‹ Œuvres complètes de Louis de GrenadeChapitre 23 sur 29 · LE MERCREDI DE LA IIP SEMAINE DE CARÊME · texte numérisé non relu

LE MERCREDI DE LA IIP SEMAINE DE CARÊME

OU, APRÈS UNE COURTE EXPLICATION DE l' ÉVANGILE, ON TRAITE DES SOINS DUS PAR LES PARENTS A L'ÉDUCATION DE LEURS ENFANTS.

Deus dixit : Honora patron timm et matrem.

Dieu a dit : Honore ion père et ta mère. Matth. xv, 4.

Très-chers frères, dans le discours précédent, nous avons parlé de l'honneur dû par les enfants aux auteurs de leurs jours; maintenant notre devoir exige que nous disions quelques mots des soins que les parents doivent donner à l'éducation de leurs enfants. Il y a là obligation mutuelle; parents et enfants se doivent des soins réciproques. Car le sage Créateur a si bien tempéré la nature de ses œuvres , que toutes les créatures subsistent en se prêtant un mutuel secours, et que chacune reçoit en donnant.

MERCREDI DE LA IIIe SEMAINE DE CARÊME, SERMON III. Î505

Mais, le père étant l'auteur, la cause du fils, l'obligation des parents est antérieure à celle du fils. Les soins à apporter pour bien remplir cette obligation sont peut-être ce qu'il y a de plus essentiel, de plus important pour la société chrétienne. 11 est certain que rien n'a plus d'influence sur la prospérité publique, que la bonne éducation des enfants. En effet, l'éducation étant quelquefois plus puissante que la nature, si tous les parents s'appliquaient avant tout à inculquer à leurs enfants les meilleurs principes, nous aurions bientôt l'Etat le plus solidement constitué; il ne nous faudrait ni tant de lois, ni tant de jugements, ni tant de supplices pour punir les malfaiteurs. Aussi les ministres de la divine parole , à qui est confiée la mission de dispenser la doctrine céleste, ne doivent-ils rien répéter davantage aux parents, rien avoir plus souvent à la bouche qu'une recommandation si féconde en conséquences ; ils devraient même insister à temps et à contretemps sur ce sujet dans tous leurs sermons. Voilà pourquoi, bien que dans le saint évangile de ce jour il ne soit question que de l'honneur dû aux parents, j'ai résolu de parler de l'éducation qu'ils doivent donner à leurs enfants , après avoir toutefois dit quelques mots, moins de l'Evangile, que de son but. Pour le faire plus sûrement, implorons en suppliant le secours céleste par l'intercession de la très-sainte Vierge. Ave Maria.

La principale occupation des scribes et des pharisiens étant de calomnier toutes les actions et toutes les paroles du Sauveur, de chercher, n'importe comment, une occasion de le critiquer, ils lui intentent, dans le saint évangile de ce jour, une accusation nouvelle : « Pourquoi , disent-ils, vos disciples violent-ils les traditions des anciens ? Car ils ne se lavent pas les mains avant de manger. — Pourquoi, répond-il, vous-même violez- vous le commandement de Dieu pour suivre votre tradition? Car Dieu a dit : Honore ton père et ta mère. » Vous, ayant égard à votre intérêt, plutôt qu'à la loi divine , vous répandez une maxime funeste , et enlevez aux parents l'honneur qui leur est dû. « Hypocrites, Isaïe a bien prophétisé de vous, en disant : Ils m'honorent des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. » Cette réponse du Seigneur fait

voir la vérité d'une remarque de saint Jérôme : « Une flèche ne s'enfonce pas dans la pierre, mais parfois elle ricoche, et retourne frapper celui qui l'a lancée. » Ainsi, ceux-là voulant frapper le Seigneur de la flèche empoisonnée de la calomnie, il la leur renvoya, sans recevoir lui-même aucune blessure; il montra, par l'autorité prophétique, à laquelle ils n'avaient rien à répliquer, il montra, dis-je, qu'ils étaient des violateurs de la loi divine, et des propagateurs de mauvaises doctrines. Le reste de notre évangile se rapporte à l'assertion du prophète , et a pour but de nous faire comprendre que la source de la vraie sainteté et de la religion est dans le cœur, d'où elle se répand sur les œuvres extérieures. Il suit delà que nos œuvres doivent être jugées, non d'après les apparences extérieures, mais d'après ce qui est au dedans. Ainsi quiconque veut se munir de la vraie sainteté et de la justice , doit avant tout acquérir la pureté du cœur et la conserver, puisque de là viennent et la mort et la vie.

Voilà pourquoi le Sauveur dit : « Ce n'est pas ce qui entre par la bouche qui souille l'homme; c'est ce qui en sort. Car ce qui sort de la bouche vient du cœur, et c'est là ce qui souille l'homme. Du cœur, en effet, partent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les larcins, les faux témoignages, les médisances. C'est là ce qui souille l'homme; mais l'homme ne devient pas impur pour manger sans s'être lavé les mains. » Matth. xv. Paroles, d'où nous pouvons déduire, que comme, selon Salomon, «notre mort et notre vie sont aux mains de notre langue, » Prov. xviii, 21, de même et à bien plus forte raison notre mort et notre vie sont dans notre cœur, d'où se répandent et sur la langue même et sur toutes nos œuvres la mort et la vie. Or, comme la pureté du cœur se reconnaît surtout à la pureté de l'intention, nous devons, dans nos œuvres, examiner avec grand soin la fin et l'intention de l'œuvre, lesquelles ont tant d'importance, que c'est d'elles que les actions tirent leurs noms. Car, nos actions de^ vant être jugées d'après leur fin, et Dieu étant la fin de toutes les. vertus, on ne pourra honorer du nom de la vertu les actions faites non pour Dieu, mais pour la vaine gloire du monde, ou pour tout autre motif semblable. De telles œuvres ne sont pas des œuvres

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