‹ Œuvres complètes de M.A. de Lamartine (volume 3)Chapitre 20 sur 51 · VII · texte numérisé non relu

VII

flif TOTAÔB

même déehifée {«r la ptfftte dyile et les fa^iotis?... n

Le général Bonaparte comprît la position du prinGe Beschir, et , pour preuve de don amitié , il hii fil pré^n% d'an sQperbe fusil que Beschir a conaeryé en ménH)ire du grand capitaine.

Avant de reprendre Thisloire de» événemetïta qui saiyfrent la raine du parti de Témir Joufisef, il serait à pr<^ p05 de raconter une aventure qui peut-^ètre rendit le paefaa Djezar si féroce èl s$ cruel.

Dans les premières années de son commandenment, il allait, selon Fosage, à la rencontre de la carartane qui re^ venait du pèlerinage de la Mecque. (Par la saite, le pachtr de Damas fdt chargé de cette cérémonie, et celui d'Acre ne fut plus tenu que de subvenir aux dépenses de la caravane et de payer un tribut ftux Arabes du désert.) Les Mamelouks à qui , en son absence, Djezar avait laissé la garde de son sérail, en forcèrent les portes et se livrèrent à toute la brutalité de leurs passions. Le pacha revint, et loin de fuir à son approche, les Mamelouks s'emparent du trésor, ferment les portes de la ville , déciidés à répondre à la force par la force. Avec la faible escorte qui raccompagnait, Djezar ne pouvait vaincre : cependant les Mamelouks loi mandèrent que, s'il voulait les laisser retirer avec leurs armes et leurs chevaux , on lui ouvrirait les portes de la ville ; sinon , qu'ils accepteraient lâ guerre , et mourraient plutôt les armes à la main que de Se rendre.

Djezar-Pacha n'avait pas à réfléchir longtemps : il savait qu'il était haï des Turcs aussi bien que des chrétiens, à cause de ses exactions; il n'ignorait pas noa phis que si

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rémirJougsef venait à connaHre aa poaHien, il se liguerait avec les Mamelouks, et lui ferait une guerre qui pourrail lui (ievenir fatale.

Il accorda aux Mamelouks ce qu'ils demandaient , et cïeuK"Ci s'éloignèrent rapidemeot tandis que le pacha entrait dans la ville. A peine Djezar fut-il dans son palais, qu'il expédia sa cavalerie à la poursuite des fuyards, mais ce fut en vain : les Mamelouks arrivèrent sains et saufe en Egypte. Djezar se vengea alors sur ses femmes : il les fit toutes fustiger, ensuite jeter dans une grande fosse , puis recouvrir de chaux vive. Il excepta de cette exécution atroce sa favorite , qu'il fit parer de ses bijoux et de ses plus beaux habits, puis enfermer dans une caisse et jeter à la mer.

Cet événement assombrit le caractère de Djezar. Il était avare et spoliateur ; il devint farouche et cruel : il ne parlait plus que de couper des nez , d'abattre das oreilles , d'arracher des yeux. Au moment de sa mort, ne pouvant plus parler, ni ordonner d'exécutions , il faisait signe à ceux qui Tentouraient en montrant le chevet de son lit. Heureusement il ne fut pas compris. On trouva après sa mort une longue liste de personnes qu'il avait oondamnéep à mourir lorsqu'il serait revenu à la santé. Sa férocité le suivit jusque dans le tombeau.

Revenons au prince Beschir. Dès que les fils de Témir ioussef furent assez grands pour disputer la puissance, Giorgios-Bey et Abdalla résolurent de mettre leurs projeta à exécution. Ils profitèrent d'un moment de froideur entre Djeiar et le prince Beschir, et soulevèrent le parti de leurs pupilles, L'émir, pri^ au dépourvu, fut oblig^ de $e

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retirer dans le Haran el invoqua la médiation du pacba , dont il flatta Tavarice et la cupidité. Djezar intervint, et imposa un traité qui conciliait les deux partis, mais qui favorisait beaucoup plus Beschir, à qui il donnait le pays des Druzes, tandis qu'aux fils de Joussef restait celui de Gibel et de Rosrouan.

Ce traité -fut observé peu d'années. Les fils de Joussef chercbaient tous les moyens possibles de renverser leur ennemi. Comme ils étaient les plus forts, ils y réussirent, et, Djezar ne voulant plus écouter les représentations de Beschir, l'usurpation fut sanctionnée. L'émir n'avait plus dès lors d'autres ressources que de se jeter dans les bras du vice-roi d'Egypte.

L'amiral anglais Sydney-Smith se trouvait à cette époque avec quelques vaisseaux dans les parages de la Syrie. Beschir le supplia de le recevoir à son bord et de le transporter en Egypte. 4près être resté plusieurs mois sur mer et avoir touché Chypre , Smyrne , Candie et Malte, il débarqua à Alexandrie, où il alla trouver le viceroi, suivi de quelques amis restés fidèles à sa fortune.

Le vice-roi lui fit un accueil des plus flatteurs, le traita avec tous les égards dus à sa position, le combla de présents, et le fit repartir pour la Syrie sur un des vaisseaux de l'amiral Sydney-Smith, avec une lettre pour Djezar pleine de reproches el de menaces , dans laquelle il lui intimait Tordre de rétablir l'émir Beschir dans son commandement.

Le vice-roi était puissant: Djezar-Pacha se hâta d'obéir, car le ton de la dépêche lui fit sentir qu'il ne devait rien négliger pour satisfaire le prince Beschir. Il enjoignit

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dODC aux fils de Joussef, qui n'osèrent y apporter aucune résistance, de se conformer en tout au traité, et, jusqu'à sa mort , la paix la plus profonde régna entre les deux partis.

L'émir Beschir cependant ne se reposait pas entièrement sur la seule protection de Méhémet-Âli ; il voyait le parti des trois princes s'augmenter de jour en jour, et craignait de succomber sous quelque trame , car il connaissait la soif ardente de vengeance qui les animait contre lui. L'habileté de leurs ministres, Giorgios-Bey et Âbdalla, augmentait encore ses inquiétudes. 11 résolut donc d'en finir avec eux par un coup décisif, capable d'imprimer la terreur dans l'âme de ses ennemis. Il profita, pour accomplir son projet, de l'investiture de Soliman-Pacha , qui succédait à Djezar. A cette époque , tout paraissait tranquille dans le Liban : les trois princes gouvernaient en paix leurs provinces, et semblaient se soumettre, sans arrière-pensée, à la suprématie que le traité accordait à leur ennemi , tandis que leurs ministres préparaient tout, secrètement, pour une nouvelle attaque.

L'émir Beschir prit les devants. Instruit du moment favorable par ses affidés, il mande Giorgios-Bey à Deïrel-Kammar, scus prétexte d'affaires; en même temps, son frère , l'émir Hassem , fond sur Gibel , s'empare des princes, et fait pendre Abdalla. Les trois frères furent conduits à Yong-Michaël , où on leur creva les yeux. Leurs biens furent confisqués au profit de l'émir Beschir. A la nouvelle de ces événements, Giorgios-Bey se précipita d'une fenêtre de sa prison, et se tua, ce qui n'empê-

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cha pas l'émir de le faire pendre pour servir d'exempte à «es ennemis. Cinq chefs de Deïr-el-Rammar, et un frère du scheik Bescbir, tous de ki maison de Gruimbelad^i- Bescantar, accusés d'avoir aidé les princes vaincus, furent mis à mort, et leurs biens confisqués.

Ces joutions faites, le prince Beschir prit l'autorité suprême sur tout le Liban, donnant à son frère Uaasem le commandement du Kosrouan , dont le chef-lieu était Gazyr; mais, comme il mourut peu de temps après, on accusa l'émir Beschir de l'avoir empoisonné, parce qu'il lui soupçonnait des desseins ambitieux. Cetto accusation est sans fondement, et l'opinion publique en a fiait jus^ tice,

Vers 4849, les pays de Gibel-Biscarra , de Gibes et du Rosrouan s'insurgèrent à l'occasion d'une contribution qui excita le mécontentement général. Les révoltés, sur l'avis de l'évêque Joussef, résolurent d'aller attaquer l'émir Beschir dans le pays des Pruzes , où il se trouvait alors. Le prince, sans donner aux insurgés le temps de réunir leurs forces, alla lui-même les chercl|er à la tète d'un petit corps d'armée, après avoir ordonné à son lieutenant-général, le scheilf Beschir, de le suivre avec trois mille hommes qu'il avait rassemblés à la hâte. L'émir entra dans l^ pays de Gibes, et caïQpa dans une vallée du district d'Agousta, entre Djani et le territoire de Ga- ^yr. La nuit suivante et le lendemain matin, il reçut une vive fusillade de plusieurs détachements ennemis qui tenaient les hauteurs. Sa tente fut criblée do balles, et, malgré les instancos de son fils Ualil, il ne voulut pas changer de position. Lorsque le jour fut plus avancé, la

Êisillade (jjd V^i^^ini devenant plus, nourrie , Beechir pensa que les rebelles avaient augmenté leurs forces et voulaient li^i fermer le passage. Alors il se leva du tapis sur lequel il était resté pendant la fusillade, monta à cheval et marcb^ droit à Tennemi» accompagné de sa petite escorte. A son approche, les insurgé» se dispersèrent sans résistance, et il arriva à Gibes, où il prit des mesures é^8rg^q^es afin d'empêcher Taccroissement de leurs forces.

Son lieutenantrgénéral, le scheik Beschir, qui le suivait à petites journées, passa le fleiive du Chien et s'empara, avec ses trois mille hommes, des deux premiers villages du Kosrouan, le Yong-Michaël et le Yon^Monsbak, qui se trouvaient sur son passage; le jour même de cette occupation, les avant-postes arrêtèrent un prêtre qui portait des dépêches à Tévêque Joussel; le scheik Beschir, ayant lu ces letUre^, présenta son kangiar à celui qui les lui avait apportées, et lui ordonna de tuer le prêtre et de renterrer à la place où il avait été arrêté.

Peu d'heures après, un autre messager secret eut le môn^e sort.

Le jour suivant, le scheik Beschir se remit en marche, envahit sans obstacle le Kosrouan et fit étrangler tous ceux que l'émir Beschir avait inscrits sur une note qu'il lui avait envoyée. Il arriva ainsi jusqu'à Gibel-Biscarra, où il joignit le prince qui venait de Gibes. L'émir Beschir resta neuf jours dans cette province , pendant lesquels il acheva d'étouffer la révolte en faisant pendre et étrangler .tous les rebelles de distinction des trois districts 4e Gibes , du iÇogrouan et de GibelrBiscarra; on donna

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la bastonnade à plusieurs autres , de qui on exigea en outre des rançons ruineuses.

Au nombre de ces derniers , était un pauvre vieillard de soixante-quinze ans, condamné à 70 bourses; il ne pouvait les payer; son fils lui écrivit qu*il«allait faire un emprunt, en le priant de Ty autoriser ; le vieillard répondit qu'il ne paierait rien , ajoutant des expressions peu bienveillantes pour le prince. La lettre fut interceptée, et le vieillard condamné à la peine des osselets ; cet infortuné, déjà accablé par Tâge , ne put résister à tant de douleur, et lorsque, sur Tordre du scheik Beschir, il fut rapporté chez lui, il mourut après vingt jours de souffrances; son fils hérita de la condamnation du père; ses biens furent confisqués au profit de Témir, qui ne lui laissa que 4 ,000 piastres.

L*émir Beschir monta à Éden, passa les Cèdres, et descendit à Balbeck par l'autre côté de la montagne, tandis que le scheik Beschir occupait la province insurgée. En arrivant à Balbeck , le prince ordonna à son lieutenantgénéral de retourner par le même chemin quMl avait tenu, et de frapper, en passant, les trois provinces d'une contribution de 400 bourses (de 500 pièces chacune).

Il serait miraculeux qu'avec trois mille hommes le prince du Liban eût pu étouffer une sédition dans trois provinces aussi fortes, si on ne se rappelait que les insurrections étaient partielles, et que le parti de Beschir, dans ces provinces, aida beaucoup à en triompher.

Le pacha de Damas avait, dans cet intervalle, envoyé au Bkaa un aga chargé de prélever, selon l'usage, les récoltes des terres qui étaient sous la dépendance de son

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pachalik Cet officier pénétra dans le village de Haunie, qui dépendait de la principauté du Liban, et y frappa des contributions en bestiaux et en argent; les habitants, ne voulant pas s'y soumettre, prévinrent le prince Beschir , qui écrivit à Taga en lui témoignant son mécontentement; mais celui-ci ne tint aucun compte de ses remontrances , commit les plus grandes exactions et retourna chez lui ; le prince Beschir , irrité , en donna avis au pacha d'Acre, en exprimant d'une manière énergique son ressentiment. Abdalla, soit par considération pour Beschir, soit qu'il eût à se venger personnellement de l'aga , manda au pacha de Damas de le corriger sévèrement; celui-ci répondit évasivement, s'étonnant de la part que le pacha d'Acre prenait à une affaire qui regardait des chrétiens ; Abdalla transmit cette réponse à Beschir, en l'engageant à tirer lui-même vengeance du pacha de Damas. Le prince du Liban rassembla à la hâte dix mille hommes, et se dirigea sur Damas : le pacha sortit à sa rencontre , et les deux armées en vinrent aux mains plusieurs fois; mais l'avantage resta toujours au prince Beschir.

Pendant ce temps-là, Abdalla lança un faui firman qui déclarait le pacha de Damas déchu de son pachalik, qui était réuni à celui d'Acre. Mais le pacha de Damas s'étanl adressé aux pachas voisins et à la cour de Constantinople, celle-ci condamna à mort le pacha d'Acre et destitua le prince Beschir de son gouvernement. L'émir était déjà aux portes de Damas, lorsque le firman arriva ; il .vit alors que celui d'AbdalIa était supposé, et il jugea prudent de se retirer dans la province de Deïr-el-Kam-

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mar , d'où , apprenant que le sort d'Abdalla lui était rér «ervé, il alla se réfugier dans les environs de Bayrutb, demandant au gouverneur de le recevoir avec son escorte. Celui-ci s'y refusa , prétendant que la présence de rémîr dans la ville y exciterait une sédition. Le prince ayant fait savoir à son frère, Témir Abets, à qui il avait laissé le coaunandement de la montagne, qu'il voulais, revenir dans ses États et tenter la voie des armes contre les pachas envoyés par la sublime Porte, son frère lui répondit que la montagne était sans vivres et sans argent, et qu'il lui conseillait vivement de ne pas tenter un projet aussi périlleux.

Dans ces tristes conjonctures, le prince tourna encore les yeux vers TÉgyple, et s'adressa à un Franc, le priant de lui faciliter les moyens de quitter la Syrie. M. Aubin le fit embarquer, entre Bayruth et Seïde, sur un bâtiment français qui faisait voile pour Alei^andrie. Après son départ, le ^cbeil^ Beschir et son frère Témir Abets ^e liguèrent avec les pachas coalisés et briguèreut le commandement de la montagne. Ce qui fut la source des divisions qui déchirèrent le Liban en 4 823.

De$ treupœ combinées mirent le siège devant Salnt- Jean-d'Acre en juillet i2i%% , et le continuèrent sans succès jusqu'en avril 48313, époque à laquelle il fut levé. Alors le jeune pacha d'Acre, extrêmement avare, imagina un moyen de se dispeqser du tribut qu'il devait à la Porte. Pour cela, il fit assassiner, près de Latakie, les officiers qui payaient le tribut, et se fit rendre l'argent par les assassins. Il se plaignit ensuite auprès de la Porte du meurU*e commis sur ses agents et du vqI d'une rede-

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vance appartetis(nt an g^and-seigtieor. Le pachà d'Acre, par cette odîense conduite, espérait d'abord d'eiempter du tribut, et ensuite compromettre le pacbâ de Latakie,à qa\ le grand-seigneur enverrait le corden en réunissant ôon pachalick à (^lai d'Acre. Mais Abdalla-Pacfaa se trompa.

Le grand-seignenf , informé de la perfidie du pacha d'Acre, demanda sa tète pour la seconde fois. Mais <^ue pouvaient contre Acre les pachas de Damas, d'Alep «I d*Adana, avec une armée de 42,000 hommes de toutes armes , mal disciplinée , sans artillerie qui pût faire une brèche, n'ayant que quefques pièces de gros calibre aux* quelles la grosseur des boulets ne répondait pas; 3 à 1,000 cavaliers sans bagages, et une infanterie qui passait le jour et la nuit à fumer sous la tente? Àassi Ab« dalla-Pacha, maître de la première place forte de l'Orient^ se prépara-t-il sans crainte à rnie vigooreuse défense.

Une corvette anglaise, à l'ancre dans la rade, offrit uà officier de son bord pour diriger l'artillerie des asst^ géante. Les pachas acceptèrent et mirent les bondies à feu sous ses ordres. Mais, au bout de trois jours, il vit qu'il n'emporterait jamais la place avec des Tores qui ne voulaient pas s'approcher des murs avec leurs canons, le seul moyen cependant de faire brèche.

Malgré l'armée des pachas, Abdalla resta en repos. Il n'avait rien à craindre , du G6té de la terre , de là part de troupes si mal organisées, et répondait à leurs coups de canon par des coup» de fusil pour montrer combien il méprisait leurs attaques. 11 avait de bons soldats bien payés ; les vivres et leê munitions de guerre lai arrivaient

en abondance par des bâtiments, soit d'Europe, soit d*Asie ; on le soupçonna même d'avoir des intelligences avec les Grecs de la Morée.

L'émir Beschir , qui , à celte époque , était déjà sous la protection du vice-roi d'Egypte, entretenait une correspondance régulière avec Abdalla, qui, par l'entremise de Mébémet-Ali, sollicita la paix et son pardon de la Porte. Si le pacha n*avait rien à craindre du côté de la terre, il devait redouter que le divan de Conâtantinople, bloquant la place par mer, n'interceptât ses conmiunications avec l'étranger, ce qui eût réduit son peuple à la famine, insurgé ses soldats, et l'eût forcé lui-même à tendre le cou au cordon de la sublime Porte. Le divan lui pardonna , sachant qu'Abdalla aurait pu livrer la place aux insurgés de la Morée ; mais il le condamna à une amende de 3,000 bourses et aux frais de la guerre.

Le vice-roi, ayant obtenu la grâce d'Abdalia-Pacha , demanda aussi et obtint celle de l'émir Beschir, qui reprit son commandement. 11 profita de cette circonstance pour faire sentir son crédit au divan, et pour prendre une influence immédiate sur le prince du Liban, dont les iu" téréls politiques se trouvent aujourd'hui liés avec ceux de Méhémet-Ali.

A la fin de l'année 4823, l'émir Beschir débarqua à Saint-Jean-d'Acre pour régler avec Abdalla les dépenses du siège de la place et fixer la somme à laquelle devait s'élever sa part dans la dette.

A sa rentrée au Liban , il frappa une contribution de mille bourses, car il était dans une position peu aisée par suite de son exil et des dépenses qu'avait occasion-

nées son séjour en Egypte. Son peuple aussi était pauvre, et, ne voulant pas Tindisposer contre lui par un impôt aussi fort , il résolut de le faire payer à son ancien lieutenant-général, le scheik Bescbir, voulant se venger ainsi des intrigues qu'il avait eues avec son frère Âbbets pour lui enlever le commandement de la montagne. Le scheik Beschir refusa de payer , et se retira dans le Karan , province du Liban : il revint ensuite à son palais de Moctura , d'où il s'entendit avec le prince Abbets pour renverser Beschir ; il parvint même à faire entrer dans la conspiration trois jeunes frères du prince , qui jusque-là étaient restés tranquilles dans leurs provinces. ' Cette conspiration aurait pu devenir fatale à Fémir Beschir, sans le secours d'Abdalla-Pacha.

Le scheik Beschir fut poursuivi et arrêté dans les plaines de Damas, avec une escorte de deux cents personnes; il eût pu facilement se sauver, mais sur l'assurance que lui donna un ofQcier turc , au nom du pacha de Damas , que le prince du Liban lui pardonnait , il se remit entre ses mains et fut conduit à Damas. Là on le dépouilla de ses habits, on lui lia les mains, Tune sur la poitrine, Tautre sur le dos, et on le jeta dans une prison , où il resta plusieurs mois. On instruisit son procès à Constantinople , et il fut condamné à mort. Lorsqu'on lui présenta le cordon, il ne pâlit pas, et demanda seulement à parler au pacha et au prince : on lui répondit que c'était inutile; que ni l'un ni l'autre ne pouvaient plus rien, la condamnation émanant de Constantinople. Alors le scheik Beschir se soumit à sa destinée. Il fut étranglé , puis décapité , et son corps coupé en morceaux et jeté aux chiens.

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