LAURENCE
Vois dans son nid la muette femelle Du rossignol qui couve ses doux œufs , Comme l'amour lui fait enfler son aile Pour que le froid ne tombe pas sur eux!
Son cou , que dresse un peu d'inquiétude,
Surmonte seul la conque où dort son fruit ,
Et son bel œil, éteint de lassitude,
Clos du sommeil , se rouvre au moindre bruit.
Pour ses petits son souci la consume , Son blond duvet à ma voix a frémi ; On voit son cœur palpiter sous sa plume.
Et le nid tremble à son souffle endormi.
A ce doux soin quelle force l'enchaine?
Ah ! c'est le chant du mâle dans les bois ; Qui , suspendu sur la cime du chêne, Fait ruisseler les ondes de sa voix !
Oh ! l'entends-tu distiller goutte à goutte Ses lents soupirs après ses vifs transports , Puis de son arbre étourdissant la voûte Faire écumer ses cascades d'accords?
Un cœur aussi dans ses notes palpite !
L'âme s'y mêle à l'ivresse des sens, Il lance au ciel l'hymne qui bat si vite , Ou d'une larme il mouille ses accens !
A ce rameau qui l'attache lui-même?
Et qui le (ait s'épuiser de langueur?
C'est que sa voix vibre dans ce qu'il aime Et que son chant y tombe dans un cœur !
De ses accens sa femelle ravie
i^^ JQCELYK.
YeiUe attentive en oubliant le jour ; La saison fuit, Fœuf éclôt, et sa vie N'est que printemps^ que musique et qu'amour!
Dieu de bonheur \ que cette vie est be(lle \ Âh! dans nuonk sdin je me sens aujourd'hui Assez d'amour pour reposen comme eUe, Et de transports pour clianter comme lui \
jkcoi.
Vois-tu glisser entre deux feuilles Ce rayon sur la mousse où l'ombre traîne Qui vient obliquement sur l'herbe que tu cueilles S'appuyer par Iç bout C(\miM ua grand lei^ier d'eu* ? L'étamine dm, flews qu'agite. La^ lumjève Y monte en loumoyaAt eo sphàre de poussière.
L'air y devient visible et da&s ce clair milieu , On voit tourbillonner des milliers d'étincelles ,
D'insectes colorés, ^'at^m^ Hm^j et d'aUes Qui nagent en jj^tant une Iww d^ Dieu l
Comim ib gravitât en cadMoa !
Nouant et dénouant leurs vols harmonieux !
Des mondes de MatOA on croirait vçiiir b danse S'accomplissant aux sgops des m.aaiquea ém cieux. L'œil ébloui s^ perd dan3 leur foule ionombfcaJUe; Il en faudrait un nonde à feife un gjcain de sahlo, Le regard infini pourrait seul les compter.
Chaque parcelle encor s'y poudroie en parcelle ,
Ah 1 c'est ici le pied de réclatante échelle Que de l'atome à Dieu Tinfiiii voit monter.
Pourtant chaque atome est ud être !
Chaque globule d'air est un monde habité I Chaque monde y régit d'autres mcHides peut-être Pour qui l'éclair qui passe est une éternité ! Dans leur lueur de temps^ dans leur goutte d'espace , Ilsontleursjours, leurs nuits, leurs destinset leur place^ IjSl pensée et la vie y circulent à flot ; Et pendant que notre œil se pei*d dans ces extases, Des millieFs d'univers ont accompli leurs phases
Entre la pensée et le mot I
O Dieu ! que la source est immense D'où coule tant de vie, où rentrent tant de morts ! Que perçant l'œil qui porte à de telle distance ! Qu'infini le regard qui veille à tant de sorts ! Que d'amour danston sein pourembrasser ces mondes, Pour couver de si k»n ces poussières fécondes , Descendre aussi puissant des soleils au ciron ! Et comment supporter l'éclat dont tu te voiles ? Comment te contempler au jour de tes étoiles ,
SAeii si grand dana un seut rayon ?
LAUREirCE.
oh ! comme ce rayon , que son regard nous louche , Lui qui descend d'en haut jusqu'à eea profondeurs.
136 JOGELYN.
MOI
Ah ! puisse son oreille entendre sur ma bouche L'humble bégaiement de nos cœurs , Lui qui du sein de ses splendeurs
Entend le battement des ailes de la mouche Noyée au calice des fleurs !
LAURKI7GE.
Qu'il nous garde en ce lieu pour savourer ensemble Les trésors que sa main dans le désert assemble.
MOI
Comme deux rossignols au même nid éclos Enseignons-nous Tun l'autre à moduler ces hymnes; De la voix de la terre expirant sur ces cimes Soyons-lui les derniers échos !