‹ Œuvres complètes de Louis de GrenadeChapitre 25 sur 29 · VENDREDI DE LA III» SEMAINE DE CAREME , SERMON I · texte numérisé non relu

VENDREDI DE LA III» SEMAINE DE CAREME , SERMON I

correspondant à midi, d'après notre manière de compter les heures. Rien d'étonnant qu'à cette heure, le Seigneur, fatigué, se soit assis près du puits. Car la chaleur, la faim , la soif qui se font surtout sentir à cette heure, et de plus la lassitude de la route (le Seigneur voyageant à pied) , l'avaient beaucoup fatigué. Ainsi le Créateur de toutes choses , celui qui a placé dans l'espace le soleil et les astres, est exposé pour nous aux injures de ses créatures, il est brûlé de l'ardeur du soleil, il tombe d'inanition, il est tourmenté par la faim , il souffre de la soif, il est accablé de la fatigue de laroute.

« Fatigué il s'assied ainsi près de la fontaine... Ses disciples s'étaient éloignés pour acheter des vivres. » Joan. iv. La phrase de l'Evangéliste est concise. Il dit : « Jésus s'assied ainsi près de la fontaine. » L'adverbe ainsi demande quelque autre chose, que le saint Evangéliste veut laisser à entendre, plutôt que de l'exprimer. Il s'asseyait donc, ainsi qu'un homme défaillant, brisé par la fatigue de la route ; il s'asseyait ainsi qu'un homme du peuple, ainsi que le premier venu , ainsi qu'un voyageur fatigué , cherchant à se reposer, comme s'il n'était pas le maître de toutes choses, la force de ceux qui sont fatigués, le pain des affamés, le breuvage de ceux qui ont soif, l'énergie des faibles. Cette fatigue de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous apprend qu'il dut en éprouver bien d'autres. Mais l'Evangéliste ne rapporte que celle-ci, d'où on peut conjecturer le reste.

Car celui qui, vrai soleil de justice, ne s'arrêtait jamais en aucun lieu, mais parcourait toute la contrée pour éclairer des rayons de la doctrine évangélique ceux qui étaient plongés dans les ténèbres et l'ombre de la mort, celui qui n'acquiesça aux instances d'aucun peuple voulant le retenir, mais qui disait avoir aussi à annoncer aux autres peuples le royaume de Dieu , celui-là , quels voyages, quelles fatigues et quels travaux n'eut-il pas à subir? C'est qu'il a été envoyé, non pour le repos et la tranquillité, mais pour les fatigues et les douleurs, pour les luttes et pour les combats. Quel fut le fruit de ces immenses travaux? Notre salut et notre justice. Le Prophète l'atteste : « Il verra le fruit de ce que son âme aura souffert, et il en sera rassasié. » Isai. lui, 2. Oui,

Ul SERMONS POUR LE PROPRE DU TEMPS.

il sera rassasié de cette douce nourriture de notre salut, nourriture si chère à son cœur, et dont il dit lui-même dans le présent évangile : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé, et d'accomplir son œuvre. » Joan. iv, 34. Car, cette œuvre n'était autre que celle de notre rédemption et de notre salut. Je poursuis :

a C'était environ la sixième heure du jour. » Ce n'est pas sans dessein que le saint Evangéliste fixe l'heure ; c'est afin d'exprimer plus vivement la cause de la fatigue du Seigneur, nous l'avons dit plus haut. Mais cette cause de ses fatigues n'était pas la seule. Il y avait autre chose qui le préoccupait bien davantage : c'était son immense charité, et la lourdeur du fardeau dont il s'était chargé, et le profond égarement des brebis dispersées qu'il cherchait. Son ardente charité pour nous, nous l'avons touchée en quelques mots; la lourdeur du fardeau qu'il avait pris est démontrée par ses peines et ses travaux; quant au grand et lamentable égarement des brebis qu'il cherchait, le Seigneur l'indique en ces termes par la voix d'Ezéchiel : « Mes troupeaux ont erré partout sur les montagnes, et sur toutes les collines élevées ; ils ont été dispersés sur toute la face de la terre, sans qu'il y eût personne pour les chercher ; oui, sans qu'il y eût personne pour les chercher. » Erraverunt grèges mei in cunctis montibus, et in universo colle excélso, et super omnem faciem terne dispersi sunt grèges mei, et non erat qui requireret;non erat, inquam, qui requirent. Ezech. xxxiv, 6.

Ces paroles du Seigneur dévoilent l'erreur commune de presque tous les mortels, et la cause de cette erreur. Créés par Dieu pour la béatitude, qu'ils désirent avec une avidité effrénée, les hommes, aveuglés par une foule d'erreurs et de passions, ne voient nullement en quoi consiste cette béatitude. Chacun, suivant son caractère et ses caprices, s'imagine qu'elle est, tantôt dans un bien, tantôt dans un autre; aussi il n'est pas d'espèce de bien terrestre dont ils ne fassent l'épreuve, pour essayer s'ils ne trouveront pas dans quelqu'un de ces biens ce repos et cette paix de l'âme qu'ils désirent. C'est là ce que le Prophète a voulu exprimer, quand il se plaint que les brebis ont erré sur toutes les montagnes, et qu'elles se sont dispersées sur toute la face de la terre. Car, sous

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