‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 2)Chapitre 15 sur 49 · IV · texte numérisé non relu

IV

La parole à sa lèvre, hébs ! montait encorey Mais dans les soxis éteints ne ponvaic plus icksfrej De momens en momens sa tête s'égârailt ; Aucun fil ne liait les mots qo'ii nmtumraât ; Il parlait aux absens, aux morts, à sa; (antille ; Et regardant son fils, il appelait sa fille.

£ nfin, quand le regard s'éteignît dams ses yeux, Il posa sur sa bouche un doigt mystérieux, Et d'un reste de voix nommant encor Laurence, Il mourut en faisant le geste d«i> silence ! . . .

M aolli t79S.

J'ai passé tout ee jour comme dans têtt MmbeaU^- Le mort enveloppé dans son sanglant àmntea^.

Le pauvre enfant auprès, étendu sur la terre. Le front enseveK dansp le linceul dupère.

Tantôt comme endormi sur le même oreitlËfi^, Tantôt comme écoutant son père sommeiller.

Soulevant le manteau qui cour^i*e'Sa figure, Prenant pour son hsdeine un souffle qui murmurey Ck>llant longtemps Toreille à sa bouche, etkmglefiD^ Retenant dans son sein ses sanglota haletaos ; Puis enfin détrompé, sur le front mort qu'il' pleure, Attachant un regard triste et lonç comme Theure,- Un de ces forts regards qui semble en un moment

Concentrer tonte une àme en ùtt seul toDtinMnt| Et qui rendrait, hélasr! h \ie à la mort mériie Si Tamour seul pouvait ranimer oe efa'îi aime!

27 août 1793.

Pendant qu'un lourd sommeil plus fort que nosdouleurs , Fermait enfin les yeux de l'enfant dans ses pleurs. J'ai dénoué ses bras du corps froid de son père, Et j'ai rendu ce teir la dépouille à la terre.

Au bord du lac, il est une plage dont l'eau Ne peut même en hiver atteindre le niveau ; Mais où le flot^ qui bat jour et nuit sur sa grève, Déroule un sable fin qu'en dunes il élève.

lÀf le mur du rocher, sous sa concavité, Ck)uvre un tertre plus vert de son ombre abrité ; La roche en cet endroit par sa foraie rappelle Le chœur obscur et bas d'une antique chapelle, Quand la nature eu a revêtu les débris De liane rampante et d'arbustes fleuris.

Là, du pauvre étranger, la*imity mes mains creutèreni La couche dans la terre et mes pleurs l'arrosèrent; Et les mots ccHisacrés à ce suprême adieu Remirent son sommeil et son réveil à Dieu*.

Puis pour sanctifier la place par un sigiie^

Et de son saint dépôt la rendre à jamais digne.

Je fis tomber d'en haut cinq grands blocs suspendus,

Gigantesque débris de ces rochers fendus;

Et 9 les groupant en croix sur la couche de sable,

J'imprimai sur le sol ce signe impérissable;

Bientôt la giroflée et les câpriers verts

De réseaux et de fleurs les auront recouverts,

Et le cygne y viendra, saint et charmant présage,

En sortant de la vague, y changer de plumage.

Grotte des Aigles, S8 août 1793.

Nos cœurs se sont ouverts ; mon jeune compagnon M'a confié ce soir son histoire et son nom ; Il est fils d'un proscrit, il se nomme Laurence ; Sa jeune mère est morte en lui donnant naissance ; Il n'a ni sœur ni frère; à seize ans parvenu. Dans toute son enfance, il n'a jamais connu D'autressoins, d'autre amour, d'autre frontsur la terre^ Que les soins, que l'amour, que le front de son père. Heureux avec lui seul, et près de lui toujours. Jusqu'à ces temps de meurtre il a passé ses jours Dans un manoir désert d'une aride campagne, Sur les bords orageux de la mer de Bretagne ; Quand l'orage civil en ces lieux retentit, Pour ses lois et son Dieu son père combattit ;

TROISIÈME ÉPOQUE. iOl

Vaincui forcé de fuir ses champs héréditaires. Cachant sous un faux nom son nom et ses misères, n avait traversé la France avec son fils; Du haut de ces sommets qu'il visita jadis, D'espoir et de bonheur l'âme déjà remplie, Ses yeux voyaient de près les champs de l'Italie, Quand, aux bords de l'Isère aperçu, des soldats Par de vils délateurs sont lancés sur ses pas ; Us allaient échapper dans la nuit ; nuit funeste ! Ses larmes l'étoufTaient, et je savais le reste.

De la Grotte» 16 septembre 1793.

Mon cœur me l'avait dit : touteàme est sœur d'uneàme; Dieu les créa par couple et les fit homme ou femme ; Le monde peut en vain un temps les séparer, Leur destin tôt ou tard est de se rencontrer ; Et quand ces sœurs du ciel ici-bas se rencontrent, D'invincibles instincts l'une à l'autre les montrent ; Chaque âme de sa force attire sa moitié.

Cette rencontre, c'est l'amour ou l'amitié, Seule et même union qu'un mot différent nomme. Selon l'être et le sexe en qui Dieu la consomme, Mais qui n'est que l'éclair qui révèle à chacun L'être qui le complète, et de deux n'en fait qu'un.

Quand U a fttii, le feu ^u ciel est hloIbs nqpUe. L'œil ne cherche plus rien, ràne n'a plus de videi Par l'infaillible instinct le coeur soudain &appé, Ne craint pas de letour, ni de s'éire trampë^ On est plein d'un attrait /^'on ii'« |>as senti naitpe^ Avant de se parler on croit se reoonfidferey Pour tous les jours passés on n'a plus un regard, On regrette, on gémit de s'être vu trop tard^ On est d'accord sur tout avant de se népondre, L'àme de plus en plus aspiise à se confondre ; C'est le rayon du ciel, par l'eau répercuté, Qui remonte au rayon pour doubler sa clarté ; C'est le son qui revient de l'écho qui répète, Seconde et même voix, à la voix qui le jette ; C'est l'ombre qu'avec nous le soleil voit marcher, Sœur du corps, qu'à nos pas on ne peut arracher.

f7fepfAa^rel793.

Vous me l^avez donné ce complément de vie,

Mon Dieu! ma soif d'aimer est enfin assouvie.

Du jour où cet enfant sons ma grotte est >renu,

Tout ce que je révais jadis, je t'ai connu.

Pour la première fois, moi, dont l'àme isolée

A d'autres jusqu'ici ne s'était pas mêlée,

Moi qui trouvais toujours dans ce qui m'approchait

Quelque dtose deoioins que iboii cœur ne cherchait ;

Au image, au jregurd, au son de votx, au geste,

 l'émanation de ce rayon céleslie,

Aux premîènes douceurs du premier entretien,

Au cœur dciceC eafânl; j'ai reconnu le mien.

Mon âme, nsfoe rongeait sa vague solitude,

A répandu sur lui toute sa plénitude.

Et mon cœur abusé, ne comptait plus les jours,

Croit en l'aimant d'hier l'avoir aimé toujours.

De la Grotte , 90 septembre 1793.

Je ne seisis f>lu$ le poids du Itemps^; le vol de l'heure

D'une aile ^;ale et douce en s'écoulant m'effleure ;

Je voiidi*^ chaque soir cfue le jour avancé

Fût encore au matin à peine commencé ;

Ou plutôt que le jour naisse ou meiure dans l'ombre,

Que le ciel du vallon soit rayonnant ou sombre, ^

Que l'alouette chante ou non à mon réveil,

Mon cœur ne dépend plus d'un rayon de soleil.

De la saison qui fuit, du nuage qui passe ;

Son bonheur est en lui ; toute heure, toute place,

Toute saison, tout ciel, sont bons quand on est deux ;

Qu'importe aux cœurs unis cequi change au tour d'eux ?

L'unàrautreilssefontleurtemps,leurciel,leurmonde;

L'heure qui fuit revient plus pleine et plus féconde,

lOfc JOCELYN.

Leur cœur intarissable, et l'un à l'autre ouvert,

Leur est un firmament qui n'est jamais couvert.

Ils y plongent sans ombre, ils y lisent sans voile,

Un horizon nouveau sans cesse s'y dévoile ;

Du mot de chaque ami le retentissement

Éveille au sein de l'autre un même sentiment;

La parole dont l'un révèle sa pensée

Sur les lèvres de l'autre est déjà commencée;

Le geste aide le mot, l'œil explique le cœur.

L'âme coule toujours et n'a plus de langueur;

D'un univers nouveau l'impression commune

Vibre à la fois, s'y fond, et ne fait bientôt qu'une;

Dans cet autre soi-même, où tout va retentir.

On se regarde vivre, on s'écoute sentir ;

En laissant échapper sa pensée ingénue.

On s'explique, on se crée une langue inconnue ;

En entendant le mot que l'on cherchait en soi.

On se comprend soi-même, on rêve, on dit : C'est moi!

Dans sa vivante image on trouve son emblème.

On admire le monde à travers ce qu'on aime;

Et la vie appuyée, appuyant tour à tour.

Est un fardeau sacré qu'on porte avec amour!

De la Grotte, S5 septembre 1793.

Quand je reviens le soir de mes lointaines chasses^ Les pieds meurtris, les doigts déchirés par les glaces, Rapportant sur mon dos l'élan ou le chamois. Et que du haut d'un pic du plus loin j'aperçois Mon lac bleu resserré comme un peu d'eau qui tremble Dans le creux de la main où l'enfant la rassemble, Le feston vert bordant sa coupe de granit, De mes chênes penchés la tête qui jaunit, Et vacillante au fond de la grotte qui fume, La lueur du foyer que Laurence rallume; Quand je rêve un moment, quand je me dis : La-bas, Dans ce point lumineux qu'un lynx ne verrait pas, J'ai la meilleure part, l'autre part de moi-même. Un regard qui me cherche, un souvenir qui m'aime, Un ami dont mon pas fera battre le cœur.

Un être dont le ciel m'a fait le protecteur, Pour moi tout, et pour qui je suis tout sur la terre. Patrie, amis, parens, mère, sœur, frère et père. Qui compte tous mes pas dans son cœur palpitant. Et pour qui loin de moi le jour n'a qu'un instant, L'instant où, de ces monts me voyant redescendre, II vient de ses deux bras à mon cou se suspendre, Et, bondissant après comme un jeune chevreuil.

En courant devant moi m'entraine à notre seuil. Alors, pressant le pas sur mon chemin de neige, Je me trace de l'œil le sentier qui l'abrëge ; Le glacier suspendu m'oppose en vain son mur, Je me laisse glisser sur ses pentes d'azur ; Je retrouve Laurence au pied de la montagne, Car je ne permets pas encor qu'il m'accompagne ; Il passe alors son bras plus faible sous le mien ; Je lui conte mon jour, il me conte le sien ; Nous raatroDs , il me dît combien nos tourterelles Ont couvé le matin d'œufs éclos sous leurs ailes. Combien la chèvre noire a donné de son lait , Ou de petits poissons ont rempli son filet ; Il me montre les tas de mousses et de feuille Que pour tapisser l'antre avant l'hiicer il cueille , Les fruits qu'il a goûtés et rapportés du bois , Et dont l'épine aiguë ensanglante ses doigts , Les bras de vigne vierge , ou de lierre qui flotte , Qu'il a fait serpenter dans les flancs de la grotte , Les oiseaux qu'il a pris en leur jetant du grain , Et les chevpveuils privés qui mangent dans sa main ; Car soit par préférence, ou soit par habitude , Tous ces doux compagnons de notre solitude , 3ichesde la montagne, élaps, oîseaux des bois, Accounnt à sa vue et volent à sa voix.

Nous mangeons aur la main ce quele journopsdomie. Le lait , les simples mets que la joie assaisonne ; Nous mordons tour à tour à des fruits inconnus. Ou pour nous abreuver nous en pressons le jus ;

TROISIÈME ÉPOQUE. t07

Pour les mortes saisons, nous mettons en réserve Ceux que le soleil sèche et que le temps conserve ; A chaque invention de l'un , l'autre applaudit ; On prévoit, on combine^ on se trompe et l'on rit; Dans ces mille entretiens le long soir se consume ; Sur le foyer dormant le dernier tison fume, Et souvent dans le lac , miroir de notre nuit , Nous voyons se lever l'étoile de minuit ; Alors nous nous mettons à genoux sur la pierre , Vers la fenêtre où flotte un reste de lumière , D'où Laurence inclinant son front grave et pieux , Sur la croix du tombeau jette souvent les yeux ; Et quand après avoir béni cette journée , Que nous rendons à Dieu comme il nous l'a donnée , Après avoir prié pour que d'autres soleils Nous ramènent demain , toujours , des jours pareils ; Après avoir oflGert nos vœux pour ceux qui vivent , Au souvenir des morts nos prières arrivent ; Laurence , en répondant aux versets , bien des fois A , malgré ses efforts , des larmes dans sa voL\ , Et de ses pleurs de fils , non encore épuisées , Ses mains jointes après sont souvent arrosées.

Ainsi finit le jour, et puis chacun en paix Va s'endormir couché sur son feuillage épais, Jusqu'à ce que la voix du premier qui s'éveille Vienne avec l'alouette enchanler «on oreille.

De la Grotte , 83 octobre 1793.

Depuis que sa douleur par le temps s'engourdit j Comme Laurence est fier et beau! comme il grandit! Par moment y quand sur moi son \isage rayonne, La splendeur de son front m'éblouit et m'étonne ; Je ne puis soutenir l'éclat de sa beauté , Et quand dans son regard le mien tombe arrêté , Je crois sentir en moi parfois ce qu'éprouvèrent , Près du sacré tombeau , les femmes qui trouvèrent L'homme assis , qui leur dit : Allez , il n'est plus là ; Quand leur cœur à ces mots en elles se troubla , Et que y croyant parler à l'homme, chose étrange, T^urs regards dessillés s'aperçurent de l'ange !. ..

De la Grotte, Si octobre 1793.

Ce soir je regardais Tjaurence à la clarté Du foyer flamboyant sur son front reflété , Pendant qu'assis à terre , il regardait lui-même Jouer entre ses pieds le jeune faon qu'il aime ;

Jamais rien de si doux et de si gracieux Que la biche et l'enfant ne s'offrit à mes yeux.

Repliant ses pieds blancs sous son ventre , la biche ^ Comme dans l'herbe molle où le jour elle niche, S'arrangeait confiante entre ses deux genoux , Levait sur lui son œil intelligent et doux , Broutait entre ses doigts de tendres jets de saule j Allongeait et posait le col sur son épaule j Et me jetant de là son regard triomphant , Léchait et mordillait les cheveux de l'enfant.

as octobre 1793.

L'enfant ! je ne puis plus nommer ainsi Laurence , Ses seize ans l'ont conduit à son adolescence , Son front s'élève presque à la hauteur du mien , A la course , mon pied gagne à peine le sien ; Seulement sa voix tendre , angéiique j argentine , Conserve encor l'accent de sa voix enfantine y Et ses inflexions , vibrantes de douceur , Me font rêver souvent à la voix de ma sœur ; Alors, pour un instant, mon cœur que ce son frappe, Pour remonter un peu le cours du temps m'échappe, Et me reporte aux jours où ces tendres accens De femmes, mère ou sœur, résonnaient à mes sens,

Et donnant tant de charme au Foyer domestique, De mon en&nce étaient la suave imisique ; Je les cherche, mon cœur des absens s'entretient ; Des knrmes dans mes yeux montent ; Laurence viMt , S'assied à mes genoux , me regarde en* silence. Me demande pourquoi je pleure , à qui je pense? Je lui dis mon enfance , il pleure en m'écoutant : <c Comme ils t'aimaient, dit-il ! matsmot je t'ainle aitftant; tt Ne suis-je pas pour toi comme uii fils de ta mère ? « N'as-tu pasremplacé dans mon cœur même un père?» f Puis sur la même pierre appuyait nos deux fronts, i L'un vis-à-vis de l'autre ensemble nous pleurons.

Mais quand à cette voix revenu de mon rêve , Pour m'essuyer les yeux ma tête se relève.

Que l'ombre de mon front s'éclaire , et que je voi Ce visage chaimant , tout en eau devant moi , Se relever aussi , s'éclairer à mesure Comme un miroir vivant de ma propre figure, Comme une ombre animée oi!i tout ce que je sens Bat dans un autre cœur, se peint dans d'autres sens j; Quand je pense que Dieu me rend, dans ce seul être , Tous ceux parmi lesquels sa bonté me fit nàitre, Que ce pauvre orphelin n'a que moi pour appui , Qu'il existe en moi seul comme moi toM en lui , Que mon bras est son bras, que imi vie est sa vie , Et que Dieu même a fait l'amitié qui nous lie, Ah ! mes larmes bientôt tarissent , et mon cœur Dans un seul sentiment trouve assez de bonheur !

De la Grotte, 29 octobre 1798.

Beauté ! secret d'en haut , rayon , cKtin emblème ,

Qui sadt d'où'tu descende? qui sait pourquoi Ton t'aime?

Pourquoi l'œil te poursuit, pourquoi le cœur aimant

Se précipite à toi comme un fer à Taimant ,

D'une invincible étreinte à Ion ombre s'attache,

S'embrase à ton approche et meurt quand on l'arrache?

Soit que, comme «nr premier ou cinquième éléikientt ,

Répandue ici-bas^ et dans le firmament ,

Sous des aspects divers ta force se dévoile ,

Attire nos regards aux rayons de l'étoile j

Aux mouveioéfis des mers', à la courbe des cieilt ,

Aux fles^oJes ruisseaux ^ aux arbres gracieux ;

Soit qu'en traits plus parlans sous nos yeux imprimée

Et frappant de ton sceau ki nature animée,

Tu donnes au Kon Teffroi de ses regards ,

Au cheval l'ondoiement de ses longs crins épars ,

A l'aigle l'envergure et Fombre de ses ailes,

Ou leurs enlacemens au' cou des tourterelles ;

Soit enfin qu'éelatant sur le visage humain ,

Miroir de ta puissance, abrégé de ta main ,

Dans les traits, les couleurs, dont ta main le décore,

Au front d'homme ou de femme, oii l'on te voit éckife,

Tu jettes ce rayon de grâce et de fierté

Que l'œii ne peut fixer sans en être humecté ; Nul ne sait ton secret y tout subit ton empire ; Toute âme à ton aspect ou s'écrie ou soupire. Et cet élan , qui suit ta fascination j Semble de notre instinct la révélation.

Qui sait sî tu n'es pas en efTet quelque image De Dieu même qui perce à travers ce nuage?

Ou si cette âme, à qui ce beau corps fut donné, Sur son type divin ne Ta pas façonné?

Sur la beauté suprême, ineffable, infinie, M en a pas modelé la charmante harmonie?

Ne s'est pas en naissant, par des rapports secrets. Approprié sa forme et composé ses traits?

£t dans cette splendeur que la forme révèle. Ne nous dit pas aussi : L'habitante est plus beUe?

Nouslesaurons un jour, plus tard, plus haut; pour moi.

Dieu seul m'en est témoin et lui seul sait pourquoi ;

Mais soit que la beauté brille dans la nature.

Dans les cieux , dans une herbe, ou sur une figure,

Mon cœur né pour l'amour et l'admiration ,

Y vole de lui seul comme l'œil au rayon ,

La couve d'un regard, s'y délecte et s'y pose,

£t toujours de soi-même y laisse quelque chose.

Et mon âme allumée y jette tour à tour

Une étincelle ou deux de son foyer d'amour.

Je me suis reproché souvent ces sympathies.

Trop soudaines en moi , trop vivement senties,

Ces instincts du coup d'œil, ces premiers mou vemens. Qui d'une impression me font des sentimens.

Je me suis dit souvent : Dieu peut-être condamne Ces penchans où du cœur la flamme se profane ; Mais, hélas ! malgré nousTœil se tourne au flambeau ; Est-ce un crime, ô mon Dieu, de trop aimer le beau ?

De la Grotte, 1«t novembre 1793.

Ces pensers, car toujours c'est à lui que je pense, Me vinrent l'autre jour en regardant Laurence. Jamais la main de Dieu sur un front de quinze ans If 'imprima l'àme humaine en traits plus séduisans, £t de plus de beautés combinant le mélange, Ne laissa l'œil douter entre l'enfant et l'ange ; Tout ce qu'à son matin l'âme a de pureté , Tout ce qu'un œil sans tache a de limpidité.

Tout ce qu'à son aurore une vie a d'ivresse, Tout ce qu'un cœur plus mur a de grave tendresse. Réuni dans ses traits rians ou sérieux ,

Y forme dans l'accord un tout harmonieux, £t selon le rayon que la pensée y verse , L'ombre qui les parcourt, l'éclair qui les traverse,

Y brille dans ses yeux en rayon de splendeur,

Y rougit sur sa joue en rose de candeur,

Y flotte à sa paupière en larme transparence,

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