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de vertu, elles n'ont de la vertu que l'apparence, ce sont des œuvres de l'ambition qui est au fond.
Donc, mes frères, que personne ne concentre son attention sur les dehors de ses œuvres extérieures ; que l'homme ne se laisse pas tromper par une apparence de sainteté ; qu'il remonte à la source, qu'il sonde l'intention, qu'il examine soigneusement le but de son œuvre, qu'il jette les yeux dans les retraites les plus profondes de son âme, recherchant avec sagacité ce qu'il se propose dans son acte, ce qu'il poursuit, à qui il désire plaire, quel profit il en veut tirer; non content du premier examen, qu'il fouille consciencieusement toutes les cachettes et tous les replis de son cœur. Car trèssouvent au lieu de l'esprit, c'est la chair; au lieu de la volonté de Dieu, au lieu de la gloire de Dieu, au lieu de l'amour de Dieu, c'est la volonté propre, c'est la gloire humaine , c'est l'amour de soi qui se cache dans les obscurités du cœur.
En effet, dit saint Grégoire, fréquemment l'âme se ment à ellemême ; elle s'imagine que dans une bonne œuvre elle aime ce qu'elle n'aime pas, et que dans la gloire du monde elle n'aime pas ce qu'elle aime. Mais la vérité sera enfin découverte quand Dieu produira à la lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et manifestera les desseins des cœurs, I Cor. iv, 5; c'est-à-dire, quand approchera le temps où Dieu jugera non-seulement les injustices des hommes, mais leurs justices. Car l'antique ennemi s'attache principalement à ceci : ou à nous détourner tout à fait de la poursuite du bien, ou, s'il n'y peut parvenir, à flétrir au moins de quelque tache l'intention de notre esprit. L'ennemi, dit saint Grégoire , a trois moyens de s'attaquer à nos bonnes œuvres : tantôt il pollue l'intention; tantôt il entremêle le mal à l'acte, en sorte que la gloire, qui n'était pas cherchée, flatte quand elle se présente; tantôt il dresse ses batteries à la fin de l'acte, avec d'autant plus d'ardeur, que celui qui agit se croyait dans une sécurité plus grande. Tout cela est à examiner minutieusement, si on veut se tirer des filets occultes de l'antique ennemi. Car il n'y a de piété, dit saint Jérôme, que là où la chair n'est pas en jeu. Assez sur l'évangile. Arrivons maintenant à l'éducation des enfants, sur laquelle nous nous sommes engagé à parler.
Il se présente quatre points à traiter : — D'abord, combien une éducation honnête et libérale est nécessaire aux enfants; — ensuite, en vertu de quelle loi les parents y sont tenus ; — puis, en quel temps elle doit être donnée de préférence; — enfin, et ce qui est le plus important, de quelle manière et par quels moyens il faut l'entreprendre. — Pour traiter ce sujet, j'emprunterai beaucoup aux auteurs païens, pour deux raisons : d'un côté, pour que beaucoup de chrétiens rougissent de rester, malgré les lumières de la foi, au-dessous des infidèles; de l'autre côté, parce que je trouve chez les païens une foule de raisons sensées, surtout dans Plutarque qui nous a laissé sur l'éducation des enfants un écrit remarquable, auquel je ferai d'importans emprunts.
■1° Pour montrer l'influence d'une éducation libérale sur les bonnes mœurs, et sur le bonheur de la vie, il rapporte que le philosophe Cratès s'indignait si vivement contre les parents qui négligent ce devoir, qu'il avait coutume de dire : « Si j'en avais la permission, je monterais sur la partie la plus élevée de la ville, et crierais de toutes mes forces : Où courez-vous, hommes, dont toute la préoccupation est d'amasser des richesses, sans prendre nul souci de vos enfants, à qui vous les laisserez? » — A ces paroles je puis ajouter que de tels pères ressemblent à ceux qui ont grand soin de leurs chaussures, mais qui ne font aucun cas de leurs pieds. Il est vrai qu'on voit des pères, chez lesquels l'amour de l'argent s'est tellement accru avec la haine de leurs enfants que, pour ménager leur bourse, ils confient ces enfants à des maîtres sans valeur. C'est à un père de ce genre qu'Aristippe fit une réponse assez spirituelle. Ce père lui demandait combien il exigerait pour l'éducation de son fils. — Mille drachmes. — C'est énorme. Pour ce prix, j'aurais un esclave. — Achète-le, et tu en auras deux, l'esclave et ton fils. — Je vais entreprendre de dire ce qui arrive à ces pères étonnants, après qu'ils ont mal élevé, et mal instruit leurs enfants.
Ces enfants n'ont pas plutôt pris la robe virile que, dédaignant une vie honnête et bien réglée, ils se jettent dans d'ignobles plai-
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sirs ; les pères se repentent alors de les avoir ainsi élevés , et , quand cela ne peut plus servir à rien, ils se tourmentent de ces désordres. Dans son livre sur l'enseignement de la vertu, le même Plutarque exprime ainsi son étonnement de l'incurie des parents : On apprend à chanter, à danser, à lire, à cultiver la terre, à monter à cheval, à se chausser, à se vêtir, à verser à boire. Et quand rien ne se fait sans apprentissage, sans règles, sans préceptes, vous croyez, insensés, qu'une vie vertueuse s'acquiert sans enseignement, sans discipline, sans efforts, mais par le seul effet du hasard? Combien était plus sage et plus prévoyant Philippe, père d'Alexandre, qui ayant appris qu'il lui était né un fils, écrivit cette lettre à Aristote : « Je rends grâces aux dieux , non pas tant de ce qu'il m'est né un fils, que parce qu'il a le bonheur d'être né du vivant d' Aristote. J'espère qu'instruit par vous il sera digne de son père, et d'en poursuivre les exploits. » Aristote fut chargé de tous les détails de l'éducation, et il commença l'instruction de l'enfant, dès que celui-ci fut en état de la recevoir.
Ce que nous rapportent les écrivains païens est confirmé par le témoignage des saintes Lettres. L'Ecclésiastique recommande en ces termes ce soin aux parents : « Qui aime son fils , ne lui ménage pas les coups, afin que celui-ci lui donne de la joie quand il sera grand, et qu'il n'aille pas mendier aux portes des autres. Qui instruit son fils, y trouvera sa joie et sa gloire... Il a vu son fils pendant sa vie, et il a mis sa joie en lui. Il ne s'est pas affligé à la mort, et il n'a pas rougi devant ses ennemis. Car il a laissé à sa maison un fils qui la défendra contre ceux qui la haïssent, et qui rendra à ses amis la reconnaissance qu'il leur doit. » Eccli. xxx, \ et seq. Tels sont les résultats d'une bonne éducation. L'éducation est-elle négligée? En voici les suites : « Un cheval indompté devient intraitable, et l'enfant abandonné à sa volonté devient insolent. » Ibid. 8. Cela est vrai en général et de tous les caractères, mais surtout des enfants bien nés. Car, dit Socrate, il en est d'eux, comme des chevaux ; les chevaux ardents et de noble race, s'ils sont bien dressés dès leurs premières années, deviennent des animaux précieux et propres à tout; dans le cas contraire, ils deviennent féroces, intraitables, et bons à rien. Au reste, pour mettre
fin à cette première partie, je puis affirmer avec confiance ce que j'ai déjà dit en commençant, que pour améliorer, pour guérir nos mœurs, et pour renouveler la société chrétienne, il faudrait que tous les parents agissent de concert dans le même but, et qu'ils missent tous leurs soins à munir leurs enfants de salutaires habitudes et de bons principes. 11 arriverait de là que, chacun s'occupant sérieusement de la portion de la société qui le concerne , tout le corps social recouvrerait une santé parfaite. Car toutes les lois instituées par les princes pour réformer nos mœurs ne seront jamais aussi efficaces que le seraient ce seul soin et ce seul concert des parents. 2° Afin d'exciter les parents à ce soin par des stimulants plus vifs, il faut maintenant considérer en vertu de quelle loi ils sont astreints à ce devoir. Nous répondons brièvement : En vertu de celle qui les oblige à veiller sur eux-mêmes. Pour l'intelligence de cette vérité, il faut considérer que la divine Providence étend sa sollicitude sur toutes ses créatures en raison de la nature et de la condition de chacune. Or on compte trois espèces de créatures : les raisonnables, celles qui sont privées de raison , et les intermédiaires, qui ont en partie la raison et en partie en sont privées, comme l'homme dans son enfance. Aux créatures raisonnables, Dieu a donné le flambeau de la raison, au moyen duquel elles peuvent discerner le bien et le mal. Celles qui sont privées de raison , telles que les brutes, ont été pourvues d'un instinct naturel, qui leur suffit pour rechercher ce qui leur convient, et fuir ce qui leur serait nuisible. C'est cet enseignement naturel qui apprend aux brebis à distinguer les bonnes herbes des mauvaises, à suivre le chien, et à fuir le loup, semblable au chien. Enfin, les créatures intermédiaires, telles que les enfants, Dieu les a confiées aux soins paternels, en sorte que la volonté du père tient lieu de la volonté du fils, et qu'en beaucoup de circonstances le père se porte fort pour son fils, qui est tout aussi bien tenu que s'il avait promis et s'était engagé par sa propre volonté. A ce titre, toutes les législations donnent un immense pouvoir aux pères sur leurs fils. De même qu'un père peut se vendre, et se lier à une servitude perpétuelle, il peut aussi , en cas de nécessité, assujettir son ûls à la même servitude.
MERCREDI DE LA IIIe SEMAINE DE CARÊME, SERMON III. 5 H Cela étant, il s'ensuit que la mauvaise éducation des enfants, et la perversité des mœurs, qui en est la conséquence , sont imputables aux parents, à qui principalement il appartenait de les instruire, de les former, et de les porter au bien. Car ils sont tenus de nourrir, non-seulement le corps, mais à bien plus forte raison le cœur et l'âme de leurs enfants. Autre chose est d'élever des brutes, autre chose d'élever des hommes. Aux brutes il suffit de ce qui est nécessaire à la vie du corps, puisqu'elles ne connaissent pas d'autre bien. Mais le bien suprême de l'homme étant , non dans le corps, mais dans l'âme; non dans les biens de la terre, mais dans les biens du ciel et en Dieu même ; toutes ses préoccupations doivent tendre à ce que son fils, marchant dans la voie des vertus, se dirige tout droit vers le souverain bien. Quant aux parents qui, négligeant ce soin , ne s'occupent que de nourrir le corps, ils me semblent élever leurs enfants, comme élèvent leurs petits les chèvres ou les chiens, qui ne s'occupent que de la nourriture, et sont indifférents à tout le reste.
Si donc les parents sont bien coupables , en ne pourvoyant pas aux besoins corporels de leurs enfants en bas âge, à combien plus forte raison le sont-ils, quand ils ne prennent pas soin d'en cultiver l'âme, et d'en régulariser et polir les mœurs? Aussi, les Lacédémoniens, quand deux frères étaient en désaccord, infligeaient-ils une amende au père, pour n'avoir pas prévenu cette discorde; les jeunes gens n'étaient pas punis; les fautes, où les avait entraînés la fougue de l'âge, étaient imputées au père qui , en vertu de son autorité , devait empêcher que l'inimitié s'élevât entre ses fils. Diogène, voyant un enfant se conduire avec indécence, donna un coup de bâton à son pédagogue, en disant : Pourquoi enseignestu ainsi? Il jugeait avec raison que c'est à ceux qui forment le premier âge, qu'il faut attribuer la bonne ou la mauvaise direction des enfants.
On dira peut-être : Si les parents ont à remplir de si strictes obligations envers leurs enfants, pourquoi le Décalogue, qui ordonne aux enfants d'honorer leurs pères, n'enjoint-il pas aussi aux pères de veiller à l'éducation de leurs enfants? D'autant plus que les préceptes du Décalogue ne sont autre chose qu'une exprès-
si on pratique et explicite de la loi naturelle. Or la nature a également écrit dans le cœur de l'homme que les pères doivent aimer et protéger leurs enfants, et que ceux-ci, à leur tour, sont tenus aux mêmes devoirs envers leurs parents. Mais ici il faut remarquer la prudence du législateur, qui n'est pas moins admirable dans ce qu'il omet, que dans ce qu'il dit, comme peut-être nous le montrerons en son lieu avec plus de développements. Voyant, en effet, que l'amour des parents pour leurs enfants était assez vif, il jugea qu'il n'était pas nécessaire de jeter de l'huile dans le feu, et que la volonté était assez enflammée d'elle-même, sans qu'il fût besoin d'ajouter le feu d'un nouveau précepte. Car, quand les parents commettent tant de méfaits pour enrichir leurs enfants, que ne feraient-ils pas, s'ils pouvaient alléguer qu'ils y sont astreints en vertu de l'obéissance aux divins commandements? L'Ecclésiastique ne dit que trop vrai : « Le pécheur évitera la réprimande; il trouvera des interprétations de la loi selon son désir. » Peccator homo vitabitcorreptionem, et secundum volunîatem suam inveniet comparationem. Eccli. xxxu, 21. C'est-àdire qu'on trouve toujours quelque moyen d'embellir et de justifier une action honteuse.
Que l'amour des parents pour leurs enfants soit extrêmement vif, c'est ce qu'attestent non-seulement le sens commun et l'expérience, mais même la tendresse pour leurs petits des bêtes les plus féroces. Aussi, cette pensée de Salomon a passé en proverbe: « Mieux vaut rencontrer une ourse à laquelle on a ravi ses oursons, qu'un fou qui se fie en sa folie. » Prov. xvn, 12. Mais cela est moins étonnant dans une bête féroce, surtout armée de dents et de griffes. Ce qui est bien plus étonnant, c'est une faible poule : malgré sa domesticité et son contact continuel avec les hommes, elle fuit devant eux; cependant, dans son amour pour sa couvée, elle attaque l'homme, fùt-il armé, se jette sur lui, et, sans forces, sans armes, elle combat pour ses poussins contre celui qui les menace. Cette même poule, lorsqu'elle couve ses œufs, ne sent ni la vermine qui la ronge, ni la faim qui la tourmente, ni quelquefois la mort elle-même ; puisque souvent elle a été trouvée morte sur les œufs qu'elle couvait. Ce n'est donc pas sans raison
MERCREDI DE LA IIIe SEMAINE DE CARÊME, SERMON III. 513 que, dans l'Evangile, le Seigneur compare son ardent amour pour les hommes à l'amour d'une poule pour ses poussins.
3° En quel temps surtout les parents sont-ils tenus de donner ces soins à l'éducation de leurs enfants? — D'après ce qui a été dit, il est aisé de répondre. La raison et la volonté du père devant suppléer le défaut de raison dans le fils, l'obligation du père porte principalement sur le temps où la raison des enfants est imparfaite par suite de l'ignorance et de l'impéritie de l'âge. Car alors la lumière de la prévoyance et de la prudence paternelles , ajoutée à la lumière terne des enfants, les dirige et les forme. Aussi l'Ecclésiastique donne ce conseil à un père relativement à l'éducation de son fils: « Courbe-lui le cou pendant qu'il est jeune, et n'épargne pas les verges à l'enfant, de peur qu'il ne s'endurcisse, et qu'il ne veuille plus t'obéir; ton aine en serait alors percée de douleur. » Eccli. xxx, 12. Et Sénèque : « L'éducation demande les plus grands soins, et ces soins sont bien employés. Car il est facile de régler des cœurs encore tendres. Au contraire il est bien difficile de déraciner des vices qui ont grandi avec nous. » Quintilien parle dans le même sens : « L'enfant doit être dressé alors surtout qu'il ignore la dissimulation, et qu'il cède facilement à la main qui le dirige. Vous briseriez plutôt que vous ne redresseriez ce qui s'est endurci dans une mauvaise direction. L'enfant doit donc être averti d'abord de ne rien faire par cupidité, par improbité, et il faut avoir toujours à la pensée ces paroles de Virgile : Tant il est important de prendre de bonne heure de bonnes habitudes (1). »
Ajoutez à cela une utilité qui a sa valeur : c'est que l'enfance, très-apte à apprendre, retient aussi très-fortement ce qu'elle a appris. Ce qui fait dire au même Quintiiien : « Naturellement nous retenons avec ténacité ce que nous avons appris dans nos premières années; comme la saveur, dont on imprègne un vase neuf, se conserve longtemps; comme la première couleur que la laine reçoit en échange de sa couleur naturelle, est indestructible. Mais le mal est ce qui s'attache le plus fortement. Il est facile de changer le bien en mal ; mais les vices, comment les changeriez-
(1) Adeo a teneris assuescere multum est. (Géorgie. )
vous en vertus? » Dans une lettre à Laeta, saint Jérôme reproduit littéralement cette pensée; il ajoute « que nous sommes enclins à l'imitation du mal, et que nous copions promptement les vices de ceux dont nous ne saurions acquérir les vertus. » Il est facile d'arracher une jeune plante, il n'en est plus de même, quand elle s'appuie sur de profondes racines; ainsi les vices, qui commencent à poindre dans le premier âge , sont assez facilement déracinés ; tandis qu'il est très-difficile de les extirper, quand ils ont jeté des racines profondes, et qu'ils se sont fortifiés par une longue habitude. Il en est de même d'une blessure nouvelle, et d'une blessure ancienne; il est facile de guérir l'une, très-difficile de guérir l'autre. Aussi lit-on dans Salomon : « Formez l'enfant à l'entrée de sa voie; car il ne s'en éloignera point, même dans sa vieillesse. » Prov. xxii, 6. En effet, le vice, qui a grandi avec l'âge, suit la vieillesse pas à pas.
4° Nous avons jeté un coup d'œil rapide sur les trois premières questions que nous avions annoncées en commençant; restent à examiner les moyens à employer pour l'éducation des enfants. Sans renoncer à mettre à contribution les écrivains païens, nous produirons surtout ici les pensées des nôtres. Et d'abord , que les parents s'appliquent avant tout au culte de la piété et de la justice, s'ils veulent laisser des enfants héritiers de la justice et de la piété paternelles. De même que les médecins, quand des entants à la mamelle sont malades et encore incapables de boire des potions, font prendre les médicaments aux nourrices, afin qu'ils servent ainsi d'une manière indirecte aux nourrissons ; de même nous qui voulons purger de tout vice les enfants, nous commençons par exhorter leurs pères et leurs maîtres à mener une vie droite et pure, afin que d'eux elle se transmette aux enfants. Car on a très-bien dit : « Qui sera purifié par un impur? » Et : «Nul ne saurait donner ce qu'il n'a pas. »
Qui pourrait dire tous les avantages que les enfants retirent de la droiture de leurs pères? Car si la noblesse des ancêtres honore et ennoblit les descendants, il n'est pas de noblesse plus haute que l'éclat et la gloire qui de la vertu des pères découlent sur les en-
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fants. De là ces mots de l'Ecclésiastique : a Le fils tire sa gloire de l'honneur du père, et un père sans honneur est le déshonneur du fils. » Eccli. m, 13. Et ceux-ci de Raguel (1) au fils de Tobie : a Le Dieu d'Israël vous bénira, parce que vous êtes le fils d'un homme de bien, juste, craignant Dieu, et répandant des aumônes, n Tob. vu, 7.
Mais cela est secondaire. Ce qui est plus important, c'est que souvent le Seigneur récompense dans les fils les mérites des pères. Car l'Ecclésiastique dit vrai : « Dieu a honoré le père dans les enfants, et il a affermi sur eux l'autorité de la mère. » Eccli. m, 3. C'est-à-dire, la probité, la vertu des pères et des mères est la cause pour laquelle le Seigneur comble de bienfaits les enfants. Car les fils ne faisant qu'un, en quelque sorte, avec leurs pères, puisqu'ils en ont tiré leur substance , rien d'étonnant que le Seigneur, qui aime la piété des pères, verse ses bienfaits sur les fils. L'Ecriture est pleine de ces exemples. Le Seigneur l'a promis, quand il a dit « qu'il punissait l'iniquité jusqu'à la troisième et la quatrième génération, mais qu'il faisait sentir sa miséricorde jusqu'à mille générations à ceux qui l'aiment. » Exod. xxxiv, 7. Le royal Prophète dit aussi: «Qui est l'homme qui craint le Seigneur? Dieu l'instruira de la voie qu'il doit suivre. Son âme se reposera clans l'abondance des biens, et sa race possédera la terre. » Ps. xxiv, 12 et 13. Ce qu'un interprète explique ainsi : a La nature ayant mis en nous un vif amour pour notre postérité, nous voudrions pouvoir veiller en tout temps sur les intérêts de notre famille. Nous nous affligeons à la pensée qu'elle périsse, ou qu'elle éprouve quelque grave dommage. Alors Dieu promet , à ceux qui pratiquent la vertu et la piété, la continuité et la prospérité de leur race. » Mais pour que je ne me borne pas au seul témoignage de David, je cite l'Ecclésiastique, parlant dans le même sens : a Ce sont des hommes de miséricorde, à qui les œuvres n'ont pas manqué. Leur héritage bien acquis demeure à leur postérité. Les enfants de leurs enfants sont un peuple saint, qui se conserve dans l'alliance de Dieu. En leur considération leurs enfants subsistent éternellement. » Eccli. xliv, 10 et seq.
(1) Au lieu de Raguel, il y a dans le texte, Gabélus.
Si6 SERMONS POUR LE PROPRE DU TEMPS.
Combien d'autres exemples nous pourrions apporter l A cause des mérites d'Abraham, Dieu promet à Ismaël, né d'une esclave, sa bénédiction et une nombreuse postérité. 11 ne donnera pas même aux fils d'Israël un pied de la terre des fils d'Esau, Deut. h, 5, tout mauvais fils qu'ils sont, parce que, dit-il, je l'ai donnée aux fils d'Esau; non pas certes à cause de leurs mérites, qui étaient nuls, mais à cause de la foi et de la piété de leurs pères. Quoi d'étonnant qu'il ait accordé à la postérité d'Abraham un bienfait qui ne fut pas refusé même aux fils de Loth, c'est-à-dire, aux Moabites et aux Ammonites, quoique nés de l'inceste? Ces exemples ne prouvent-ils pas que Dieu honore les pères dans leurs enfants, et qu'il fait miséricorde jusqu'à des milliers de générations à ceux qui l'aiment? Que de fois n'a-t-il pas épargné la postérité perverse de David? En faveur de la piété et de la justice du père, il ne voulut pas détruire les descendants. — De même que la droiture paternelle n'est pas perdue pour le salut et la gloire des fils, de même aussi l'impiété des pères est souvent funeste aux enfants. Autrement, le Prophète ne dirait pas : « Préparez-vous à égorger ses enfants comme des victimes , à cause de l'iniquité de leurs pères. » Isa. xiv, 21. Nous lisons dans le livre de la Sagesse : « La race des méchants ne réussira point; les rejetons bâtards ne jetteront point de profondes racines, et leur tige ne s'affermira point.» Sap. iv, 3. Et encore: « Les enfants des adultères n'auront pas une vie heureuse; la race de la couche criminelle sera exterminée. » Filii adiUterorum in consummatione erunt, et ab iniquo thoro semen exterminaMtur. Ibid. m, 16.
Outre ce qui vient d'être dit, la droiture des pères apporte un autre avantage, qui n'est peut-être pas moindre : c'est l'exemple paternel, puissant stimulant pour des enfants bien nés. Car nous imitons volontiers les mœurs de ceux que nous aimons, de ceux qui nous ont fait du bien, et avec qui nous vivons : or, toutes ces circonstances doivent se rencontrer dans les parents. L'enfant est imitateur, il a hâte de reproduire ce qu'il voit, ce qu'il entend. Il arrive de là que , si un enfant bien né est élevé parmi des gens grossiers, il est bientôt semblable à eux ; au contraire, l'enfant du peuple, appelé à vivre dans une famille noble et distinguée, en
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prend les mœurs polies et élégantes. Si des bètes farouches, telles que les ours et les lions, peuvent oublier leur férocité native, entrer en domesticité, et acquérir une douceur étrangère à leur nature, que n'est-on pas en droit d'espérer des hommes, nés, non pour la méchanceté, mais pour la douceur, et qui peuvent s'aider, non-seulement de la nature, mais aussi de la lumière de la raison, pour faire des progrès dans le bien et dans la vertu?
Un conseil important est celui que Plutarque donne aux parents en ces termes : « Il faut que le père, non-seulement en s'abstenant du mal, mais aussi en ne faisant que des actions honnêtes, offre en sa personne à ses enfants un modèle à suivre ; en sorte qu'examinant sa vie, comme on regarde dans un miroir, ils évitent avec soin tout acte, tout discours honteux. Car si, commettant les mêmes fautes, il réprimande vivement ses enfants pris en défaut, il semble ignorer que c'est lui-même qu'il censure sous le nom de ses enfants. » De, lib. ecluc. Le même philosophe indique encore ce qu'un bon père doit surtout enseigner à ses enfants : « 11 faut avant tout recommander aux jeunes gens de ne pas vivre dans la mollesse, de contenir leur langue, de réprimer la colère , et d'être maîtres de leurs mains. En outre , ce qui est très-essentiel, qu'ils s'accoutument à dire vrai. Car mentir est un vice servile, inexcusable dans un serviteur même; il mérite la réprobation universelle. »
Plutarque et Quintilien ne sont point partisans des châtiments corporels, employés contre des enfants bien élevés. Ils veulent qu'on les porte à leur devoir en les encourageant , en les stimulant par des louanges, par des récompenses appropriées à leur âge, par le sentiment de l'honneur, par la crainte de l'ignominie. Ils pensent que c'est un traitement servile que de les contenir dans le devoir par la crainte des coups, plutôt qu'en les menaçant de l'ignominie, ou qu'en excitant leur amour-propre. Peut-être ontils raison , quand il s'agit d'enfants bien nés. Mais, pour le grand nombre de ceux qui manquent de cet avantage, une discipline sévère est nécessaire, pour que cet âge, qui ne saurait être conduit à la vertu par la raison et le jugement, soit mis en garde par la crainte, à laquelle il est si sensible, contre les vices dont la
raison ne peut encore le préserver. Car, à cet âge, la raison, c'est la crainte d'un plus fort. Salomon dit bien : « La verge est pour le dos de celui qui n'a pas de cœur. » Prov. x, 13. En effet elle lui tient lieu de cœur et de jugement. Il dit encore : « N'épargne point la correction à l'enfant ; si tu le frappes avec la verge, il n'en mourra pas; frappe-le de la verge et tu déliveras son âme de l'enfer. » Prov. xxm, 13. Et ailleurs : « La folie est liée au cœur de l'enfant; la verge de la discipline l'en chassera. » Prov. xxn, 15.
Au reste, ceux qui, par un amour mal entendu pour leurs enfants, reculent devant la correction, et qui, de peur de les affliger, les laissent vivre licencieusement, ou ne les reprennent pas de leurs fautes, ce que fit David, qui n'osa pas flétrir l'inceste de son fils Ammon, tant il l'aimait et craignait de le contrister; ceux-là ressemblent aux gens qui ne vont pas au secours de leurs enfants en danger de se noyer, parce qu'ils ne le pourraient faire sans les prendre par la chevelure. Ils laissent donc périr leurs enfants, de peur de leur arracher des cheveux. Quelle cruauté, sous prétexte de tendresse paternelle! Aussi Salomon a-t-il raison de dire : « Qui n'use pas de la verge, hait son fils; qui aime son fils, le corrige. » Prov. xm, 24.
On ne saurait dire combien est fatale aux enfants une indulgence excessive. Car, toute vertu consistant en exercices plus ou moins difficiles, celui qui, dès ses premières années, est élevé à fuir tout travail, toute peine, à vivre dans la mollesse, est tellement subjugué par la tyrannie d'un vice si attrayant, qu'il se dérobe à toute poursuite du bon et de l'honnête, comme à une chose très-fatigante, et qu'il devient impropre à toute étude noble et sérieuse, exigeant du travail et de l'application. Comme le lierre, quand il a saisi un arbre dans ses spirales, l'étouffé, le dessèche et le frappe de stérilité; de même les mères qui ont toujours dans les bras leurs enfants, qu'elles couvrent de baisers et de caresses, les efféminent, les énervent et les rendent impropres à tous les travaux de la vertu. Cette indulgence maternelle, qui prépare la voie à tous les vices, est surtout le plus fort encouragement à la colère, au témoignage de Sénèque : « Rien, dit-il, ne rend plus colère, qu'une éducation molle et laissant tout faire. f lus on gâte
MERCREDI DE LA III» SEMAINE DE CAREME, SERMON III. BIO un enfant, plus son âme se corrompt. Il sera bouleversé par les offenses, celui à qui rien n'a jamais été refusé, celui dont une mère inquiète a toujours essuyé les larmes, et à qui on a donné raison contre son maître. » Nos saintes Lettres expriment les mêmes pensées.: a Caresse ton fils, et il te causera de grandes frayeurs; joue avec lui, et il te contristera. Ne ris pas avec lui, de peur que tu n'aies à t'en repentir, et qu'à la fin tu n'en grinces les dents. » Eccli. xxx, 9. Ce conseil, bon à l'égard des fils, ne l'est pas moins à l'égard des filles. Nous lisons dans le même Ecclésiastique : o As-tu des filles? Conserve la pureté de leurs corps, et ne leur montre pas un visage trop gai. » Eccli. vu, 26.
Finissons par un dernier conseil. Que l'homme se persuade que tous ses efforts sont vains et stériles sans le secours divin. Car, « si Dieu ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui l'édifient. » Ps. cxxvi, 1. Qu'il implore donc sans cesse la miséricorde du Seigneur, et lui confie le salut de ses enfants. Ainsi faisait le saint homme Job qui chaque jour offrait à Dieu des sacrifices pour les siens. Quant à la bienheureuse Monique, elle offrait au Seigneur, non des sacrifices sanglants, mais des larmes continuelles, et les sacrifices de ses lèvres, c'est-à-dire de ferventes prières, et c'est ainsi que d'un incroyant, d'Augustin, son fils, elle fit non-seulement un fidèle, mais un vaillant défenseur de la foi. C'est par ces moyens que des parents religieux doivent procurer le salut de leurs enfants, en faire non des enfants de géhenne, mais des enfants de Dieu, afin que ceux qu'ils auront gagnés en cette vie à Jésus-Christ par de pieux avertissements et de pieux enseignements, ils méritent de les retrouver dans la félicité et la gloire éternelles de la patrie.
PREMIER SERMON
POUR
LE VENDREDI DE LA IIIe SEMAINE DE CARÊME.
EXPLICATION DE L'ÉVANGILE
Jésus autem faiigctus ex itinere, sedebat sic supra fontem.
Jésus, fatigué de la route, s'assit ainsi près de la fontaine. Joan. iv, G.
Très-chers frères, entre autres devoirs de la religion chrétienne, on recommande surtout la méditation continuelle de la vie et de la mort du Sauveur. Elle est utile sous bien des rapports, et notamment en ce que c'est surtout par elle que l'àme humaine s'élève à la connaissance de la bonté divine, fondement de notre salut. L'Apôtre a dit : « Dieu qui a commandé que la lumière sortit des ténèbres, a fait luire sa clarté dans nos cœurs, afin que nous puissions éclairer les autres par la connaissance de la gloire de Dieu , selon qu'elle parait en Jésus-Christ. » Deus qui dixit de tenebvis lumen splendescere , ipse illuxit in cordibus nostris ad iUuminationem scientiœ claritatis Dei in facie Jesu Christi. II Cor. iv, 6. C'est-à-dire, Dieu qui, au commencement du monde, a créé cette lumière dont nous jouissons, a éclairé nos cœurs de la splendeur de sa grâce , afin que nous aussi , nous conduisions les autres à la connaissance de cette même gloire qui éclate principalement sur la face du Christ, c'est-à-dire dans les mystères et les bienfaits admirables de son humanité très- sainte. Saint Paul fait ici allusion à la face de Moïse, laquelle par son éclat était comme une ombre de la beauté et de la gloire divines : éclat qui lui venait de son entretien avec le Seigneur. Cependant cet éclat, tout rayonnant et tout admirable qu'il était, ne reproduisait pas l'image de la divine beauté, aussi bien que le faisait la figure de Notre-Seigneur, couverte de crachats, meurtrie par les soufflets, déformée par le fouet et par le sang. Car, ce corps déformé exprimait la beauté indescriptible de la bonté de Dieu , la splendeur rayonnante de sa justice, la gloire ineffable de sa mi-
VENDREDI DE LA IIIe SEMAINE DE CARÊME, SERMON I. 521
séricorde, son immense tendresse pour le genre humain, bien autrement que ne le faisait la face resplendissante de Moïse; puisque c'est par compassion, et afin de réformer notre image, que le Fils unique de Dieu se laissa ainsi déformer.
Cette connaissance étant la source de la charité, du bonheur, enfin de tout notre salut, le premier soin des hommes pieux doit être de méditer attentivement sur la magnificence des œuvres et des bienfaits de Notre-Seigneur, de les considérer jour et nuit, de se nourrir l'àme et de la fortifier de cette contemplation. Sous une forme allégorique, le céleste Epoux exalte, en son épouse, cette pratique pieuse : «Vos cheveux, lui dit-il, sont comme des troupeaux de chèvres qui ont gravi le mont Galaad. » Cant. iv, 1. Qui ne voit que cette similitude couvre quelque chose de mystique? Car, à examiner le sens des mots, rien ne semble plus absurde, que de comparer les beaux cheveux de l'épouse à des troupeaux de chèvres. Ces cheveux , qui embellissent l'épouse du Christ, l'Eglise, ce sont tous les saints. De ces cheveux, les uns sont roux , les autres noirs , les autres blancs : couleurs variées qui ornent merveilleusement l'Eglise. Les roux paraissent désigner les saints martyrs; les blancs, les vierges; les noirs, les humbles et les vrais pénitents. Tous sont dits semblables à des chèvres paissant sur le mont Galaad. Galaad signifie faisceau de témoignages ; ce qui convient à Notre-Seigneur, en qui convergent admirablement tous les témoignages de la loi et des prophètes. Sur cette montagne paissent donc tous les justes, pendant qu'ils contemplent avec une pieuse dévotion la doctrine évangélique de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ses merveilleux bienfaits et ses actions éclatantes. Là sont, en effet, les plantureux pâturages, où paissent les âmes des fidèles ; sur cette montagne aussi belle que fertile, elles trouvent à admirer, à imiter, à se rafraîchir, à se fortifier dans la vertu, à s'appuyer sur la foi et sur l'espérance, à se nourrir d'une sainte dévotion, enfin à se perfectionner dans la charité envers Dieu et envers les hommes.
Quiconque est assez heureux pour se livrer à ces saints exercices, doit prendre soin avant tout de ne pas se borner à contempler les dehors des œuvres du Seigneur, il doit descendre au fond
des entrailles de la charité, d'où partaient ces œuvres. Car c'est là surtout ce qui rafraîchit, ce qui réjouit les cœurs des justes. Or, l'amour dont ce pasteur aime ses hrebis, lui-même le fait connaître par cette admirable similitude : « Comme mon Père m'a aimé, je vous ai aimés. » Joan. xv, 9. Quoi de plus sublime qu'une telle comparaison? quoi de plus magnifique, de plus divin? Quelles richesses, quels royaumes, quels empires comparables à cette dignité des justes? Car quoiqu'on ne puisse pas mettre tout à fait sur le même niveau l'amour du Fils pour nous , et l'amour du Père pour son Fils, c'est cependant un immense degré d'honneur, d'être aimé du Fils de telle sorte que cette dilection soit comparée à la dilection du Père pour son Fils, laquelle est infinie.
De cette source de charité, qui jaillissait du cœur du Christ, sont sortis tant de travaux, tant de voyages, tant déjeunes, tant de nuits sans sommeil, tant de prières, de larmes, d'injures reçues, enfin tant de ruisseaux de sang. De là cette soif ardente de notre salut, de notre régénération, soif qui se trahit sur la croix, alors qu'il dit qu'il avait soif. Après avoir épuisé la coupe des amertumes, après avoir souffert tant de tourments avec une admirable patience, il brûlait encore de cette soif ardente; non content de ce qu'il avait enduré, il était prêt à braver de nouveaux genres de supplices, si notre salut l'avait exigé. Aussi a-t-il été dit avec vérité de sa dilection : « Les grandes eaux ne pourront éteindre sa charité, et les fleuves ne l'étoufferont point. » Gant. vin, 7, Le monde a pu lui arracher la vie, le bourreau a pu le lier à une colonne , a pu attacher à la croix ses pieds et ses mains, mais il n'a pu éteindre sa charité et sa soif de notre salut.
Cette soif lui faisait donc parcourir les villages et les bourgades, pour laisser en tous lieux l'empreinte de sa miséricorde et de sa tendresse, pour arracher les âmes au pouvoir du démon, et les enrôler sous la bannière de la piété et de la justice. Il remplissait sa mission accoutumée de miséricorde, et passait de Judée en Galilée, « lorsqu'il arriva à une ville de Samarie, nommée Sichar, près de l'héritage donné par Jacob à son fils Joseph. Là était un puits, appelé la fontaine de Jacob. Jésus, fatigué de la marche, s'assit auprès. C'était vers la sixième heure du jour, » Joan. iv, 5,