IV
Voilà tout le tableau ; sept marches d'escalier Sonore , chancelant , conduisent au palier Qu'un avant-toit défend du vent et de la neige , Et que de ses réseaux un viei^x lierre pvptégfii La y suspendus le jour au clou de mon foyer, Mes oiseaux familiers chantent pour m'égayer.
Jusqu'ici y grâce aux lieux , au ciel , à la nature. Ton doux regard de sœur sourit à ma peinture; Ta tendre illusion d^re encor, mais , hélas ! Si tu veux la garder, 6 ma sœur, n'entre pas ! . . . Maisnon,pourvosdeux cœurs jen'aipointdemystère, Pourrais-je devant vous rougir de «>a misère ? Entrez , ne plaignez pas ma riche pauvreté , Ces fnurs ne sentent pas leur froide nudité 1
Des travaux joumaiîevs voità d'aboqd l'asile, Où le feu du foyer s'all«me, où Maf^die file ; Marthe, meuble vivant de la saîiK^ maison , Qui suivit dans le itemps son vieu\ maiire en prisoii , Pauvre fille, à cesmups trente ^nsearacinëe, Partageant leur prospère ou triste destinée, Me servant sans salaire et pour l^ionneur deDien^ Surveillant à la fois la oune et le«aint lieu , Et qui , voyant de Dieu l'image dans-son -mattie, Croit s'approcher du cid en vivant piiè^ du •prédise ; Quelques vases -de terre, ou de bois, oud'étain y Où de Marthe attentive -on voit briller la nmia ^ Sur la table un pain ooîr sous -une nappe blamclie, Dont chaque mendiant vient dlmer une Iranche;
Des gr^pe$ ^e raisin que Marthe fait sédier, Se leur pampre encof* vert décorpnt le p}anchjer ; Xa sève .en hiver même y jaunit leur$ grains d'ambre. De ce salon rustique on passe dans ma chambre ; C'est celle dont le mur s'éclaire du couchant : Tu sais que pour le soir j'eus toujours du penchant , <^ue mon âme un peu triste a besoin de lumière , Que le jour dans mon cœur entre par ma paupière^ Xt que j'ai mais tout jeune à boire avec les yeux Ces dernières lueurs qui s'éteignent aux cieux. La chaise où je m'assieds , la natte où je me couche, Xa table où je t'écris, l'àtre où fume une souche, ]\Ion bréviaire vêtu de sa robe de peau , Mes gros souliers ferrés, mon bâton , mon chapeau , Mes livres pêle-mêle entassés sur leur planche, £t les fleurs dont l'autel se pare le dimanche, De cet espace étroit sont tout l'ameublement.
Tout ! oh non ! j'oubliais son divin ornement , Qui surmonte tout seul mon humble cheminée.
Ce Christ, les bras ouverts et la tête inclinée. Cette image de bois du maître que je sers.
Céleste ami , qui seul me peuple ces déserts ; Qui , lorsque mon regard le visite à toute heure. Me dit ce que j'attends dans cette âpre demeure , Et, recevant souvent mes larmes sur ses pieds. Fait resplendir sa paix dans mes yeux essuyés ; Ce Christ ! tu le connais ; c'est celui que ma mère Colla dans l'agonie aux lèvres de mon père ; C'est celui que plus tard moi-même en un grand jour
Au pur sang d'un martyr je teignis à mon tour ; D'autres lèvres encore il conserve la trace y Et Dieu sait de combien de pitié je Tembrasse ! . •