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près à r«Ddroil ou Rapbaël place dtas son tableau les disciples éblouis de la clarté d'en baut , et j'attends que le Père ait célébré la messe. On nous Fannonce d'en baut par un coup de pistolet, afin que nous puissions nous agenouiller sur les marcbes nat jrelles de cet autel gigantesque, devant celui qui a dressé l'autel et étendu la voûte étineelante du ciel qui le couvre. ^
A midi , parti pour le Jourdain el la mer de Galilée ; — traversé à une heure les eollines basses et assez om* bragées qui portent les pieds du mont Tbabor ; — entré dans une vaste plaine de huit lieues de long sur au moins autant de large. Un kan riiiné au milieu d'arehiteoture du moyen âge. — Traversé quelques villages de pauyres Arabes qui cultivent la plaine ; chaque village a un puits située quelque distance, et quelques figuiers et grenadiers plantés non loin du puits. Voilà la seule trace du bienêtre. Les maisons ne peuvent se distinguer qu'en approchant de très^-près. Ce sont des hottes de sU à huit pieds de hauteur, espèces de cubes de boue pétrie avec de la paille hachée fohnant le toit en terrasse. —Ces terrasses servent de oQur : là sont tous leurs meubles, une couverture et une natte. -^ Les enfants et les femmes s'y tien* Dent presque toujours ; les femmes ne sont pas voilées, elles ont les lèvres teintes en bleu ; le tour des pnopières de la même couleur, et un léger tatouage peint autour des lèvres et sur les joues. Elles sont vêtues d'une seule chemise bleue nouée d'une ceinture blanche au-dessus des hanches ; toutes ont l'apparence de la misère et de la souffrance. Les hommes sont couverts d'un manteau sans couture, d'une étoffe pesante, tissée de raies noii*es el
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blanches sans aiicuiie forme, les Jambee, lét bras, le {xntriiie DUS. Après avoir traversé, pendant une course de six heures, cette plaine jaunâtre et rocailleuse, mais fertile, nous voyons le terrain s'affoisser tout à coup devant Bos pas, et nous découvrons rimmenae vallée du Jourdain et les premières lueurs azurées du beau lac de Génésareth , ou de la mer de Galilée, comme l'appellent les andeas et l'Évangile. Bientôt il se déroule tout entier à nos yeui, entouré de toutes parts, excepté au midi, d'un amphithéâtre de hautes montagnes grises et noires* A son extrémité méridionale et immédiatement sous nos pieds, il se rétrécit et s'ouvre pour laisser sortir le fleuve des pn^hètes et le fleuve de l'Évangile, le Jourdain !
Le Jourdain sort en sorpentant du lao, se glisse dans la plaine basse et marécageuse d'Bsdradlon , à environ cinquante pas du lac ; il passe, en bouillonnant un peu et en faisant entendre son premier murmure, sous les arches ruinées d'un pont d'architecture romaine. C'est là que nous nous dirigeons par une pente rapide et pierreuse, et que nous voulons saluer ses eaux consacrées dans les souvenirs de deux religions ! En peu de minutes nous sommes à ses bords : nous descendons de cheval , nous nous baignons la tète , les pieds et les mains dans ses eaux douces, tièdes et bleues comme les eaux du Rhône quand il s'échappe du lac de Genève. Le Jourdain, dans cet endroit, qui doit être à peu près le milieu de sa course, ne serait pas digne du nom de fleuve dans un pays à plus larges dimensions ; mais il surpasse cependant de beaucoup l'Ëurotas et le Géphise, et tous ces fleuves dont les ' noms fabuleux ou historiques retentissent de bonne heure
dans notre mémoire , et nous présentent une image de force, de rapidité et d'abondance, que Taspect de la réalité, détruit. Le Jourdain ici même est plus qu'un torrent ; quoiqu'à la fin d'un automne sans pluie , il roule doucement dans un lit d*environ cent pieds de large une nappe d'eau de deux ou trois pieds de profondeur, claire , limpide , transparente , laissant compter les cailloux de son lit, et d'une de ces belles couleurs qui rend toute la profonde couleur d'un firmament d'Asie , — plus bleu même que le ciel , comme une image plus belle que l'objet , comme une glace qui colore ce qu'elle réfléchit. Â vingt ou trente pas de ses eaux, la plage, qu'il laisse à présent à sec , est semée de pierres roulantes , de joncs et quelques touffes de lauriers-roses encore en fleurs. Cette plage a cinq à six pieds de profondeur au-dessous du niveau de la plaine, et témoigne de la dimension du fleuve dans la saison ordinaire des pleines eaux. Cette dimension, selon moi, doit être de huit à dix pieds de profondeur sur cent à cent vingt pieds de largeur. Il est plus étroit, plus haut et plus bas dans la plaine ; mais alors il est plus encaissé et plus profond^ et l'endroit où nous le contemplions est un des quatre gués que le fleuve a dans tout son cours. Je bus dans le creux de ma main de l'eau du Jourdain, de l'eau que tant de poètes divins avaient bue avant moi, de cette eau qui coula sur la tête innocente de la victime volontaire 1 Je trouvai cette eau parfaitement douce, d'une saveur agréable et d'une grande limpidité. L'habitude que l'on contracte dans les voyages d'Orient de ne boire que de l'eau , et d'en boire souvent , rend le palais excellent juge des qualités d'une eau nouvelle. 11 ne manquerait à
i'eau du Jourdain qu'une de ces qualités , la fraîcheur. Elle était tiède, et quoique mes lèvres et mes mains fussent échauffées par une marche de onze heures sans ombre, par un soleil dévorant, mes mains, mes lèvres et mon front éprouvaient une impression de tiédeur en touchant Teau de ce fleuve.
Gomme tous les voyageurs qui viennent, à travers tant de fatigues , de distances et de périls , visiter dans son abandon ce fleuve jadis roi, je remplis quelques bouteilles de ses eaux pour les porter à des amis moins heureux que moi , et je remplis les fontes de mes pistolets de cailloux que je ramassai sur te bord de son cours. Que ne pouvais-je emporter aussi l'inspiration sainte et prophétique dont il abreuvait jadis les bardes de ses sacrés rivages, et surtout un peu de cette sainteté et de cette pureté d'esprit et de cœur qu'il contracta sans doute en baignant le plus pur et le plus saint des enfants des hommes ! Je remontai ensuite à cheval ; je fis le tour de quelques-uns des piliers ruinés qui portaient le pont ou l'aqueduc dont j'ai parlé plus haut ; je ne vis rien que la maçonnerie dégradée de toutes les constructions romaines de cette époque, ni marbre, ni sculpture, ni inscription ; — aucune arche ne subsistait, mais dix piliers étaient encore debout, et l'on distinguait les fondations de quatre ou cinq autres; chaque arche , d'environ dix pieds d'ouverture, — ce qui s'accorde assez bien avec la dimension de cent vingt pieds qu'à vue d'oeil je crois devoir donner au Jourdain.
Au reste, ce que j'écris ici de la dimension du Jourdain n'a pour objet que de satisfaire la curiosité des personnes qui veulent se faire des mesures justes et exactes des vil. 26
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images mêmes de lew^ peaaées, et non de prêter des armes aux enoemis ou aux défenseurs de la foi chrétienne, armes {Mloyables des deux parts. Qu'importe que le Jourdain spit un torrent ou un fleuve? que la Judée soit un n^onceau de roches stériles ou un jardin délicieux? que telle montagne ne soit qu'une colline, et tel royaume une province? Ces hommes qui s'acharnent, se combattant sur de pareilles questions , sont aussi insensés que ceux qui croient avoir renversé une croyance de deux mille ans , quand ils ont khorieusemeat cherché à donner un démenti à la Bible et un soufflet aux prophéties? Ne croirait-on pas, à voir ces grands combats sur un mot mal compris ou mal interprété des deux parts, que les reUgiOHS sont des choses géoméUriques que Ton démontre par un chiffre ou que Ton détruit par un argument ; et que des générations de croyants ou d'incrédules sont là toutes prêtes à attendre la fin de la discussion et à passer immédiatement dans le parti du meilleur logicien et de l'antiquaire le plus érudit et le plus ingénieux? Stériles disputes qui ne pervertissent et ne convertissent personne I Les reiigions ne se prouvent pas, ne se démontrent pas, ne s'établissent pas, ne se ruinent pas par de la logique ! elles sont, de tous les mystères de la nature et de l'esprit humain, le plus mystérieux et le plus inexplicable! elles sont d'instinct et non de raisonnement I comme les vents qui soufflent de Torient ou de l'occident, mais dont, personne ne connaît la cause ni le point de départ, elles soufflent , Dieu seul sait d'où , Dieu seul sait pourquoi, Dieu seul sait pour combien de siècles et sur quelles ooa* trées du globe 1 Elles sont, parce qu'elles sont ; on ne las
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prend, on ae les quitte pas à roionté, sar te parole de telle ou telle booebe ; elles font partie du cœur même plus encore que de l'esprit de Thomme. ^ Quel est rhomme qui dira : Je suis chrétien, parée que j'ai là telle réponse péreijiptoire dans tel livre , ou telle objectioD insoluble dans tel autre? Tout homme sensé à qtfi on dflfnftnrtwMi . compte de sa foi, répondra : Je suis chrétien, parce que
"Ta flbre Uh muu WHUr e^ uUrétif Bnyrpâfceque ma mère in*a filit sucer un lait chrétien, parce que les sympathies
~~d9^on ème et de mon esprit sont pour cette doctrine, parce que Je fis de l'air de mOT"Teiîip'â§n8"pfé"voir^e quoi vivra l'avenir.
On voyait deux villages suspendus sur les bords escarpés du lac de (jénésareth , -^ l'un à un quart d'heure de marche , en face de nous , de l'autre eôlé du Jourdain , Fautre à quelques centaines de toises sur notre gauche et sur la même rive du fleuve. Nous ignorions par quelles races d'Arabes ces villages étaient habités, et nous avions été prévenus de nous tenir sur nos gardes et de craindre quelque surprise de la part des Arabes du Jourdain, qui ne souffrent galère qu'on traverse impunément leurs plaines et leur
fleuve. Nottsétions Inen montés, bien armés,et la conquête rapide et inattendue de là Syrie , par Iféhémet-Ali , avait frappé tous les Arabes d'un tel éblooissement de peur et d'étonnement , que le moment était bien choisi pour tenter des excursions hardies sur leur territoire ; ils ignoraient qui nous étions, pourquoi nous mah^hions avec tant de confiance parmi eux ^ et ils ponvaient naturellement supposer que nous étions suivis de près par des forces SQpérteures à celles qu'ils pouvaient déployer con-
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tre nous ; la peur du leodemaîn, la crainte d'une prompte vengeance, assurait donc notre route. Dans cette pensée, j'allai camper audacieusement au milieu même du dernier village arabe dont j'ai parlé; je n'en sais pas le nom; il est bâti , si Ton peut appeler maisons un bloc informe de pierre et de boue , sur Textrémilé même de la plage élevée qui domine la mer de Galilée. Pendant que n(^ Arabes dressaient nos tentes , je descendis seul la pente escarpée qui mène au lac ; il la baignait en murmurant et la bordait d'une frange de légère écume qui s'évanouissait et se reformait , à chaque retour de ses lames courtes et rapides semblables aux lames d'une mer douce et profonde qui viennent mourir sur le sable dans le fond d'un golfe étroit ; j'eus à peine le temps de me baigner dans ses eaux , théâtre de tant d'actions du grand poème moral moderne, l'Évangile, et de ramasser pour mes amis d'Europe quelques poignées de ses coquillages; déjà le soleil était descendu derrière les hautes cimes volcaniques et noires du plateau de Tibériade , et quelques Arabes qui m'avaient vu descendre seul et qui erraient sur la grève pouvaient être tentés par l'occasion ; mon fusil à la main, je remontai'droit à eux; ils me regardé* rent et me saluèrent en mettant la main sur leur cœur ; je rentrai dans les tentes; nous nous étendîmes sur nos nattes , accablés de lassitude , mais la main sur nos armes, pour être debout à la première alerte : rien ne troubla le silence et le sommeil de cette belle nuit où nous n'étions bercés que par le bruit doux et caressant des flots de la mer de Jésus-Christ contre ses rives ; par le vent qui soufflait par bouffées harmonieuses entre les
cordes tendues de nos tentes, et par les pensées pieuses et les souvenirs sacrés que chacun de ces bruits réveillait en nous : le lendemain à Taurore , quand nous sortîmes des tentes pour aller nous baigner encore dans le lac , nous ne vîmes que les femmes des Arabes , peignant leurs longs cheveux noirs sur les terrasses de leurs chaumières, quelques pasteurs occupés à traire, pour nous, des vaches et des chèvres, et les enfants nus du village qui jouaient familièrement avec nos chevaux et nos chiens ; le coq chantait , l'enfant pleurait, la mère berçait ou allaitait comme dans un hameau paisible de France ou de Suisse. Nous nous félicitâmes d'avoir risqué une course dans une partie de la Galilée si redoutée et si peu connue, et nous ne doutâmes pas que le même paciiique accueil ne nous attendît plus avant encore si nous voulions nous enfoncer dans F Arabie ; nous avions tous les moyens de traverser avec sécurité la Samarie et le pays de Naplouse, l'antique Sychem , par M. Cottafago qui est tout-puissant dans cette contrée , et qui nous offrait de nous faire annoncer par ses nombreux amis arabes , et accompagner par son propre frère.
Des inquiétudes personnelles me forcent à renoncer à cette route et à reprendre celle de Nazareth et du mont Carmel , où j'espère trouver des exprès et des lettres de Bayruth.
Cependant nous remontâmes à cheval pour longer, jusqu'au bout de la mer de Tibériade , les bords sacrés du beau lac de Génésareth. La caravane s'éloignait en silence du village où nous avions dormi , et marchait sur la rive occidentale du lac , à quelques pas de ses flot$ i
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sur mw plage de sable et de eaillodx, sproéeçè et là de quelques toufles de laurien^reses et d'arbustes à feuilles légères et dentelées qui perteot uue ieur semblable au lilas. A notre gauche , une chaîne de oeliities à pic , noires, dépouillées y creusées de ravines profondes , tanhfh tées de distance en distance par d'immenses pierres éparses et volcaniques, s^étendait leui le long du rivage que nous allions cétoyer, et, s'avan^anien promontoire sombre et au , à peu près au milieu de la met*, nous cachait la ville de Tifoériade et le fond du lac du côté du Liban. Nul d'entre nous n'élevait la voix; toutes les pensées étaient intimes, pressées et profondes , tant les souvenirs sacrés parlaient haut dans Pâme de chacun de nous. Quant à moi , jamais aucun lieu sur la terre ne me parla au cœur plus* fort et f^us délicieusement. J'ai Um* jours aimé à parcourir la scène physique des lieux habités par les hommes que j'ai connus , admirés , aimés ou révérés, parmi les vivants comme parmi les morts. Le pays qu'im grand homme a habité et préféré pendant son passage am la terre m'a toujours paru la plus sèr e el la plus parlante relique de lui-même ; une sorte de manife»tation matértelle de son génie , une révélation muette d'une partie de son Ame , un commentaire vivant et sen<^ sible de sa vie , de ses actions et de ses pensées, leune , j'ai passé des heures solitaires et contemplatives ^ couché sous les oliviers qui ombragent les jardins d'Horace , en vue des cascades éblouissantes de Tibur ; je me sais cou* ohé souvent le soir , au bruit de la belle i»er de Napled , saus les rameaux pendants des vignes, auprès du lieu où Virgile a voulu i|ue reposât sa cmôire , parce qife c'était
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l6 ^«8 beau tl ki pbiBétrax nie oèM» r^rds se fy«settt reposés. Combien ^as tard j'ai pM9é de msitM et de Boir» assid aux pieds des beaux ehàtaigeieri , daae ce petit vattoa desCkâmiettes, eu leseuircMif de Jeaa-Jee^ qaes Beiisseaa m'attirait et me r^eaait par ta ^fmpatbie de fies ÎAipressioQs « de ses rêveries , de sm melheers et de seo géode; ainsi de ptesieurs autres écrttei«isoe grands hommes dont le Dom e« les écrits oat forfement i^tenti en «d. l'ai youla les étudier ^ les eemialire dans les lieot qai les avaient enfiERièés ou inspirés; el^ presque toujours, un coup d'aeil inteUigent déoeurre uae analogie secrète et profonde eiilre la pairie el ie grand lieinafte , ebti^e la scène et ractèur , entre la aatare et le gésie qtff en fut formé et inspiré. Mais Oe n'était pk» un grand honime on un ^rond poêle dent je visitais le s^eur favori iei-bas; — c'était rbomme des ketn^es , Fhemffie divin , ta nature et le génie et la vertu tails chair ; lâ divinité incarnée, dont je venais adorer tas traces sur les rivages menées où il en imprima le pins ; sur tas flots mêmes qni le portèrent , sur les oollines où il s'asseyait , sur les pierres oà il reposait soti firent. Il avait ^ de ses yeux mortels, vu eette mer , ees ftote^ ces collines, ces pierres } eu i^ôt cette mer^ ces eoHines, ces pierres l'avaient vu; il avait foulé cent fois ce obemin où je marchais respectueusement ; ses pieds avaient soulevé cette poussière qui s'envolait sous les miens ; fwndaut les U'ois années de sa mission divine , il va et vieirt sans cesse de Nazareth à Tibériade , de Jérusalem à Tibériade ; il se promène dans tes barqnés des pédaeurs sur la mer de Galilée ; il en calme tas tempêtes; il y maaite sur tas fiais en donaaait la main à son apôtre de peu de foi comme moi ,
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céleste , dont j'ai besoin plus que lui dans des tempêtes d'opinions et de pensées plus terribles !
La grande et mystérieuse scène de l'Évangile se passe presque tout entière sur ce lac et au bord de ce lac et sur les montagnes qui entourent et qui voient ce lac. Voilà Emmaiis où il choisit au hasard ses disciples parmi les derniers des hommes , pour témoigner que la force de sa doctrine est dans sa doctrine même , et non dans ses impuissants organes. Voilà Tibériade où il apparaît à saint Pierre , et fonde en trois paroles l'éternelle hiérarchie de son Église. Voilà Capharnaiim , voilà la montagne où il fait le beau sermon de la montagne; voilà celle où il pro« nonce les nouvelles béatitudes selon Dieu ) — voilà celle où il s'écrie : Misereor super turbam! et multiplie les pains et les poissons, comme sa parole enfante et multiplie la vie de l'âme ; voilà le golfe de la pêche miraculeuse; voilà tout l'Évangile en6a avec ses paraboles touchantes et ses images tendres et délicieuses qui nous apparaissent telles qu'elles apparaissaient aux auditeurs du divin maître , quand il leur montrait du doigt l'agneau , le bercail , le bon pasteur , le lis de la vallée ; voilà enfin le pays que le Christ a préféré sur cette terre, celui qu'il a choisi pour en faire l'avant-scène de son drame mystérieux ; celui où , pendant sa vie obscure de trente ans, il avait ses parents et ses amis selon la chair , celui où cette nature dont il avait la clef lui apparaissait avec le plus de charmes; voilà ces montagnes où il regardait comme nous s'élever et se coucher le soleil qui mesurait si rapidement ses jours mortels ; c'était là qu'il venait se reposer, méditer, prier, et aimer les hommes et Dieu,