IV
180 JOGELYN.
Cependant la nature est un hymne incoitlptet , Et Dieu n'y reçoit pas l'hommage qui lui platt Quand l'homme, qu'il créa pour y voir son image, M'ëlève pas à lui la voix de son ouvrage; La nature est la scène, et notre âme est la voix ; Essayons donc, ami , comme l'oiseau des bois^ Comme le vent dans Tarière ou le flot sur le sable, De verser à ses pieds le poids qui nous accable^ De gazouiller notre hymne à la nature, à Dieu ; Crëons-nous par l'amour prêtres de ce beau lieu ! Sur ces sommets brûlans son soleil le proclune, Proclamonfr-l'ynousHnêmeet chantons-lui DOtreâmè! La solitude seule entendra nos accens !
Écoute ton cœur battre et dis ce que tu scêïs !
LAURSWCE.
D'où venez- vous, 6 vous, brises nouvellet Pleines de vie et de parfums fti doux , Qui de ces monts palpitans comme nous Faites jaillir au seul vent de vos ailes FeuiUes et fleurs comme des étinceUes?
Ces ailes d'or où les embaumee-vooa ?
Est-il des monts f des vallons et des plaines ^ Où vous baignez dans ces parfums flottans ?
Où tous les mois sont de nouveaux printemps?
Où tous les vents ont ces tièdes baleines?
Où de nectar les fleurs sont toujours pleines? Toujours les cœurs d'extase palpitans?
Âh ! s'il en est , doux souffles de Taurore, Emportea^nous nvec l'encens des fleurs , Emporte^nous où les âmes sont sœurs !
Nous prirons hiieux le t>ieu que l'astre adore y Car l'âme aussi Veut le ciel pour éclore.
Et la priètie est le parfutil des ctcelirs !
Mot.
Yois-tu là-haut dans la i^allëe Où le jour glisse pas à pas , Où la neige ( en tapis roulée, Se fane , futne et ne fond pas ; Vois-tu i'arc-en-clel y dans sa couche , Frémir au rayon qui le touche, Comme un serpent dans son sommeil , Qui sur ses mille écailles peintes Reflète à l'œil les triples teintes De l'eau , de l'air et du soleil ?
C'est le nid où sur la montagne
Ce serpent du ciel vient muer ;
A mesure que le jour gagne ,
Vois ses écailles remuer !
Vois cohime en changeante spirale
U noùe^ il concentre, il étale
Ses tronçons d'orange et de bleu !
Regarde! le voilà qui lève,
Au brouillard , son cou comme un glaive
Et lui vibre son dard de feu.
Il monte aspiré par Taurore ;
Oh ! comme chaque anneau dormant
Du glacier qui se décolore
Se détache insensiblement !
Il se déroule ! il plane, il courbe
Du mont au ciel sa vaste courbe,
Et sa tête à ses pieds répond 1
Dieu ! quelle arche de monde à monde!
Quel océan avec son onde
Comblerait ce céleste pont ?. . .
Est-ce un pont pour passer tes anges?
O toi qui permets à nos yeux De voir ces merveilles étranges, Est-ce un pont qui mène à tés cieux?
Ah ! si je pouvais , ô Laurence , Monter où cette arche commence , Gravir ces degrés éclatans !
Et pour qu'un ange m'y soutienne L'œil au ciel, ma main dans la tienne , Passer sur la mort et le temps!