‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 2)Chapitre 20 sur 49 · IV · texte numérisé non relu

IV

Même date, la nuit, à onze heures.

Elle dort, la poitrine un peu moins oppressiée ; La fièvre en mots saps suit^ égare sa pepsée } «Mon père! . . Jocelyn! . . où sont-ils tous 4^ux—? Morts I Ses pieds veulen t courir : oh ! dors ! pauvre enfant, dor» ! Jocelyn vit encor pour te rendre à la vie!

Mais, oh ! qu'elle te soit ou rendue ou ravie , Il vit l'âme en suspens entre ces deux malheurs : Mort pour toi si ti| vis ! et mourant si tu meurs !

Même date, 7 décembre , à minuit.

Jj'heure a versé sa paix sur son front qui sommeille ; Sespieds sont moinsglacésdans mes mains!. .quelleveille!.. Quel jour! et quelle nuit! et demain , et toujours! Quel repos! quel réveil ! quelles nuits et qu^ls jours! Est-ce un rêve d'un an que j'ai fait dans ces ombres? Mon cœur nage incer tain commesur desmers soipbces. Ne pouvant ni toucher le fond, ni voir le bord, Entre le désespoir, ou le crime , ou la mort !

QUATRIÈME JÈPOQUE. ilfl

Ah ! recueillons un peu mon esprit qui s'pg^ire! D'hier à cette nqit un siècle me sépare !

Souvenons-nous : sachons au moins nou/s retracer Ce gouffre qu'un instant nous a fait traverser, Rep^j^sons p^s à pas toutes les circonstances Du jour fatal qui rompt d'un coup deux existences ; Marquons l'heure où du haut de ma félicité Dans l'ajbime sans fond Dieu m'a précipité !

I^es rayons du matin colorés par 1^ neige Brillaient comme unappfitpourl'oiseaudaps gn piège ; L'air ambiant et pur semblait s'è\.fe adouci y Quelques oiseaux posaient sur le givre durci ; Ce jour de mort avait l'éclat d'up jour de fête ; La biche impatiente au vent tendait sa tète.

Je me sentis tenté de prendre aussi l'essor ; Laurence dans sa mousse, hélas! dormait encor. La biche, qui la nuit au bord de ses pieds couche, De peur de l'éveiller n'osa quitter sa couche, Et d'un œil inquiet me regardant sortir Comme un pressentiment paraissait m'avertir.

Je sortis. La montagne éblouit lua paupière , Tout l'horizon glacé rayonnait de lumière , De chaque atome d'air upe lueur sortait ; Je tentai quelques pas ; la neige nie portait Etcraquait^ousmesp^ed^copc^meun morceau de yerre Qu'on trouve sur ses pas et qu'on écrase à terre ; Je frémis de plaisir, et m'élançai plus loin , ' De mouvement et d'air mes sens i^vaiept l^psoin ; Je courus jusqu'au pont formé par l'fàvalanche ,

Je franchis le ravin sur cette croûte blanche

Dont la voûte tremblait et grondait sous mes pas.

Et me cachait les eaux qui mugissaient plus bas.

Je voulus profiter de cette arche gelée

Pour descendre en deux bonds jusque dans la vallée,

Et voir si le berger ne serait pas venu

Apporter quelque chose au dépôt convenu.

Je n'y tro u vai qu' un mot : « Gardez-vous de descendre . »

Mot que sa charité d'en bas faisait entendre ;

Je remon(ai bien vite, et déjà du matin

IjB ciel s'était sali comme un dôme d'étain ,

Il éteignait le jour qui s'efforçait d'éclore,

Et ramenait la nuit une heure après l'aurore ;

Le vent , que les brouillards paraissaient renfermer.

En remuait les flots comme une lourde mer,

Il éclatait parfois dans le choc des orages

Comme un coup de canon tiré dans les nuages ;

Mais quoique encor bien haut il parût retentir,

La montagne en travail semblait le pressentir.

Et ses vastes rameaux de granit et de marbre

Craquaient et se tordaient comme les bras d'un arbre ;

Semblable au brasier vert que l'on vient d'allumer

Je voyais la montagne en mille endroits fumer ;

Ces vapeurs de la neige amollissaient la croûte ,

Mes pieds n'y trouvaient plus une solide route.

Mais lourds et sans appui sur ce terrain mouvant,

A chaque pas de plus enfonçaient plus avant ;

Je courais, je tremblais que la neige fondue

Ne fît crouler le pont de glace suspendue

Avant que du ravin j'eusse atteint l'autre bord ;

Ah ! j'aurais préféré des millions de mort !

Que serait devenu loin de moi le seul être Qui m'attendait?. . . Hélas ! mieux eut valu peut-être ! Dieu ne le permit pas ; au suprême moment Où le pont s'abimait sur le goufTre écumant j Où l'avalanche en poudre afTaissant sa colline Fondait comme des pans de montagne en ruine.

Je franchissais le goufTre et l'arche d'un élan ; Mais à peine mon pied touchait à l'autre pan , Que l'ouragan s'échappe, et de toutes les crêtes Fait voler dans les fonds l'écume des tempêtes , Les lance en poudre, en flots immenses, tournoyans, G)mme l'étroit ravin de leurs blocs ondoyans , Jusqu'aux gueules du pont les dresse, les entasse ; L'arc-boutant de granit chancelle sous la masse, Se précipite et roule, et sur ces noirs sommets Du séjour des vivans nous sépare à jamais.

Je m'accrochai des mains aux angles de ravine Qui tremblaient comme un cap que la mer déracine ; Le roc concave et creux m'abritait, ses rebords Du choc de l'avalanche y préservaient mon corps ; J'embrasse cet appui pendant que la tourmente De ses propres débris s'accélère, s'augmente, Et passé sur ma tête avec ses vents , ses flots , Et sa mer de brouillard flottant dans son chaos. Là , le sein sans haleine et le front sans pensée , Comme une feuille morte au rameau balancée.

J'attendais que la neige entassant pli sur pli M'eût du linceul glacé vivant enseveli !

Je voyais, de ma niche, au souffle des rafales,

Se dérouler au loin les lames colossales. Creuser de hauts sillons qui croulaient sur leurs flancs, Surmonter leurs sommeispard'autressommëtsblahbs, Se heurter, se briser, s'enfoncer en silence, Jusqu'au ciel obscurci jaillir en gerbe immense. Tournoyer en nuage et tomber ; chaque fois Que la vague en pleuvant m'enfonçait sous son [:k)ids, Pour m'arracher du gouffre et revoir la luitlière, Sous mes pieds, sous mes nlains j'écrasais la |>oute{êtls, Et retardant ainsi l'instant, l'instant fatal, Dressais cobtre la roche un tiouveau piédestal ; Oh! quand une lueur me rendait l'espérance, Que je bénissais Dieu d'être là sans Laurence ; De savoir cet enfant sous la grotte endormi , A l'abri de la mort où luttait son ami !

Je ne me doutais pas qu'à ce péril suprême Sa tendresse pour moi l'avait jeté lui-même ! Pourtant dans ce chaos de bruit , de mouvemens , A travers le roulis, les coups, les sifHemens, Au milieu d'une pause et d'un affreux i^lenbe, DeUx fbis je brUs entendre, éteihts par la distance, Parmi les crîs du veht des cris aigus courir. Mon nom inachevé dans des sanglots mourir :

Mon cœur avait frémi..., mais c'était impossible! L'ange même de Dieu dans la mêlée horrible De la neige et du vent luttant pour l'entasser. Sur les ailes de feu n'eût pas osé passer !

Je ne sais pas combien dura cette agonie ; Quand la mort la mesure une heure est infinie, Et pour mesurer l'heure et compter les momens

Je n'avais de mon cœur que les lourds baltemens.

Enfin le vent tomba ; le jour teignit les nues ;

Sa lueur m'ëclaira des plages inconnues ;

Un souffle aigu du nord y courant comme un frisson ,

Durcit la neige en poudre et la pluie en glaçon ;

Les abimes mouvans , gelés à cette haleine ,

Devinrent sous mes pas une solide plaine ;

J'orientai mon œil au soleil éclatant ,

Je me précipitai dans l'antre haletant :

Laurence ! . . . l'écho seul me renvoya Laurence !

Mon cœur pétrifié plongea dans ce silence!...

Un éclair dé terreur m'illumine à demi :

Il a bravé la mort pour sauver son ami !

Je ressors à l'instant de la caverne vide ,

Je cherche sur la neige une empreinte, une ride ;

J'appelle ; tout se tait ; je m'élance au hasard ,

J'aurais voulu sonder l'espace d'un regard,

Mon oreUle à mes cris attendait la réponse ,

Comme un homme jugé dont l'arrêt se prononce {

Cntre l'affreux silence et le cri de ma voix

Dans un seul battement nkon cœur mourut cent fois ;

Je tombais^ quand la biche, à ma voix accourue,

fiondit autour de moi ; je frémià à sa vue ;

£lle iécha mes mains, et se tnit à marcher

£n se tournant vers moi comme pour me chercher,

Puis, franchissant d'un bond une blanche colline,

Disparut à mes yeux au fond d'une ravine.

Sur le rebord glissant d'un trait je la suivis ;

Le gouffre d'un regard fut sondé ; je la vis ,

Sur la pente des rocs dont les arêtes nues Hérissaient les frimas de leurs pointes aiguës, Voler jusqu'au lit creux de l'abime profond , Écarter du museau la neige épaisse au fond , Et découvrir au jour dans sa fosse glacée Ije corps inanimé de l'enfant ! La pensée I^Te franchit pas plus vite un espace idéal : Je fus aussitôt qu'elle au fond du creux fatal ; Sur la neige en monceaux que son pur sang colore, Laurence évanoui, blessé, mais tiède encore.

Ses beaux cheveux souillés de sang et de glaçons , Luttait avec la mort et ses derniers frissons ; Je me jette sur lui, je le prends, je l'enlève. Je l'emporte insensible et léger comme un rêve. Comme une mère porte un enfant dans ses bras. Sans en sentir le poids et sans faire un faux pas : Comme si quelque force intérieure, intime.

M'eût aidé d'elle-même à remonter l'abîme !

Dans la grotte à l'abri je fus en un moment ; J'y déposai le corps toujours sans mouvement ; Je rallumai du feu , je tournai vers la flamme Les pieds ; et soutenant le front que la mort pâme Sur mes genoux , du cri , du souffle, de la main , J'y rappelai la vie, hélas ! longtemps en vain ! Mes lèvres ne pouvaient réchauffer sur sa bouche Le souffle évanoui; je le mis sur ma couche, J'étanchai sur son front le sang qui s'y gelait. De sa poitrine encor d'autre sang ruisselait , £t de son vêtement souillé les déchirures M'indiquaient sur son corps aussi d'autres blessures.

Pour lui donner de l'air et pour les découvrir, Je déchire des dents Thabit lent à s'ouvrir... Un sein de femme, 6 ciel ! sous la sanglante toile ! Ma main recule froide et mon regard se voile ! . . . Mon front tourne et bourdonne et bat sans sentiment. Et je ne sais combien dura Taffreux moment !

Cependant le péril me rend à la nature ; Le sang que le froid glace aux bords de la blessure Rentre dans la poitrine et semble TétoufTer ; Rien là pour l'humecter, rien pour la réchauffer ! Sur ce sein déchiré sans souffle je me penche. De mes lèvres en feu je l'échauffé et l'étanche : Il coule..., elle revit..., voit son sein découvert. Rougit, ferme son œil et ne Ta plus rouvert!

De ses sens affaiblis le délire s'empare, La fièvre ou la douleur dans ses rêves l'égaré ; Elle accuse ou bénit , mord ou baise ma main , Puis enfin elle dort ! ... Oh ! quel réveil demain !

8 décembre, le malin.

Toute ma longue nuit déjà s'est écoulée

A presser dans mes doigts sa main toujours gelée,

A rappeler vingt fois le sang et la chaleur

A la plante des pieds réchauffés sur mon cœur :

A retenir la biche à côté sur sa mousse

Pour que de son duVet la tiédeur saine et douce. En se communiquant de plus près corps à corps, Ranimât pai* degré ses membres demi-morts ; A mouiller d'un peu d'eau par la flamme attiédie Sa tète ensanglantée ou sa tempe engourdie ; A voir vers le matin son souffle sommeiller, A retenir le mien de peur de l'éveiller ; Puis quand Taccableinent , qui succède au délire, A son haleine égale à la fin s'est fait lire. J'ai saisi par instinct ce moment de repos Pour essuyer le sang qui durcit ses caillots ; J'ai déchiré la toile, et de ses découpures Arraché fil à fil le duvet des blessures ; Séparant les anneaux de cheveux, j'ai lavé Son front entre mes bras mollement soulevé.

De son flanc déchiré, j'ai d'une large bande Fermé, sous un lin pur, la blessure plus grande, Et déposé le corps doucement recouché !

Tout tremblant, comme si ma main avait touché Un enfant endormi retourné dans ses langes.

Ou comme un vil mortel qui toucherait des auges.

QUATRIÈME Ël^OQUE. 1S5

8 décembre, le soir.

Elle a jeté sur tout un t*egard interdit;

Puis, d'une TOi^ éteinte et tendre, elle m'a dit :

a II est donc vrai ! tu sais !. . . si je n'ai plus qu'unehétm^

« A vivre, oh! Jocelyn, pardonne et que je meure!

«c Je t'ai trompé ; mon père ainsi l'avait voulu ;

a Je devais respecter mon serment absolu !

« Il m'avait interdit à son moment suprême

« De i^véler mon sexe à personne, à toi-même.

<c Soit que sous cet habit qui dut me protéger,

a II crût de son enfant les jours moins en dangek*,

tK Soit qu'il eût je ne sais quelle autre prévoyance,

tf Je devais à son ordre aveugle obéissance.

a Ah! qu'il tu'en a coûté de me cacher de toi !

« Ah! j'aurais dû penser que j'outrageais ta foi,

a Que nous n'étions pasdetlx, que mon àmeet la tienne

tf N'ont rien qui ne se mêle et qui ne s'appartienne.

a Faut-il te l'avouer? Souvent je le pensai,

ce Souvent je résolus, souvent je comniençai;

a Mais toujours^ au moment de trahir mon mystère,

« Je ne sais quelle main me forçait à me taire.

a J'avaiis trop attendu déjà, je n'osais plus;

« Mon front couvert de honte était rouge et confus ;

« Puis je savais ta vie et ta pieuse enfance,

a Je redoutais l'efTet de cette confidence,

a J'avais peur du regard que tu me jetterais,

ce Du son de voix, du mot froid que tu me dirais.

ff Ce mot, pour moi, c'était ou.la mort ou la vie !

a Je mourais à tes pieds si tu m'avais bannie !

ce Oh! pouvais-je risquer, contre un précoce aveu,

a Cent fois plus que ma vie à ce terrible jeu ?

ce J'aimais mieux me fier à cette destinée

a Qui m'avait de si loin dans ton ombre amenée,

a Jouir du jour au jour, et remettre à plus tard ;

a Tout attendre de Dieu, du moment, du hasard.

ce Âh! ce hasard fatal n'est venu que trop vite!

ce Mais si ta main se ferme et si ton cœur hésite,

ce Oh! du moins, Jocelyn, je ne le saurai pas...!

a J'ai cherché la tempête et la mort sous tes pas!

a Avec joie à la mort j'ai couru pour te suivre ;

a L'abime me prend seule, et toi te laisse vivre.

a Tu sais tout, mais je meurs ! dis, me pardonnes-tu ? »

Oh! les anges du ciel ont-ils cette vertu ?

Peuvent-ils de leurs mains, sans pitié pour eux-méme. Se déchirer en deux dans le cœur qui les aime? Pour moi, faible mortel, fait de sang et de chair. Je ne pus me frapper sur un être si cher.

Et, repoussant l'amour dans le sein qui se donne, Briser notre àme en deux : « Oh ! oui, je te pardonne, a Lui dis-je, enfant ou sœur, pauvre être abandonné, a L'amour que je te donne et que tu m'as donné ; ce De tous les noms sacrés dont sur terre on s'adore cr Je te nomme. . . et je t'aime, et j'en invente encore !

(c Âh ! vis pour les entendre et les répéter tous ! « Que Dieu nous illumine et dispose de nous; « Dans ce ciel où ses mains nous ont portés d'avance, « Comme deux esprits purs vivons en sa présence; «r Et laissons-lui le soin, à lui seul, de nommer a L'amour ou l'amitié dont il faut nous aimer ! )i

9 décembre t79i, le soir.

On eût dit que sa vie eût coulé par ma bouche, Et son cœur soulevait le manteau sur sa couche :

— « Que tu m'as fait de bien ! dit-elle. Oh ! quel bonheur ! ce Quoi, nousn'étions qu'amis, nous serons frère et sœur! « Frère! sœur! oh ! s'il est un nom encor plus tendre,

<c Laisse-moi le chercher pour te le faire entendre ; a Tu m'aimes donc de même après l'aveu fatal?

— a C'est toujours toi ! . . . Pourtant, Laurence, tu fis mal <r De me tromper ; on doit tout dire à ce qu'on aime ;

a Tu m'exposais, enfant, à me tromper moi-même,

«c A prendre auprès de toi, sans soupçon, jour à jour,

«t Pour la sainte amitié quelque coupable amour,

ce A puiser dans tes yeux et dans la solitude

a D'un bonheur surhumain l'enivrante habitude,

« Et quand il eût fallu fuir et ne plus te voir,

a A mourir de ma honte ou de mon désespoir;

a Car vois-tu, bien qu'encore aucun vœu ne me lie.

« Aux autelsy tq le sais, j'ai destiné ma yie ;

« Ma promesse au Seigneur me dévouait à lui ;

ff Qpi sait si je pifis même y nianqyer aujourd'hui?

(c Qui sait| lorsque le sang ^u martyre rarrose,

ce Si je puis en honneur abapdopfier sa cause ?

ce De l'église où j'entrai sur mes pas revenir?

« Et, sans m'étre rendu par Dieu, m'appartenir?

<c Pour savoir quel arrêt d'en haut il faut attendre

<c Par la voix des pasteurs j'ai besoin de l'entendre.

*t Mais ne songe à présent qu'à vivre; le rocher

« S'est écroulé; d'ici nul ne peut approcher

ce Avant qu'un autre été, vidant l'eau de l'abtme,

ce Ait rejoint de nouveau la vallée à la cime ;

a L'aigle seul peut franchir le gouffre, et |e Seigneur

a Pendantdesmoisentiersnouscondamneaubonheur. j»

— « Je vivrai, je le sens, Jocelyn, me dit-elle ;

« Oh! du fond de la p)ort cette voix me rappelle!

«t Heureuse je vivrai toujours, toujours, toujours!

a Qqe m'îffiport^ quels vœux enchaîneront tes jours,

« Ton tray^iji en Qe monde, et le pain dont tu yive,

<K Et toq chemin ? si Dieu permet qqe je t'y suive,

ce 3i partout, comme ici , je t'entends, je te vois,

<c Si je ^larcbe 9 tpn ombre .et m'éveille à ta voix,

<c Si je ^uis en )tout lieu ta soeMr ou ta servante,

<K Toif ^ phose me platt, ou m'e$t indifPénente!

ce Tu m'aimes, c'est as$ez ; tu )'as dit! que de toi

a ToijLt soit à l'univers, si le cœur est à moi ! »

Même date, plus Uird.

— ff Mais lui disais-tje encor, tu ne sais pas peut-être cr Qu'au veuvage du cœur Dieu condamne le prêtre, ce Lui défend les doux noms et d'amant et d'époux,

«t Et qu'il n'est à personne afin qu'il soit à tous; ce Que si Dieu me voulait tout à son saint service , « Il faudrait boire , hélas! mon sang dans ce calice; « A vivre l'un sans l'autre un jour s'habituer! »

— « Alors, dit-elle, écoute ! il vaut mieux me tuer !

« Mais k quoi pens^tu ? ce Dieu qui nous rassemble

ce Ne nous a-t-il pas mis par la main, seuls ensemble,

« Perdus, nous unissant da)i9 un exil commun,

tf Plus qu'il n'upît jamais^deuK cœurs, deux softsen un?

ic Ne m'a-t-il pas jetâe sai|s tes pas comme on trouve

a L'enfant abandonné qu'on réchauffe et qu'on couve?

ce Me rejetteras-tu froide et morte à mon sort?

« Lui diras-tu. Seigneur, mon frère unique est mort?

« Lui consacreras-tu comme un encens ta vie

ce Et la mienne? oui, la mienne, après l'avoir ravie?

a N'en maudirait-il pas l'abominable don?

a N'appellerait-il pas ton remords par mon nom?

ce Oh! non, sa volonté n'est plus un vain problème,

« Je me fie à l'arrêt qu'il a porté lui-même,

«c A cet isolement complet dans ce désert.

« Au seul cœur, ici-bas, que sa main m'ait ouvert, « Â ce renversement des choses de la terre, « Qui rend notre bonheur lui-même involontaire. « Âh! oui, grâce à ce Dieu, mon bonheur est ta loi. a Ni bonheur, ni vertu, dans ce monde, sans moi. »

J'hésitais ; elle mit ses deux doigts sur ma bouche,

Et de son autre main m'attirant vers sa couche,

ce Jure-moi, jure-moi, dit-elle, 6 Jocelyn,

c( A moi ta pauvre sœur, à moi ton orphelin,

ce Jure-moi mon bonheur devant Dieu qui l'ordonne;

<c Je jure de mourir, moi, si tu m'abandonne!

(c Et je sens que ma vie ou ma mort en suspens

tf Vont sortir de ton cœur dans le mot que j'attends! »

Et ses yeux sur les miens, et sa bouche entr'ouverte

Imploraient, aspiraient son triomphe ou sa perte.

Ah ! mon cœur tout entier criait pour elle en moi,

Un regard lui donna le gage de ma foi.

Et sur sa pâle main ma lèvre qui se colle

La retint à la vie avec une parole!

li décembre i79i.

D'heure en heure depuis elle se rétablit ; Pour la première fois elle a quitté son lit.

Et d'un pas chancelant sur mon bras appuyée.

Elle a voulu marcher sur la neige essuyée :

soleil de décembre, éclairas-tu jamais Une plus pâle fleur d'hiver sur ces sommets ?

Que j'aimais à sentir ce poids de sa faiblesse,

A porter sur mon sein ce beau corps qui s'affaisse,

A penser que sans moi, ses pas, ses faibles pas

N'auraient pu soutenir ce qu'appuyait mon bras,

A rendœ devant nous sa route plus unie,

A pétrir ou la glace ou la neige aplanie,

De peur que son beau pied qu'elles venaient blanchir^

N'eût à se soulever trop haut pour les franchir!

Et comme son regard et comme son sourire

Et comme le bonheur qui dans ses traits respire,

Et comme de son cœur le tendre battement.

Sensible sur mon bras malgré son vêtement.

Pour me récompenser des soins de ma tendresse.

M'enivraient de sa vue et n'étaient que caresse !

6 janYier 179i.

Un sang pur, le bonheur, le repos, la nature, Ont bien vite fermé sa dernière blessure ; Le souffle de la vie a bu d'un trait ses pleurs; Son visage un peu pâle a repris ses couleurs, £t comme sur la rose, oii flotte encor la pluie,

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