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réclat de leurs costumes et par la majesté de leurs attitudes, à TefTet grandiose, étrange, pittoresque du paysage. Partout de belles fontaines turques coulaient à l'entrée ou à la sortie de ces villages. Les femmes et les filles, qui venaient chercher de Teau dans leurs cruches longues et étroites, étaient groupées autour des bassins, et écartaient un coin de leur voile pour nous entrevoir. La population nous a paru superbe. Hommes, femmes, enfants, tout a la couleur de la force et de la santé. Les femmes sont très-belles. Les traits du visage portaient ea général l'empreinte de la fierté et de la noblesse sans expression de férocité.
Nous fûmes salués partout avec politesse et grâce. On nous offrit Thospitalité dans tous ces hameaux. Nous ne Tacceptâmes nulle part , et nous continuâmes à gravir, pendant environ trois heures , des peotes escarpées sous des bois de sapins. Nous touchâmes enfin à la dernière crête blanche et nue des montagnes, et l'immense horizon de la côte de Syrie se déroula d'un seul regard devant nous C'était un aspect tout différent de celui que nous avions sous les yeux depuis quelques jours ; c'était l'horizon de Naples vu du sommet du Vésuve , ou des hauteurs de Castellamare. L'immense mer était à nos pieds, sans limites , ou seulement avec quelques nuages amoncelés à l'extrémité de ses vagues. Sous ces nuages oa aurait pu croire que l'on apercevait une terre , la terre de Chypre qui est à trente lieues en mer, le Mont-Carmel à gauche , et à perte de vue , sur la droite , la chaîne interminable des côtes de Bayruth , de Tripoli de Syrie , de Latakie, d'Alexan^irette ; enfin, confusément et sur
les brumes dorées du soir, quelques aiguilles resplendissantes des montagnes du Taurus; mais ce pouvait être «ne illusion, car la distance est énorme. Immédiatement sous nos pieds la descente commençait ; et après avoir glissé sur les rochers et les bruyères sèches de la cime où nous étions placés , elle s'adoucissait un peu et se déroulait de sommets en sommets, d'abord par des têtes grises de collines rocailleuses, ensuite sur les têtes vert sombre des pins , des cèdres , des caroubiers , des chênes verts ; puis , sur des penteè plus douces , sur la verdure plus pâle et plus jaune deà platanes et des sycomores ; enfin, venaient des collines grises, toutes veloutées de la feuille des bois d'oliviers. Tout allait s'éteindre et mourir dans l'étroite plaine qui sépare le Liban de la mer. Là , sur les caps, on voyait de vieilles toUrs moresques qui gardent le rivage ; au fond des golfes , des villes ou de gros villages avec leurs murs brillant au soleil, et leurs anses creusées entre les sables, et leurs barques échouées sur les bords , ou leurs voiles sortant des ports et y rentrant. Saïde et Bayruth surtout , entourées de leurs riches plaines d'oliviers , de citronniers , dé mûriers, avec leurs minarets, leurs dômes de mosquées, leurs châteaux et leurs murs crénelés, sortaient de cet océan de couleurs et de lignes, et arrêtaient les regards sur deux points avancés dans les flots. Au delà de la plaine de Bayruth , le grand Liban , interrompu par le cours du fleuve , recommençait à s'élever, d'abord jaune et doré comme les colonnes de Pœstum ; ensuite , gris , sombre , terne ; puis, vert et noir dans la région des forêts : enfin , dressant ses aiguilles de neige , qui semblaient se fondre dans la
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transparence du ciel , et où les blancs rayons dormaient dans une étemelle sérénité , sur des couches d*éterneile blancheur. Napies ni Sorrente, Rome ni Albano n*ont un pareil horizon.
Après avoir descendu environ deux heures, nous trouvâmes un kan isolé sous de magnifiques platanes, au bord d'une fontaine. Il faut décrire une fois pour toutes ce qu on appelle un kan dans la Syrie et en général dans toutes les contrées de l'Orient : c'est une cabane dont les murs sont de pierres mal jointes, sans ciment, et laissant passer le vent ou la pluie : ces pierres sont génén:lement noircies par la fumée du foyer, qui filtre continuellement à travers leurs interstices. Les murs ont à peu près sept à huit pieds de haut ; ils sont recouverts de quelques pièces de bois brut avec Técorce et les principaux rameaux de l'arbre ; le tout est ombragé de fagots desséchés qui servent de toit ; l'intérieur n'est pas pavé , et , selon la saison , c'est un lit de poussière ou de boue. Un ou deux poteaux servent d'appui au toit de feuilles, et Ton y suspend le manteau ou les armes du voyageur. Dans un coin est un petit foyer exhaussé sur quelques pierres brutes ; sur ce foyer brûle sans cesse un feu de charbon , et une ou deux cafetières de cuivre , toujours pleines de café épais et farineux , rafraîchissement habi* tuel et besoin unique des Turcs et des Arabes.
VOYAGE DE BAYRUTH,