‹ Œuvres complètes de M.A. de Lamartine (volume 3)Chapitre 26 sur 51 · S90 V0VAG · texte numérisé non relu

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raient de Nazareth , que j'allais ooDlempler , à sa souroe mystérieuse , celte religion vaste et féconde qui , depuis deux mille ans, 3*est fait son lit dans l'univers, du haut des montagnes de Galilée, et a abreuvé tant de générations humaines de ses eaui pures et vivifiantes! C'était là la source, dans le creux de ce rocher que je foulais flous mes pieds ; cette colline dont je franchissais les der* niers degrés avait porté dans ses flancs le salut, la vie, la lumière, Tespéraace du monde; c'était là, à quelques pas de moi , que l'homme modèle avait pris naissance parmi les hommes pour les retirer, par sa parole et par son exemple , de l'océan d'erreur et de corruption où le genre humain allait être submergé. Si je considérais la chose comme philosophe, c'était le point de départ du plus grand événement qui ait jamais remué le monde moral et politique , événement dont le contre-coup imprime seul encore un reste de mouvement et de vie au monde intellectuel 1 C'était là qu'était sorti de l'obscurité, de la misère et de l'ignorance, le plus grand, le plus juste, le plus sage, le plus vertueux de tous les hommes ; là était son berceau ; là , le théâtre de ses actions et de ses prédications touchantes! De là il était sorti jeune encore, avec quelques hommes obscurs et ignorants, auxquels il avait imprimé la confiance de son génie et le courage de sa mission, pour aller sciemment affronter un ordre d'idées et de choses pas assez fort pour lui résister, mais asseti fort pour le faire mourir I... De là, di&-je, il était sorti pour aller avec confiance conquérir la mort et l'empire universel de la postérité ! De là avait coulé le christianisme, source obscure, goutte d*eau inaperçue dans le

crcmx du rocher de Nazareth , où deux passerêafit n'auraient pu 6'abreuver , qo*un rayon de soleil aurait pu tarir , et qui , aujourd'hui , comme le grand océan des esprits, a comblé tous les abtmes de la sagesse humaine et baigné de ses flots intarissables le passé, le présent et ravenir. Incrédule donc à la divinité de cet événement, mon âme encore eût été fortement ébranlée en approchant de son premier théâtre , et j'aurais découvert ma tète et incliné mon front sous la volonté occulte et italique qui avait fait jaillir tant de choses d*un si faible et si insensible commencement.

Mais à considérer le mystère du christianisme en chrétien, c'était là, sous ce morceau de ciel bleu, au fond de cette vallée étroite et sombre , à l'ombre de cette petite colline, d<mt les vieilles roches semblaient encore toutes. fendues du tressaillement de joie qu'elles éprouvèrent en enfantant et en portant le Verbe enfant , ou du tressaillement de douleur qu'elles ressentirent en ensevelissant le Ym-be mort ; c'était là le point fatal et sacré du globe que Dieu avait choisi de toute éternité pour faire descendre sur la terre sa vérité , sa justice et son amour incamé dans un Enfant-Dieu; c'était là que le souffle divin était descendu à son heure sur une pauvre chaumière, séjour de l'humble travail, de la simplicité d'esprit et de l'infortune; c'était là qu'il avait animé, dans le sein d'une vierge innocente et pore , quelque chose de doux , de tendre et de miséricûrdieut comme elle; de souffrant, de patient, de gémissant comme rhomme : de puissant , de surnaturel , de sage et de fort eoouxie on Dieu ; c'était là que le IMeu-Homme avait passé pK notre ^nortnce, notre faiblesse, notre travail et nos

misères, pendant les années obscures de sa vie cachée, et qu^il avait en quelque sorte exercé la vie et pratiqué la terre avant de l'enseigner par sa parole, de la guérir par prodiges, et de la régénérer par sa mort; c'était là [ue le ciel s'était ouvert et avait lancé sur la terre son esprit incarné, son Verbe fulminant, pour consumer jusqu'à la 6n des temps l'iniquité et l'erreur, éprouver 'comme au feu du creuset nos vertus et nos vices, et allumer devant le Dieu unique et saint Tencens qui ne doit plus s'éteindre , l'encens de l'autel renouvelé , le parfum de la charité et de la vérité universelles.

Gomme je faisais ces réflexions , la tète baissée et le front chargé de mille autres pensées plus pesantes encore, j'aperçus à mes pieds, au fond d'une vallée creusée en forme de bassin ou de lac de terre, les maisons blanches et gracieusement groupées de Nazareth, sur les deux bords et au fond de ce bassin. L'église grecque, le haut minaret de la mosquée des Turcs, et les longues et larges murailles du couvent des Pères Latins, se faisaient distinguer d'abord ; quelques rues formées par des maisons moins vastes, mais d'une forme élégante et orientale, étaient répandues autour de ces édifices plus vastes, et animés d'un bruit et d'un mouvement de vie. Tout autour de la vallée ou du bassin de Nazareth , quelques bouquets de hauts nopals épineux , de figuiers dépouillés de leurs feuilles d'automne, et de grenadiers à la feuille légère et d'un vert tendre et jaune, étaient çà et là semés au hasard , donnant de la fraîcheur et de la grâce au paysage, comme des fleurs des champs autour d'un autel de village. Dieu seul sait ce qui se passa alors dans mon coeur ; mais^Tun mouvement spontané, et pour ainsi dire

invojontnirOi jfi nif^ tronTni niiTi piftdpi dft mon choTnf,^ genoux dans la poussière ^ sur un des rochers bleus et t5ôîî(freux du sentier en précipice que nous descendions. JY^TegtSTqîïeïquesminu^^

muette, oùlôutes les pensées de ma vie d*hqmme sçeplique et de chrétien se pressaient tellement dans majéte "qu'il m'étaitlmpossible d'en discerner un seule. Ces seuls mots s'échappaient de mes lèvres : Et f^erbum caro factum est, et habitavit in nobis. Je les prononçai avec le sentiment sublime, profond et reconnaissant, qu'ils renferment, et ce lieu les inspire si naturellement, que je fus frappé , en arrivant le soir au sanctuaire de TÉglise Latine , de les trouver gravés en lettres d*or sur la table de marbre de Tautel souterrain, dans la maison de Marie et Joseph. — Puis , baissant religieusement la tête vers cette terre qui avait germé le Christ , je la baisai en silence, et je mouillai de quelques larmes de repentir, d'amour et d'espérance, cette terre qui en a vu tant répandre, cette terre qui en a tant séché, en lui demandant un peu de vérité et d'amour.

Nous arrivâmes au couvent des Pères Latins de Nazareth, comme les dernières lueurs du soir doraient encore à peine les hautes murailles jaunes de l'église et du monastère. Une large porte de fer s'ouvrit devant nous; nos chevaux entrèrent en glissant et en faisant retentir, sous le fer de leurs sabots, les dalles luisantes et sonores de Tavant-cour du couvent. La porte se referma derrière nous, et nous descendîmes de cheval devant la porte même de Téglise où fut autrefois l'humble maison de cette mère qui prêta son sein à l'hôte immortel , qui

i»» VOYAGE

donna ma l«i( à un Dieu. Li aupéritur tt le père gvdm étaidoi absent» toii4 deux. Quelquee fr^ee aapelitaaM et aspagaolft, oceupés à faire vanner le blé du oouveat aoue la porte, noue reçurent assez froidement, et noue oonduisireat dane un vaste oerridor ior lequel s'ouvrent lee eel- Iules des frères et les chambres destinées aux étranger». Nous y attendîmes longtemps Tarrivée du curé de Nazareth, qui nous combla de politesse et nous fit préparer à chacun une chambre et un lit. Fatigoéd de la marehe et des sentiments du jour, nous nous jetâmes sur nos iita, remettant au réveil de voir les lieux consacrés, et ne von* lant pas nuire à l'ensemble de nés impresncms par un premier coup d*eoil jeté à la hàle sur les lieux saints dont nous habitions déjà Tenceinte.

Je me levai plusieurs fois dans la nuit pour élever mon âme et ma voix vers Dieu, qui avait choisi dans ce lieu celui qui devait porter son Verbe à l'univers.

Le lendemain, un Père italien vint nous conduire à Tég^ise et au sanctuaire souterrain qai lui jadis la maison de la sainte Vierge et de saint Joseph. L'église est une large et haute nef à trois étages. L'étage supérieur est occupé par le chœur des Pères de Terre -Sainte, qui communique avec le couvent par une porte de derrière ; Fétage iaférieur est occupé par les fidèles ; il commu^ nique au choeur et au grand autel par un bel escalier à double rampe et à balustrades dorées. De cette partie de l'église et sous le grand autel , un escalier de quelques marches conduit à une petite chapelle et à un autel de marbre édairés de lampes d'argent , placés à l'endroit même ou la traditien suppose qu'eut lieu l'Annonciation.

Cst autel est ^eré sous la Yoûte, moitié naturelle, moitié artificielle, d'un rocher, auquel était adossée, sans doute, la maison sainte. Derrière cette première voûte, deux autels souterrains plus obscurs servaient, dit-on, de cuisine et de eave à la sainte femille. Ces traditions plus ou moins fidèles, plus ou moins altérées par le besoin pieux de crédulité populaire , ou par le désir naturel à tous ces moines possesseurs d*une si précieuse relique , d^en augmenter Fintérèt en en multipliant les détails, ont ajouté, peut-être, quelques inventions bénévoles au puissant scmvenir du lieu ; mais il n'est pas douteux que le cou* vent , et surtout l'église , n'aient été primitivement construits sur la place même qu'occupe la maison du divin héritier de la terre et du ciel. Lorsque son nom se fut répandu comme la lumière d'une nouvelle aurore , peu de temps après sa mort, lorsque sa mère et ses disciples vivaient encore, il est certain qu'ils durent se transmettre les uns aux autres le culte d'amour et de douleur que Fabsence du divin maître leur avait laissé, et aller euxmêmes souvent, et conduire les nouveaux chrétiens aux lieux où ils avaient vu vivre, parler, agir et mourir celui qu'ils adoraient aujourd'hui. Nulle piété humaine ne pourrait conserver aussi fidèlement la tradition d'un lieu cher à son souvenir, que ne le fît la piété des fidèles et des martyrs. On peut s'en rapporter, quant à l'exactitude des principaux sites de la rédemption, à la ferveur d'un culte naissant, et à la vigilance d'un cuite immortel. Nous tombâmes à genoux sur ces pierres, sous cette voûte, témoins du plus incompréhensible mystère de la eharité dlvme pour lliomme , et nous priâmes. ^ L'ea-

thousiasme de la prière est un mystère aussi entre l'homme et Dieu : comme la pudeur, il jette un voile sur la pensée , et dérobe aux hommes ce qui n'est que poar le ciel. Nous visitâmes aussi le couvent vaste et cOm- • mode, édifice semblable à tous les couvents de France ou d'Italie, où les Pères Latins exercent aussi librement, et avec autant de sécurité et de publicité, les cérémonies de leur culte qu'ils pourraient le faire dans une rue de Borne , capitale du christianisme. On a , à cet égard , beaucoup calomnié les musulmans. La tolérance religieuse, je dirai plus, le respect religieux , sont profondément empreints dans les mœurs. Ils sont si religieux euxmêmes , et considèrent d'un œil si jaloux la liberté de leurs exercices religieux, que la religion des autres hommes est la dernière chose à laquelle ils se permettraient d'attenter. Ils ont quelquefois une sorte d'horreur pour une religion dont le symbole offense la leur, mais ils n'ont de mépris et de haine que pour l'homme qui ne prie le Tout-Puissant dans aucune langue : ces hommes, ils ne les comprennent pas, tant la pensée évidente de Dieu est toujours présente à leur esprit, et préoccupe constamment leur âme. — Quinze ou vingt Pères espagnols et italiens vivent dans ce couvent, occupés à chanter les louanges de TEnfant-Dieu et les gloires de sa mère, dans le temple même où ils vécurent pauvres et ignorés. L'un d'eux , qu'on appelle le curé de Nazareth, est spécialement chargé des soins de la communauté chrétienne de la ville, qui compte sept à huit cents chrétiens catholiques, deux mille Grecs schismatiques, quelques Maronites, et seulement un millier de musulmans.

EN ORIENT. ItW

Les Pères nous conduisirent dans le courant de la jour* née aux églises maronites , à la synagogue ancienne où Jésus enfant allait s'instruire comme homme dans la loi qu'il devait purifier un jour, et dans Tatelier où saint Joseph exerçait son humble état de charpentier. Nous remarquons avec surprise et plaisir les marques de déférence et de respect que les habitants de Nazareth, même les Turcs, donnent partout aux Pères de Terre-Sainte. Un évéque, dans les rues d'une ville catholique, ne serait ni plus honoré , ni plus affectueusement prévenu , que ces religieux ne le sont ici. La persécution est plus loin du prêtre dans les mœurs de TOrient que dans les mœurs de l'Europe; et, s'il désire le martyre , ce n'est pas ici qu'il doit venir le chercher.

44 octobre 1852

Parti à quatre heures du matin pour le mont Thabor, lieu désigné de la Transfiguration, chose improbable, parce que à cette époque le sommet du Thabor était couvert par une citadelle romaine. La position isolée et l'élévation de cette charmante montagne qui sort comme un bouquet de verdure de la plaine d'Esdraëlon, l'a fait choisir, dans le temps de saint Jérôme , pour le lieu de cette scène sacrée. On a élevé une chapelle au sommet, où les pèlerins vont entendre le saint sacrifice ; nul prêtre n'y réside : ils y vont de Nazareth. Arrivés au pied du Thabor, — superbe cône d'une régularité parfaite, revêtu partout de végétation et de chênes verts, — le guide nous égare. — Je m'assieds seul sous un beau chêne , à peu

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