, nous y sommes invités par le saint évangile de ce jour, qui parle de l'honneur et des secours dus aux parents. D'après l'interprétation de saint Jérôme, par honneur il faut ici entendre non pas seulement des salutations et des déférences, mais aussi l'obligation de subvenir aux besoins, comme dans ces textes : « Honorez les veuves qui sont vraiment veuves, » I Tim. v, 3; — « Qu'on honore doublement les prêtres qui gouvernent bien, » lbicl. 17; c'est-à-dire, qu'on fournisse abondamment à leurs besoins. En effet, c'est une dérision d'honorer par des paroles un père mourant de faim, et de ne pas le secourir. C'est donc de ce genre d'honneur que je vais parler, après avoir toutefois expliqué notre saint Evangile, qui est rempli des pensées les plus remarquables. Pour le faire moins faiblement, implorons en suppliant l'assistance céleste, par l'entremise de la très-sainte Vierge. Ave Maria.

Le saint évangéliste Matthieu nous rapporte aujourd'hui que les scribes, c'est-à-dire les docteurs de la loi, et les pharisiens s'approchèrent du Seigneur, et lui adressèrent cette question, ou plutôt cette plainte : « Pourquoi vos disciples violent-ils les traditions des anciens? Car ils ne se lavent pas les mains lorsqu'ils vont manger. » Les scribes et les pharisiens étaient des gens misérablement aveuglés par l'orgueil. Dans leur opinion, ils étaient les plus religieux des hommes ; mais, aux yeux de Dieu, ils étaient de ceux dont le Sauveur disait : « Vous avez grand soin vous autres de paraître justes devant les hommes; mais Dieu connaît le fond de vos cœurs. Ce qui est grand aux yeux des hommes est en abomination devant Dieu. » Luc. xvi, 15. Une autre fois, il les compare à des sépulcres blanchis qui au dehors paraissent blancs aux yeux de hommes, et à l'intérieur sont remplis d'ossements. Mais ce qui est autrement redoutable, c'est ce qu'il leur dit ailleurs : « Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées entreront plutôt que vous dans le royaume de Dieu. » Matth. xxi, 31. Qui, entendant alors ces paroles du Sauveur, n'eût pas reculé d'épou-

vante? Saloinon dit dans le même sens : « J'ai vu des impies ensevelis, qui, lors même qu'ils vivaient, étaient dans le lieu saint ; on les louait dans la ville, comme s'ils avaient fait le bien. » Eccle. vm, 10.

Il y a donc, frères, deux hypocrisies : l'une vulgaire, par laquelle l'homme, sous le masque de la sainteté, en impose aux autres, non pas cependant à lui-même; l'autre plus périlleuse, par laquelle l'homme se trompe lui-même, et dont était travaillé ce pharisien qui priait en ces termes : « Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, etc. » Luc. xvm, 11 et seq. De cette hypocrisie naît cet immense péril que le même Salomon donne à entendre., quand il dit ; « 11 y a une voie qui paraît droite à l'homme, et qui à la fin aboutit à la mort. » Prov. xvi, 25. De ce péril daigne nous préserver Notre- Seigneur Jésus-Christ; je n'en connais pas déplus grand dans la vie. Car les périls qu'on voit, peuvent être évités; mais comment se dérober à ceux qui échappent à la vue? Le navigateur se garantit aisément des rochers qui s'élèvent hors de l'eau; les plus périlleux sont les rochers cachés sous les eaux. Comment éviter ce qu'on ne voit pas?

Ces pharisiens s'approchent donc aujourd'hui du Seigneur, et lui disent : « Pourquoi vos disciples transgressent-ils les traditions des anciens, et ne se lavent-ils pas les mains avant de manger? » Matth. xv. C'est une autre maladie des pharisiens, et même de beaucoup d'entre nous, de vouloir se faire un renom de sainteté, en reprenant les défauts des autres, plutôt qu'en pratiquant la vertu. En effet, c'est plus iacile. Plus on sera éloquent et sévère à traduire à la barre du public les vices d'autrui, plus on se fera une grande réputation de vertu. Ceux qui veulent ainsi se distinguer non par leurs vertus, mais en censurant les travers des autres, paraissent imiter, sous certains rapports, les magiciens de Pharaon, qui purent bien attirer des plaies sur l'Egypte, mais qui ne purent les éloigner. Ceux-ci obtinrent une pluie de serpents et de grenouilles, ils changèrent même les eaux en sang ; mais ils furent impuissants à faire disparaître ces maux. Ainsi ceux-là étalent devant le public les vices d'autrui, tandis qu'ils ne savent pas se

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corriger des leurs, ni corriger les autres. C'est un vice commun à trop d'individus, d'avoir toujours les crimes du prochain à la pensée, et, ce qui est plus grave, à la bouche, et de laisser totale ment de côté les leurs.

A cette imprudente question des pharisiens le Seigneur répond par une autre question pleine d'à-propos; repoussant question par question, clou par clou : » Pourquoi, dit- il, violez-vous vousmêmes le commandement de Dieu pour suivre votre tradition? » Car, Dieu ayant ordonné d'honorer les parents, c'est-à-dire, nonseulement de les révérer, mais aussi de subvenir à leurs besoins, vous, au contraire, vous détournez les enfants de l'accomplissement de ce précepte, et vous leur enseignez que les secours dus aux parents doivent être remplacés par des présents faits au temple. Il est pieux, il est religieux, quand on en a les moyens, de faire des libéralités pour embellir les autels; mais quand les parents sont dans le besoin, et que l'un et l'autre ne sont pas possibles, il faut secourir les parents d'abord. Ceci est précepte, cela est un conseil. Or, quand les conseils et les préceptes divins s'empêchent réciproquement, et qu'on ne peut les accomplir en même temps, il est de règle que les préceptes doivent toujours passer avant les conseils. Yoilà pourquoi non -seulement cet acte de religion, mais même la plus haute contemplation des choses divines doit être quittée, dès qu'une œuvre de justice, ou une nécessité du prochain, ou les ordres des supérieurs nous appellent ailleurs. En cela les pharisiens étaient dans une lourde erreur, eux qui mettaient un conseil de religion avant les divins préceptes.

De toutes les tentations de l'antique ennemi , c'est là qu'est la plus périlleuse : péril d'autant plus grand que l'objet suggéré est plus spécieux ; car les imprudents se laissent tromper par une apparence de vertu. En effet, il est facile de reconnaître les pièges de cet ennemi, quand, le visage découvert, il vous invite à des crimes manifestes. Mais quand il se couvre du masque de la vertu, il lui est aisé de prendre à l'amorce les zélateurs de la vertu. Les chasseurs qui poursuivent les bêtes fauves, se vêtent d'une peau de cerf; les oiseleurs s'habillent d'une tunique emplumée. Ainsi le chasseur des âmes, le démon, prend l'habit de la vertu, et,

sous ce vêtement honnête , il attrape les inconsidérés. De là vient qu'on en voit beaucoup observer inviolablement les jeûnes qu'ils se sont imposés eux-mêmes, tandis qu'ils violent sans scrupule les jeûnes institués par l'Eglise. Vous en voyez d'autres, en ce saint temps, vivre quelques jours de pain et d'eau; et le reste du temps ils rompent le jeûne auquel ils étaient tenus en vertu des lois de l'Eglise. Ne valait-il pas mieux se nourrir comme tout le monde, et obéir aux lois de l'Eglise, que de les violer en imaginant de nouveaux genres d'abstinence? D'autres sont d'une grande libéralité envers les pauvres, tandis qu'ils ont beaucoup de peine à payer les gages de leurs domestiques, ou les dettes dont ils sont tenus envers leurs créanciers.

Car c'est une maladie commune à la nature humaine, d'être toujours plus portée aux œuvres volontaires, qu'aux devoirs nécessaires, et d'obéir avec beaucoup moins de répugnance à sa propre volonté, même tendant à l'impossible, qu'à la volonté des autres prescrivant les choses les plus faciles. Il y a cependant une pensée célèbre et très-vraie de Samuel, c'est que «l'obéissance est meilleure que les offrandes. » I Reg. xv, 22. Aussi un des saints Pères de l'Egypte enseigne-t-il que cette vertu est au-dessus de bien des actes pieux, faits de plein gré. Une révélation divine lui ayant montré la gloire d'un grand nombre de saints, il vit que les uns étaient redevables du salut au mérite de la patience; les autres, aux œuvres de piété et de miséricorde; ceux-ci, à la vie solitaire ; ceux-là, à l'obéissance aux ordres de leurs supérieurs ; et la gloire de ces derniers était la plus grande. Ayant demandé à l'ange, qui lui servait de guide, la cause de cette gloire extraordinaire, l'ange répondit : « C'est parce que les autres ont suivi leur volonté dans l'accomplissement de leurs devoirs, tandis que ceux-ci se sont entièrement dépouillés de cette volonté, et se sont immolés à Dieu en faisant le sacrifice de leur libre arbitre. » En effet, c'est un grand sacrifice que celui par lequel l'homme renonce à lui-même, se prive de sa liberté, et, ce qui est plus encore, se livre au pouvoir d'un autre.

Les pharisiens étant bien éloignés de cette philosophie céleste, eux qui préféraient leurs intérêts à l'autorité des lois divines, le

MERCREDI DE LA IIIe SEMAINE DE CARÊME, SERMON H. 493 Seigneur leur adresse cette sanglante invective : « Hypocrites, Isaïe a bien prophétisé de vous quand il a dit : Ils m'honorent des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. » Matth. xv. Ainsi ils avaient toujours Dieu à la bouche, et néanmoins ils le tenaient bien loin de leurs cœurs. Au reste, c'était un vice ordinaire à leur nation, au témoignage du Prophète : « Ils l'aimaient en paroles, mais leur langue mentait. Leur cœur n'était pas droit devant lui, et ils n'étaient pas fidèles à garder son alliance.» Ps. lxxvii, 36, 37. C'est bien là honorer Dieu des lèvres, quoique le cœur soit loin de lui. Toutefois, je ne saurais dire si en cela les pharisiens l'emportent sur nous. Mais ce que je puis assurer, c'est qu'il y en a beaucoup aujourd'hui qui n'honorent le Seigneur que des lèvres. Je laisse de côté certains prêtres, et d'autres ministres de l'Eglise, qui, en psalmodiant près de l'autel, cherchent plutôt l'harmonie de la voix, que la dévotion du cœur. Je crains fort que le Seigneur ne leur fasse les mêmes reproches que ceux dont Amos fut l'organe : « Loin de moi le bruit tumultueux de vos cantiques; je n'écouterai pas les accords de votre lyre. » Anfer à me tumultum carminum tuorum, et cantica lyrœ tuœ non audiam. Amos. v, 13. Remarquez, je vous prie, quel nom il donne aux modulations des chants. Ces chants, il les appelle un tumulte, une confusion de voix, un vain bruit de lèvres, et non un concert de louanges. Je viens à vous et aux autres fidèles, dont quelques-uns, quand ils adressent leurs prières à Dieu, semblent moins prier que rugir des lèvres et bourdonner de la voix ; en sorte qu'ils parlent à Dieu moins en hommes, que comme des oiseaux qui sifflent. Ils ne font pas ce que demande saint Augustin : « Quand vous dites à Dieu des psaumes et des hymnes, que votre cœur sente ce que votre bouche profère; » mais ils précipitent tellement leurs prières sans aucune attention de l'esprit, sans aucun sentiment de dévotion, qu'on dirait qu'ils n'ont rien de plus pressé que d'arriver au bout de cette corvée. Il est à craindre que cette imprécation du Prophète ne les regarde : « Sa prière lui sera imputée à péché. » Ps. cviu, 7. Car, suivant les théologiens, quoique l'homme ne soit pas tenu de prier Dieu continuellement, cependant toutes les fois qu'il prie, il doit se souvenir que prier n'est rien autre chose

que parler à Dieu, et lui demander ce qui est nécessaire au salut, deux choses qui exigent l'attention de l'intelligence, et le respect de la Divinité. Dès qu'elles manquent par notre faute, si nous ne considérons ni ce que nous demandons, ni avec qui nous nous entretenons, nous commettons au moins un péché véniel. Or, n'est-ce pas le comble de l'indignité, de trouver un dommage dans ce qui devait nous procurer un bénéfice, de nous couvrir de souillures alors que nous devions effacer toutes les souillures de notre âme ?

Il en est d'autres qui, aux principales solennités, telles que la sainte semaine, la Pâque, etc., où l'Eglise, par des chants plus doux, des cérémonies mystiques et inusitées, s'attache à élever les cœurs des fidèles à l'intelligence, à l'admiration, au respect des divins mystères, regardent toutes ces choses d'un œil curieux, et comme s'ils regardaient au théâtre jouer quelque pièce; et ainsi au dedans d'eux-mêmes ils restent froids, secs, stériles, sans aucun sentiment de piété ou de dévotion, parce qu'ils assistent aux louanges divines de corps seulement, et pas d'esprit; de sorte que, statues inintelligentes, ils sont glacés au milieu des oracles enflammés de Dieu, aveugles au milieu de tant de lumières, arides au milieu des torrents de tant de grâces divines, faméliques et mourant d'inanition au milieu des festins célestes. C'est d'eux que Job a dit : « Ils ont soif au milieu du raisin foulé dans le pressoir. » Job, xxiv, 11. Il est bien à craindre que la menace, proférée par l'organe de Malachie, ne se réalise sur eux : « Je vous jetterai au visage, dit le Seigneur, les ordures de vos solennités.» Bispergam super vos stercus solemnitatum vestrarum. Mal. n, 3. Remarquez de quel ignoble nom il flétrit les fêtes que lui-même avait consacrées et instituées. Elle est donc bien condamnable l'impiété de ceux qui ont souillé une chose si sacrée et si divine, au point de lui valoir de la part de Dieu une telle qualification. Aussi ne doit-on pas s'étonner de ce que Dieu dit ailleurs : « Je hais et abhorre vos fêtes, je ne recevrai point en odeur de suavité les oblations de vos jours solennels. » Amos, v, 21. Voilà donc tous ceux que le Seigneur accuse justement par ces paroles prophétiques : « Ils m'honorent des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. »

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Ensuite le divin Maître, voulant éclairer non-seulement ses disciples, mais aussi le peuple qui était présent, appelle à lui la foule et dit : a Ecoutez et comprenez : ce n'est pas ce qui entre par la bouche de l'homme qui le souille, etc. » Le Seigneur expliquant un peu plus loin ces paroles à ses disciples , nous les réservons, et nous les examinerons à leur place. Les disciples voyant donc que les pharisiens étaient très-offensés de ce langage, dirent au Seigneur : « Savez-vous que les pharisiens se sont scandalisés de ce que vous avez dit? — Toute plante, répondit-il, qui n'aura pas été plantée par mon Père, sera arrachée. » C'est-à-dire, de même que le laboureur commence par nettoyer la terre des ronces et des broussailles, avant de jeter la semence, de même le dispensateur de la parole divine doit arracher de l'esprit de l'homme les chardons des erreurs et des mauvaises maximes avant de semer dans leurs cœurs les semences de la parole divine et la doctrine du salut. Aussi le Seigneur dit-il à Jérémie qu'il faut d'abord arracher, détruire et disperser, puis édifier et planter. Jer. xxxr, 28. Jésus ajoute ensuite : «Laissez-les; ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles; or, si un aveugle en conduit un autre, tous les deux tomberont dans la fosse. » Matth. xv. Je ne m'étonne pas que des guides aveugles tombent dans la fosse, c'est-à-dire, se précipitent dans la géhenne; eux qui, aveugles, ne craignent pas cependant de se donner pour guides des autres et maîtres de l'enfance, pour docteurs des ignorants et lumière de ceux qui sont dans les ténèbres. Leur damnation est juste.

Mais pourquoi des ignorants, qui suivent de tels guides, seraient-ils précipités dans la même fosse? Leur ignorance ne les protégera-t-elle pas? Ne pourront-ils pas dire au Seigneur avec le roi Abimélech : « Est-ce que vous détruirez une nation ignorante et juste? » Il y a trois espèces de péchés; je pense, frères, que vous ne l'ignorez pas : péchés de malice, péchés de faiblesse, péchés d'ignorance. Les péchés de malice sont les plus graves; puis viennent ceux qui dérivent de l'infirmité humaine ; et enfin les péchés d'ignorance, qui sont les plus légers de tous. Il en est

ainsi, cela est certain. Cependant j'ai forte raison de craindre ces derniers. Car les crimes, suites de la malice, ou de la fragilité, se montrent à découvert. Alors l'homme pieux s'attache aies pleurer, à les confesser en suppliant, à les expier de toutes les manières possibles; il se frappe la poitrine, et s'humilie. Mais les crimes d'ignorance, puisque nous ne les connaissons pas, comment lc<5 expier, les déplorer, en demander pardon, et nous humilier de les avoir commis? Il y a cependant, je l'avoue, certaine ignorance soit du droit, soit du fait, qui excuse le délinquant. Mais il y a beaucoup d'ignorances qui, loin de l'excuser, l'accusent au contraire fortement.

Car il y a : 1° l'ignorance crasse, par laquelle j'ignore ce que je suis tenu de savoir, en vertu de mon devoir ou de ma profession. — 2° Il y a l'ignorance affectée, par laquelle je fuis sciemment la lumière de la vérité, et me réjouis des ténèbres de mon erreur. C'est de celle-là qu'il est écrit : « Il n'a pas voulu comprendre, afin de bien faire. » Ps. xxxv, 4. Telle est l'ignorance de ceux qui, en ce saint temps, fuient les médecins habiles des âmes, parce qu'ils pensent qu'ils en seraient guéris par des moyens un peu trop sévères, et qui, pour cela s'adressent à des médecins ineptes et inexpérimentés, qui ne savent pas distinguer une lèpre d'une lèpre, ni appliquer aux blessures les médicaments convenables. L'ignorance pourra-t-elle donc les excuser, eux qui, quand ils sont malades de corps, ont soin de faire chercher à grands frais les plus habiles médecins; tandis que, pour guérir les maladiesde l'âme, non-seulement ils admettent, mais même recherchent des médecins incapables ; et cependant, par suite des maladies corporelles, ils n'ont à craindre que la mort momentanée du corps, au lieu que les maladies de l'âme entraînent une mort et un deuil éternels? Qu'est-ce que peuvent attendre de telles gens, sinon ce qui est dit par l'Apôtre : « Qui méconnaît, sera méconnu. » Ignorais icjmrabitur. I Cor. xiv, 38. — 3° Une autre ignorance est celle qui procède de la fierté, d'un orgueil caché de L'âme, par lequel l'homme plein de suffisance, et méprisant le conseil des sages, forme des résolutions et des entreprises qui, ou lui sont funestes, ou tournent à la perte ou au préjudice des autres. Or les dom-

MERCREDI DE LA IIIe SEMAINE DE CARÊME, SERMON II. 497 mages, qui proviennent de cette ignorance arrogante, lui sont justement imputables. — 4° Vient ensuite celle qui dérive, non plus de l'orgueil , mais de la négligence ; elle a lieu , quand on n'apporte pas un soin et une attention à la hauteur de la chose, mais qu'on l'expédie précipitamment et par manière d'acquit. Car la chute est voisine de la précipitation, suivant cet oracle : « Qui va trop vite, tombera. » Prov. xix, 2. Il y a aussi un axiome bien vrai des jurisconsultes : « La précipitation est la marâtre du jugement. » Qu'il était loin de ce défaut le saint homme qui disait : « Je m'instruisais avec soin des affaires que je ne savais pasl » Job, xxix, 16.

5° Enfin il y en a une cinquième; et je ne sais pas trop si ce n'est pas la plus périlleuse. Elle a pour cause toute passion violente : amour, colère, haine, avarice, envie, ambition, ou enfin toute perturbation profonde de l'âme. Car quiconque est travaillé d'une de ces passions, est, en vertu même de lois formelles, incapable de juger. De même qu'un verre rouge, présenté aux yeux, empêche de juger sainement des couleurs, puisqu'il fait tout voir en rouge; de même, l'âme, qui fermente par suite de quelque affection déréglée , perd tout jugement vrai des choses. Car une passion égarée corrompt facilement l'intelligence, et de la voie de la vérité l'entraîne vers l'objet de la convoitise. Quelle est la cause pour laquelle l'excès du vin paralyse l'intelligence, et trouble tant la tête du buveur? Certes, il n'y en a pas d'autre que les relations de l'estomac et de la tête ; relations tellement intimes que la perturbation de l'un nuit à l'autre. Or il n'y a pas moins d'affinité entre la volonté et l'intelligence; de là vient qu'une volonté troublée et corrompue communique aussi sa maladie à sa voisine, l'intelligence; et qu'ainsi l'homme, bien qu'il se croie très-sage, est dans la plus étrange hallucination. Or, comment se repentira-t-il de son erreur, celui qui se croit bien loin de toute erreur? Voyez-vous quel péril apportent avec elles de telles ignorances? A quel remède recourir? Je n'en vois guère d'autre que celui-ci : — Que l'homme, quoiqu'il ne s'en aperçoive pas, soit certain d'avoir failli par ignorance en bien des choses ; qu'il en témoigne une vive douleur; qu'il se conduise avec une proton, u. 32

fonde humilité, comme étant beaucoup plus coupable qu'il ne l'imagine, et que souvent il crie vers le Seigneur avec le Prophète : « Purifiez-moi, Seigneur, de mes fautes cachées. » Ab occultis mets munda me, Domine. Ps. xvm, 43. C'est pour cela qu'une prière d'Habacuc est intitulée : Pour les ignorances, parce que les saints mêmes soupçonnent qu'ils ont commis beaucoup de fautes par ignorance, et ils en demandent pardon.

Lorsque Notre-Seigneur eut eu ainsi parlé de l'aveuglement des pharisiens, Pierre, qui n'avait pas bien compris cette pensée du Seigneur sur la souillure du cœur et de la bouche, lui en demanda l'explication en ces termes : « Expliquez-nous cette parabole. — Quoi! dit le Seigneur, avez-vous encore si peu d'intelligence? Ne comprenez -vous pas que tout ce qui entre par la bouche descend dans l'estomac, puis est rejeté dehors? Mais ce qui sort de la bouche part du cœur, et c'est ce qui rend impur l'homme. » Par ces paroles, le Seigneur déclare nettement que le cœur de l'homme est la source de la pureté et de l'impureté, de la justice et de l'injustice. Car les ruisseaux donnent une eau telle que celle de la source d'où ils dérivent. « Une fontaine, dit l'apôtre saint Jacques, jette-t-elle par une même ouverture de l'eau douce et de l'eau amère? » Jac. m, 14. Il suit de là que c'est par les dispositions du cœur qu'on doit juger les œuvres, puisque c'est du cœur qu'elles viennent.

Car les membres de notre corps, par lesquels nous agissons, étant les iuslrumens de l'âme, comme le prouve Platon, discutant, sous le nom de Socrate, contre Alcibiade, il s'ensuit que la dignité ou l'indignité des actes doit répondre plutôt à la condition de l'âme qu'à celle des organes. C'est ainsi qu'on voit deux artistes, employant mêmes instruments , produire , l'un, un ouvrage parfait; l'autre, un ouvrage à peine ébauché. La cause en doit être attribuée, non aux instruments, qui sont les mêmes de part et d'autre, mais à l'habileté ou à l'inhabileté de l'artiste. Il peut donc arriver que, deux hommes faisant la même œuvre, l'une soit agréable, et l'autre, désagréable à Dieu, à cause de la différence d'intention du cœur. David, par orgueil, fit procéder au dénombrement du peuple; Moïse fit la même chose d'après l'ordre du

MERCREDI DE LA IIIe SEMAINE DE CARÊME, SERMON II. 499 Seigneur : l'un fut à bon droit repris par le Seigneur, l'autre en fut justement loué. Ce sont donc moins nos œuvres, que l'esprit, l'àme de nos œuvres, que nous devons considérer, afin d'en porter un jugement sain. Nous traiterons ce sujet avec plus d'étendue dans le discours suivant. — Assez sur l'Evangile; revenons, comme nous l'avons annoncé, au précepte du Seigneur sur l'honneur à rendre aux auteurs de nos jours.

Ce précepte est plus ancien que la loi écrite par Dieu. Car on peut en dire avec un illustre orateur : a Cette loi est, non écrite, mais innée; nous ne l'avons ni apprise, ni reçue, ni lue, mais nous l'avons prise et puisée dans la nature ; elle ne nous a pas été enseignée, nous sommes faits pour elle; ce n'est pas une loi humaine, nous l'apportons avec nous. » Cic. pro Mil. En effet, l'auteur de la nature, lui qui aime tant la droiture et la vertu, a jeté dans nos âmes les semences des vertus; afin que les hommes, peu portés à l'honnête , y fussent excités par un instinct naturel ; et que, par le frein de la pudeur et de la retenue, ils fussent détournés du mal, auquel ils sont enclins. De ces semences des vertus, la principale et la plus naturelle est ce mouvement, cette propension de l'àme, par laquelle nous sommes portés à honorer ceux dont nous tenons le jour. Car de même que nous connaissons les premiers principes des sciences , sans les avoir appris , et par la lumière naturelle de l'intelligence, de même la nature nous a aussi appris à honorer nos parents. Cette vérité est si incontestable que, suivant Aristote, il est aussi insensé et aussi inutile de mettre en question l'honneur à rendre aux parents, que de disputer sur la blancheur de la neige. L'un et l'autre sont également évidents et reconnus.

Car tout effet rend comme un culte et un honneur naturel à la cause dont il tire l'existence. Cette obligation est tellement stricte, que, bien que les parents, en vertu d'un instinct naturel, aiment leurs enfants plus qu'ils n'en sont aimés; ce qui fait dire que l'amour descend plutôt qu'il ne monte ; cependant s'il arrive que votre père et que votre fils soient en même temps dans le besoin,

et que vous ne puissiez secourir l'un et l'autre, vous êtes tenu de venir en aide à votre père avant de penser à votre fils, quoique vous aimiez mieux votre fils que votre père. Car vous étiez tenu à ce devoir avant la naissance de votre fils ; et la survenance de celui-ci ne vous a pas libéré de la première dette. Cela est d'ailleurs confirmé par les lois humaines , lesquelles veulent que les dettes plus anciennes soient payées avant les plus nouvelles. On voit par là combien est puissante cette obligation, qui force à négliger des enfants, objets d'une si vive tendresse. Cette puissance n'est pas même ignorée des brutes et des bêtes les plus féroces, qui reconnaissent leurs parents, les aiment, et les suivent partout. On en voit une preuve dans ces vaches qui traînaient l'arche du Seigneur, de la terre des Philistins dans la terre d'Israël. Les mères et les veaux témoignaient par des mugissements mutuels la douleur qu'ils ressentaient de leur séparation. I Reg. vi, 7 et seq.

Mais l'exemple le plus remarquable est celui des cigognes, sur lequel saint Ambroise a des pages si admirables. Elles nourrissent leurs auteurs, arrivés à la vieillesse, comme elles en ont été nourries elles-mêmes dans leur premier âge. Quand ils sont incapables de voler, et de pourvoir à leur nourriture, elles se chargent de ce soin , et leur apportent cette nourriture dans le nid qu'ils ne peuvent quitter. Quand ils ont perdu leurs plumes, elles les couvrent de leurs ailes, pour les garantir du froid ; et, ce qui est plus étonnant, dans leurs migrations elles les portent sur le dos. Que doit-on le plus admirer ici, ou de la piété filiale de ces oiseaux, ou du soin de la divine providence, qui a ainsi étendu sa sollicitude sur leur vieillesse et leurs infirmités; ou de l'efficacité, de la nouveauté de cet enseignement, dans lequel l'auteur de la nature a voulu, par l'exemple des oiseaux, porter les hommes à honorer leurs parents, non-seulement les y porter, mais même les frapper d'infamie, si une créature raisonnable ne rendait pas à ses parents des devoirs que les bêtes mêmes rendent aux leurs par un instinct naturel? La piété filiale des cigognes est si connue, que les Grecs ont un verbe àvTtTreXap^iv, (formé d'àvrî et de séiapp;, cigogne), qui signifie, agir comme les cigognes, être reconnaissant.

L'exemple de cet oiseau doit donc nous apprendre à secourir

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nos parents en toutes circonstances, surtout dans la vieillesse et quand ils ont des besoins, enfin à les aider de toutes les manières et à leur payer le bienfait de l'éducation que nous en avons reçu. L'Ecclésiastique , d'ailleurs , nous y invite en ces termes : « Mon fils , soulagez votre père dans sa vieillesse ; ne le contristez pas durant sa vie. Si son esprit s'affaiblit, supportez-le. » Fccli. m, 14. Le saint homme comprenait les inûrmités et les misères des vieillards qu'abandonnent non-seulement les forces du corps, mais aussi le sentiment, et la raison même, cet attribut propre à l'homme. La vieillesse, en effet, est accompagnée d'affaiblissement, de détresse, de maladies, de toutes sortes d'incommodités; la débilité et l'ignorance du premier âge semblent revenus. A ce spectacle , les fils doivent se reporter en esprit au temps de leur enfance que leurs parents ont entourée d'une si vive sollicitude. Car que n'ont pas fait les pères dans l'intérêt de leurs enfants? Que de périls et de dégoûts pour cette mère portant l'enfant dans son sein! Quels gémissements, et quelles douleurs dans l'enfantement! Que d'attentions et de fatigues pour nourrir et élever le fruit de leurs entrailles ! Que de nuits sans sommeil, et passées à allaiter les enfants/à les laver, à les vêtir, à calmer leurs cris! Aussi le saint homme Tobie dit-il à son fils : « Honorez votre mère tous les jours de votre vie. Souvenez-vous de ce qu'elle a souffert lorsqu'elle vous portait dans son sein. » Omnibus diebus vitœ tuœ honorem habebis matri tuœ. Memor enim esse debes quœ et quanta pro te passa est in utero suo. Tob. iv, 3.

Certes cette loi, que nous avons puisée dans la nature , devait nous suffire ; cependant le suprême auteur et ami des vertus a tellement voulu que les fils prissent soin de leurs parents que, non content de cette loi, que lui-même avait scellée dans leurs cœurs du sceau de la nature, il a voulu encore la graver plus expressément de son doigt sur les tables de pierre, et même donner à ce précepte la première place sur la seconde table. On pourrait en effet se demander, pourquoi la loi du Décalogue fut écrite sur deux tables, quand il était si facile de l'écrire sur une seule ; et pourquoi, si elle devait être écrite sur deux tables, les préceptes à écrire n'étaient pas divisés en deux nombres égaux , en sorte

que chaque table contint cinq préceptes. Car il est constant que la première table en contenait seulement trois, et que la seconde en contenait sept. Qui croira que c'était sans dessein? — Je laisse de côté les autres causes de cet étrange partage ; mais la principale me semble être celle-ci. La justice peut être considérée sous deux rapports : par rapport à Dieu et par rapport aux hommes. Pour que ces deux justices ne fussent pas confondues, elles furent écrites sur deux tables distinctes , dont l'une enseigne la justice envers Dieu ; et l'autre , la justice envers les hommes. Ensuite Dieu a voulu ainsi montrer l'importance du précepte relatif aux parents, puisqu'il lui donnait le premier rang sur la seconde table. Car si tous les préceptes avaient été écrits sur une seule table, celui-ci ne serait venu que le quatrième. Mais le Seigneur, source de toute paternité au ciel ainsi que sur la terre , et vengeur de l'honneur des parents, fit polir une seconde pierre, afin que, comme le culte de Dieu tient le premier rang , l'honneur dû aux parents, quoique dans la seconde classe, fut aussi placé en première ligne. Ainsi, comme dans les Chapitres des églises, l'évêque occupe la première place à droite du chœur , et le doyen la première place à gauche; de même, dans l'ordre des préceptes, la piété envers Dieu tient la première place de la première table, et la piété filiale tient aussi la première place de la seconde table, qui répond au côté gauche du chœur. Il est donc clair qu'après la piété envers Dieu, qui est la première, vient immédiatement la piété filiale ; puisque nos parents ont été les ministres et les coopérateurs de Dieu à notre entrée en ce monde.

Non content de cela, à ce précepte seul entre tous les autres, il attacha une récompense inscrite dans la loi : « Afin, dit-il, que vos jours soient prolongés sur la terre que vous donnera le Seigneur. » Exod. xx, 12. Ce qui fait dire à l'Apôtre : « Honore ton père et ta mère; c'est le premier commandement auquel soit fait une promesse spéciale. » Ephes. vi, 2. A aucun autre, en effet, n'est attachée la promesse d'une longue vie. C'est qu'il est de toute convenance, que celui qui est reconnaissant d'un bienfait, le reçoive encore et dans une mesure plus large. Donc celui qui est reconnaissant envers les auteurs de ses jours, mérite de vivre long-

MERCREDI DE LA IIIe SEMAINE DE CARÊME, SERMON II. 1503

temps : c'est une disposition de Dieu , qui ajoute pour les bons fils au bienfait de la vie, auquel ne peuvent point ajouter les parents, quoiqu'ils aient pu conférer ce bienfait. Si , en vertu de la promesse divine, la vie est prolongée aux bons fils, il s'ensuit qu'elle est abrégée aux mauvais fils. Ceux qui manquent à leurs devoirs envers leurs parents, devraient redouter cet équitable jugement de Dieu. En effet, il est indigne d'une longue vie, celui qui a été ingrat envers ceux qui lui ont donné le jour et qui l'ont nourri. Non-seulement Dieu accorde aux bons fils une longue vie, qui est le partage de beaucoup d'animaux; il leur donne aussi, ce qui est plus désirable, une descendance religieuse et bien réglée. « Qui honore son père, dit l'Ecclésiastique, trouvera sa joie dans ses enfants, et il sera exaucé au jour de sa prière. » Eccli. ni, 6. C'est une justice, en effet, que celui qui a été bon envers ses parents, ait des enfants bons à son égard ; et que le Seigneur écoute les prières de celui qui, à cause de Dieu, a écouté avec respect la voix de ses parents.

Non content de ces stimulants, le Père par excellence ajoute aux promesses les menaces les plus sévères contre les enfants dénaturés : « Celui qui aura maudit son père ou sa mère, qu'il soit puni de mort. » Levit. xx, 9. a Si un homme a un fils rebelle et insolent, qui ne se rende au commandement ni de son père, ni de sa mère, et qui, en ayant été réprimandé, refuse avec mépris de leur obéir..., il sera lapidé par tout le peuple, et il mourra, afin que le fléau soit ôté du milieu de vous. » Dent, xxi, 18 et seq. Ainsi donc, non content de punir de la peine capitale le fils reqelle, le Seigneur a voulu aussi qu'il fut traité comme les blasphémateurs, et qu'au lieu de tomber sous le glaive d'un seul bourreau, il fût lapidé par les mains de tout le peuple. Cette circonstance fait surtout ressortir l'atrocité d'un tel crime. Et encore, entr'autres malédictions que Moïse, après avoir passé le Jourdain, prescrit sur le mont Garizim et sur le mont Hébal, contre les transgresseurs des préceptes divins, se trouve celle-ci : « Maudit celui qui n'honore point son père et sa mère; et tout le peuple répondra : Amen. » Beut. xvn, 16. Cette imprécation du peuple, proférée sur la terre, le Seigneur la confirme de son au-

torité céleste, lui qui dit : « La bénédiction du père affermit la maison des enfants; et la malédiction de la mère la détruit jusqu'aux fondements. » Eccli. m, 11. Voilà les effets de la bénédiction, de la malédiction des parents.

ïsaac bénit son fils Jacob ; et quoique le tendre père eût été trompé par des apparences mensongères, cependant cette bénédiction sortit son plein et entier effet. Il est vrai qu'elle était l'effet d'une volonté divine. Toutefois, quoi de plus étonnant qu'une bénédiction, et une si ample bénédiction, enlevée subrepticement, ait été efficace? — "Vous tous donc qui avez des parents, soyezleur soumis et dévoués; rendez-leur tous les devoirs de la piété filiale, de l'humanité, de la tendresse; gardez- vous d'encourir jamais leur malédiction. Ayant ainsi reçu la bénédiction de votre père terrestre, vous mériterez de recueillir aussi la bénédiction de votre Père qui règne au ciel, et en même temps l'héritage promis aux enfants de Dieu.

TROISIEME SERMON

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