‹ Œuvres complètes de M.A. de Lamartine (volume 3)Chapitre 21 sur 51 · VI. M · texte numérisé non relu

VI. M

aSi VOYAGE

Cette exécution eut lieu au commencement de 4824. Les trois frères du prince furent ensuite arrêtés; on leur coupa la langue et on leur creva les yeux , puis ils furent exilés avec leurs familles, chacun dans un village éloigné Tun de l'autre. Depuis lors la tranquillité régna au Liban, les Chab jouirent en paix du. pouvoir, grâce à la police active que Témir établit dans son gouvernement, et à l'amitié d'Âbdalia-Pacba , qui n'ignorait cependant pas les liens intimes qui unissaient le grand prince à Mébémet*Ali.

Telle est la politique qu'a suivie jusqu'à ce jour Témir Beschir , et tout annonc/O qu'il la suivra encore avec succès dans la nouvelle crise où Ta placé la lutte de Mébémet- Ali contre l'empire Ottoman ; l'émir n'a pris aucune part à la guerre jusqu'au moment où Ibrahim-Pacha , vainqueur de Saint-Jean-d'Acre, a envoyé Abdalla-Pacha, vaincu et prisonnier , à son père , en Egypte , et est entré en Syrie; le prince du Liban a dû alois se déclarer; et, selon l'usage des Orientaux , il a vu le doigt de Dieu dans la victoire, et il s'est rangé du côté du succès. Néanmoins il l'a fait comme à regret, et en se ménageant, selon toute apparence , le prétexte de la contrainte vis-àvis de la Porte. 11 est à croire que si Ibrahim-Pacha venait à essuyer des revers, l'émir Beschir se tournerait encore du côté des Turcs, et les aiderait à écraser les Arabes ; Ibrahim , qui se doute de cette politique à deux tranchants , compromet tant qu'il peut le prince : il Ta forcé à lui donner un de ses fîlset quelques-uns de ses meilleurs cavaliers , pour l'accompagner du côté de Homs; et ses autres fils, descendus de la montagae,

gouvernent militairement, au nom des Égyptiens, les principales villes de ia Syrie.

La tête de Téinir Beschir tient au triomphe dlbrahhn à Homs ; si celui-ci est vaincu, la réaction des Turcs centre les chrétiens du Liban et contre le prince lui-même sera implacable , d'un autre côté, si Ibrahim reste maître de la Syrie , il ne pourra voir longtemps sans ombrage une puissance indépendante de la sienne , et il tâchera ou de la détruire par la politique , ou de la renverser à jamais en détruisant la famille de Chab. Si Témir Beschir était plus jeune et plus actif, il pourrait résister à ces deux agressions et constituer pour longtemps, et peutélré pour toujours , sa domination et celle de ses fils sur la partie la plus inaccessible , la pins peuplée et la plus riche de la Syrie ; les montagnards qu'il commande sont braves, intelligents, disciplinés; les routes, pour arriver au centre du Liban, sont impraticables; les Maronites, qui deviennent t^s-nombreux dans le Liban , seraient dévoués à Témir par le sentiment commun de christianisme et par la haine et la terreur de la domination turque. Le seul obstacle à la création d'une puissance nouvelle dans ces contrées , c'est la différence de religion entre les Maronites , les Druzes et les Métualis , qui peuplentà peu près à nombre égal les montagnes soumises à l'autorité de l'émir ; le plus fort lien de nationalité , c'est la communauté des pensées religieuses , ou plutêt cela a été jusqu'à présent ainsi. La civilisation, en avançant, réduit la pensée religieuse à l'individualisme, et d'autres intérêts communs forment la nationalité : ces intérêts étant moins graves que l'intérêt de religion , les

nationalités vont en s'affaiblissant; car quoi de plus fort pour Thomme que le sentiment religieux, que son dogme, que sa foi intime ! C'est la voix de son intelligence , c'est la pensée dans laquelle il résume toutes les autres : mœurs, lois, patrie, tout est pour un peuple dans sa religion : c*est ce qui fait , je crois , que TOrient se constituera si difficilement en une seule et grande nation ; c'est ce qui fait que Tempire turc s*écroule. Vous n'apercevez de signes d'une existence commune, de symptômes d'une nationalité possible , que dans les parties de Tempire où les tribus d'un même culte sont agglomérées , parmi la race grecque asiatique , parmi les Arméniens, parmi les Bulgares et parmi les Servions; partout ailleurs, vous voyez des hommes, mais pas de nation.

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