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oôté , m«i8oa où Mit lieu \b miracto éo l'fitu duuigéa en vin : elle e^t en ruines et sans toit. -*- Les raligieia miMi. trent encore les jarres qui continrent le vin du prodige. —Broderies monacales qui déparent partout la simple el riche étoffe des traditions religieuses.
Après nous être reposés et désaltérés un moment au bord de la fontaine de Cana, nous nous remettons en marche, par un clair de lune, vers Nazareth. Nous traversons quelques plaines assez bien eulUvées , puis une série de collines boisées qui s'élèvent à mesure qu'elles s'approchent de Nazareth. Après trois heures et demie de marche, nous arrivons aux portes du couvent latin, où nous sommes reçus de nouveau à Nazareth.
A mon réveil , je fus étonné d'entendre une voiz qui me saluait en italien : c'était celle d'un ancien vice-consul de France à 6aint-Jean-d'Acre, M. Cattafago, personnage très-connu et très-important dans toute la Syrie , où son titre d'agent des Européens, son amitié avec Abdalla, pacha d'Acre , son commerce et ses richesses , l'ont rendu célèbre et puissant. U est encore consul d'Autriche à Saint-iean-d'Acre. Son costume répondait à sa double nature d'Arabe et d'Européen. Il était vêtu de la pelisse rouge fourrée d'hermine, et portait un immense chqieau à trois cornes , signe distinctif des agents franiçais en Orient : ce chapeau date du temps de la guerre d'Egypte ; c'est la défroque religieusement conservée de quelque général de brigade de Bonaparte : on ne le met sur lu tête que dans les occasions officielles , dans les audiences du padia , ou lorsqu'un Européen passe dans le pays. Ce sont ses dieux pénates qu'on s'imagine lui faire revoir.
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M. Gattafago était un petit vieillard, à la physionomie spirituelle , forte et perçante , des Arabes ; ses yeux , pleins d'un feu adouci par la bienveillance et la politesse, éclairaient sa figure d'un rayon d^une intelligence supérieure. On concevait, an premier coup d'œil, Tascendânt qu'un pareil homme avait dû prendre sur des Arabes et des Turcs qui manquent en général de ce principe d'activité qui pélilkdt dans les regards et se Irahissait dans les mouvements et dans les gestes de M. Gattafago. Il tenait à la main un paquet de lettres pour moi, qu'il venait de recevoir de la côte de Syrie , par un -courrier d'Ibrahim*Pacba, et une série de journaux français qu*il reçoit lul-mémô. Il avait pensé avec raison qu'il y aurait pour un voyageuf français stirprîse et plaisir à trouver ainsi au milieu du désert , et à mille lieues de sa patrie , des nouvelles fraiohes de l'Europe. Je lus les lettres , qui me donnaient tonjoiurs quelques inquiétudes sur la santé de Julia. M. Gattafago me laissa en me priant d'aller déjtuner dans un pavillon qu'il avait construit à Nazareth, et où il passMt seul les jours brûlants de l'été, et j'ouvris les journaux. Mon nom fut le premier qui me frappa : c'était un feuilleton du JnurHai des Débats ou 1 on Citait des veca quç j'avais adressés en partant de FranceJl Walter Scott. Je tombai sur ceux-ci > dont 1^ seni^ tris^ ^t inquiet convenait si bien à la scène oit le hasard me les envoyait , scène des plus grandes révolutions de l'esprit humain , ëèène où Têsprit de Dieu avait si puissamment ^emûé les hommes, êft dont l^dée réndVslW'ice du christia-
ftfsme^fivait pt'M Iftft Voi sur le monde , comme une idé«7 fille tffaçgW du tftlflgUfttil^toè , fftmoart J'atitrjjjyage Je
ces iners d od mes acronta m'i^tai^t nw^nHs!"
S|)eclateur fatigué du grand spectacle humain, Tu nous laisses pourtant dans un rude chemin ; Les nations n*ont plus ni barde ni prophète Pour enchanter leur roule et marcher à leur tète; Un tremblement de Irène a secoué les rois; Les chefe comptent par jour et les règnes par mois ; Le souffle impétueux de Thumaine pensée, Équinoxe brûlant dont T&me est renversée, Ne permet à personne, et pas même en espoir, De se tenir debout au sommet du pouvoir ; M^.is poussant tour à tour les plus forts sur la cime, y \ Les frappe de vertige et les jette à Pablme.
En vain le monde invoque un sauveur, un appui.
Le temps, plus fort que nous, nous entraîne sous lui;
Lorsque la mer est basse, un enfant la gourmande.
Mais tout homme est petit quand une époque est grande!
Regarde! citoyens, rois, soldat ou tribun.
Dieu met la main sur tous et n'en choisit pas un ;
Et le pouvoir, rapide et brûlant météore,
En tombant sur nos fronts, nous juge et nous dévore.
Cen est fait; la parole a soufflé sur les mers,
Le chaos bout, et couve un second univers.
Et pour le genre humain que le sceptre abandonne, *
Le salut est dans tous et n'est plus dans personnel
A rimmense roulis d'un océan nouveau.
Aux oscillations du ciel et du vaisseau.
Aux gigantesques flots qui croulent sur nos tètes.
On sent que Thomme aussi double un Gap des Tempêtes,
Et passe sous la foudre et dans l'obscurité
Le tropique orageux d'une autre humanité!
Je relus ces vers comme s'ils eussent été d*ua autre, tant je les avais complètement effacés de ma mémoire ; je fus frappé de nouveau de ce sentiment qui me les avait inspirés ailleurs; de ce sentiment du tremblement général des choses, du vertige, de l'éblouissement universel de
l*esprit humain qui . court avec trop de rapidité pour se reudre compte de sa marche même, mais qui a l'instinct d'un but nouveau, inconnu, où Dieu le mène par la voie rude et précipiteuse des catastrophes sociales. J'admirai aussi cette puissance merveilleuse de la locomotion de la pensée humaine, de la presse et du journalisme, par lesquels une pensée qui m'était venue au front, six mois auparavant, dans un bois de Saint-Point, venait me retrouver, comme une 6lle qui cherche son père, et frapper les vieux échos des rochers de Nazareth des sons d'une langue jeune et déjà universelle. ,
20 octobre 1832.
Déjeuné au pavillon de M. Cattafago, avec un de ses frères et quelques Arabes. Parcouru de nouveau les environs de Nazareth ; visité la pierre dans la montagne où Jésus allait , selon les traditions , prendre ses repas avec ses premiers disciples. M. Cattafago me remet des lettres pour Saint-Jean-d'Acre et pour le mutzelin de Jérusalem.
Le 'i\ , à six heures du matin, nous partons de Nazareth. Tous les Pères espagnols et italiens du couvent, réunis dans la cour, se pressent autour de nos chevaux et nous offrent, les uns des vœux et des prières pour notre voyage, les autres des provisions fraîches, du pain excellent cuit pendant la nuit, des olives et du chocolat d'Espagne. Je donne cinq cents piastres au supérieur pour payer son hospitalité. Cela n'empêche pas quelquesuns des jeunes Pères espagnols de me glisser tout bas leur requête à l'oreille, et de recevoir furtivement quel-
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quM poi^aëet de pîMtreB peur s'acheter le tabtc ei lee autres petites dmeeurs monacales ifui distraicni leur ao« litude. Les foyagears ont fiiit ime peiatnre reraaaesque et fausse de ces eouTente de la Terre-Sainte. Rien n'est moins poélic|ue ni moins religieox, tu de près. La pensée en est grande et belle. Des hommes s'arrachent aux dé* lices de la civilisation d'Occident pour aller expeser leur existence ou mener une rie de privations et de martyre parmi les persécutears de leur culte sur les lieux méoms oà les mystères de leur religion ont consacré la terre. Ils jeûnent, ils veilleqt, ils prient, au milieu des blasphèmes des Turcs et des Arabes, pour qu'un peu d'encens chrétien ftime encore sur chaque site où le christianisme est né. Ils sont les gardiens du berceau et du tombeau sacrés; l'ange du jugement les retrouvera seuls à cette place f comme ces saintes femmes qui veillaient et pieu*raient près du sépulcre vide. Toat cela est beau et grand
dans la pwnMto; mai» dan^ Iw %jt il faiifc mw nnKnftiin presque tout le grandiose. Il n'y a pnin^ flf» pora^triitinn ^ i\ ni^ a
plus de martyre ; tnyt R»r/iuiLiUMMM hnopirpo nnft popnla*
tlon chrétienne est aux ordres et au service des moipes de ces£Quvents. Les Turgs ne lesjnquiètent nullement, au contraire ils les pr^^t. C'e^^jjfiupieJe^SBSér rant de la terre^ et (jnjj^omprendjejnieux le cultejg 1% prière dans quelque langue ou soys quelque forme qnjls se Tnontrtfi^^ 1^ Il ne hait que l'athéisme qu'il trouve, avec raison^ une dëgradtefigirdejyitSïigence faumaiy ; une JttsulJaLi rhunianité bien plus qu'à l'iUg évidgat^ Dieu^Ces couvents sont, de plus, sous la protection redoutée et Ifividfiible des puissances éhréliennes et repré-
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sMKéei {NT tooTs eoiisvb. Sar une plmnle eu m^érieiir, I« eviisut éeril m psefaa, et jaalioe est fiiite à l^inslairt méflv». Les moifteB qod j'ai tos dans la Terre*Saiiite, bien toi» 4e me présentcfr i'ima§e du long martyre donl en leur liil bemietff , m*(mt para les plus heuretix^ les plus respecléa, le» plus redoutés des hfidsitants de ces contréesi Ile eeeupeftt des espèces de châteaux forts, semblables à nm Yîeflx eastels du moyen Age; ces denieures sotit kh vielables, eatouréea dé murs et fermées de portes de fer^ Ces portes *e s'oarrent que pour la population catholique du veisinage, qui tient aesister aax ofiees, receroir un pea d'iosiruetiett pieuse, et payer en respect et en ëévoueaKtit aux moines le salaire de Taotel. Je ne suis jatnaia sorti aecompagné d'un des Pères, dans les rues d'une title de Syrie^ sans que les enfents et lee femmes vinssent s'incliner selis la main du prêtre, baiser cette ma<« el le bas de sa robe. Les Turcs mêmes, bien loin de les insulter, semblaient partager le respect qu'ils impri*^ maient sur leur passage.
Manttenant, qui sont ces moines? En général des paysane d'Bspagne et d'Italie, entrés jeunes dans les contents de leur patrie , et qui, s'ennuyant de la tie menacale, désirent la ditersifler au moins par l'aspect de com trées aouvelles, et éetnéndent à être entoyés en Teite^ Sainte. Leur ré^dence dans les mai^ns de leur ordre établies en Orient ne dure en général que deux ou ^is ans. Un taisseau tient les reprendre et en ramène d'autres. Ceux qui apprennent l'arabe et se consacrent au sertiee de la population catholique des tilles y restent datinrtagë, ai y eonsuàient sotm^al toute leur tie. Ss ont
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les occupations et la vie de nos curés de campagne ; mais ils sont entourés de plus de vénération et de dévouement. Les autres restent renfermés dans Fenceinte du couvent, ou passent, pour faire leur pèlerinage, d'une maison dans une autre, tantôt à Nazareth, tantôt à Bethléem, quelque temps à Rome, quelque temps à Jafla ou au couvent de Saint-Jean, dans le désert. Ils n*ont d'autre occupation que les offices* de Téglise, la promenade dans les jardins ou sur les terrasses du couvent. Point de livres, nulles études , aucune fonction utile L'ennui les dévore , des cabales se forment dans l'intérieur du couvent; les Espagnols médisent des Italiens, les Italiens des Espagnols. Nous fûmes peu édifiés des propos que tenaient les uns sur les autres les moines de Nazareth. Nous n'en trouvâmes pas un seul qui pût soutenir la moindre conversation raisonnable sur les sujets même que leur vocation devait leur rendre le plus familiers. Aucune connaissance de l'antiquité sacrée, des Pères, de l'histoire des lieux qu'ils habitent. Tout se réduit à un certain nombre de traditions populaires et ridicules qu'ils se transmettent sans examen, et qu'ils donnent aux voyageurs comme ils les ont reçues de l'ignorance et de la crédulité des Arabes chrétiens du pays. Ils soupirent tous après le moment de leur délivrance , et retournent en Italie ou en Espagne, sans aucun fruit pour eux ni pour la religion. Du reste, les greniers du couvent sont bien remplis; les caves renferment les meilleurs vins que cette terre produise. Eux seuls savent le faire. Tous les deux ans un vaisseau arrive d'Espagne, apportant au Père supérieur le revenu que les puissances catholiques, l'Espagne, le Portugal et
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ritalie leur envoient. Cette somme , grossie des aumônes pieuses des chrétiens d'Egypte, de la Grèce, de Constantinople et de la Syrie, leur fournit, dit-on, un revenu de trois à quatre cent mille francs. Cela se divise entre les différents couvents, selon le nombre des moines et les besoins de la communauté. Les édifices sont bien entretenus, et tout indique Taisance et même la richesse rela* tive dans les maisons que j'ai visitées.
Je n'ai vu aucun scandale dans ces maisons des moines de Terre-Sainte. L'ignorance, Toisiveté, l'ennui, voilà les trois plaies qu'il faudrait et qu'on pourrait guérir.
Ces hommes m'ont paru simples et sincèrement mais fiainatiquement crédules. Quelques-uns même, à Nazareth, m'ont semblé de véritables saints animés de la foi la plus ardente et de la charité la plus active ; humbles, doux, patients, serviteurs volontaires de leurs frères et des étrangers. J'emporte leurs physionomies de paix et de candeur dans ma mémoire, et leur hospitalité dans mon cœur. J'ai bien aussi leurs noms ; mais que leur importe que leurs noms courent la terre, pourvu que le ciel les connaisse et que leurs vertus demeurent ensevelies dans l'ombre du clottre où leur plaisir est de les cacher !
Héme date.
A la ^oHïe de Nazareth , nous côtoyons une montagne revêtue de figuiers et de nopals. A gauche s'ouvre une vallée verte et ombreuse ; une jolie maison de campagne, rappelant à l'œil nos maisons d^Europe, est assise seule sur une des pentes de cette vallée. Elle appartient à un
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négociant arabe de Saint-Jean-d*Aere. Lea Européens ne conrent aucun danger dana les environs de Nazareth ; une population presque toute chrétienne est à leur seryice. En deux heures de marche, nous atteignons une série de petites rallées circulant gracieusement entre des monticules couyerts de belles forêts de chênes yerts. Os forêts séparent la plaine de KaYpha du pays de N»> zareth et du désert du mont Thabor. Le mont Carmel, chaîne élerée de montagnes qui part d» cours du Jourdain et vient finir à pic sur la mer, commence à se des* siner sur notre gauche. Sa ligne , d'un vert sombre, se détache sur un eiei d'un bleu foncé tout ondoyant de vapeurs chaudes eomme la vapeur qui sort de la gueule d'un four. Ses flancs ardus sont semés d'une forte et mêle végétation. C'est partout une couche fourrée d'ar-» bu8tea« dominés fi et le par les tètes élancées des ckène«; des roches grises, taillées par la nature en formes bizarres et colossales, percent de temps en temps cette verdure et réfléchissent les rayons éclatants du soleil. Voilà l'aspect que nous avions à perte de vue sur notre gauche; à nos pieds, les vallées que nous suivions descendaient en douces pentes^ el commençaient à s'ouvrir sur la belle plaine de Raïpha. Nous gravissions les der-^ niers mamelons qui nous en séparaient , et nous ne la perdions de vue un moment que pour la retrouver bientôt. Ces mamelooSy entre la Palestine et la Syrie maritime, sont un des sites les plus doux et les plus solennels à la fois que nous ayons contemplés. Çà et là^ les forêts de ehénes abandonnés à leur seule végétation forment des clairières étendues, couvertes d'une pelouse aussi
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vftioutée qu» daai oui» {NP«iiri«s d'Ctoûdeot; d^rrièr^ la cime du Tbubof s*élève oomme uo ouye^tueui^ ai^tel, couronné de guirlande» vertes dapfi un ciel de fou ; pbus loin, la cime bleue dei monte de Gelboé et de» coUinee de Samarie , tremble dan» le vague de Vim'wm, I^ Car* mal jette son rideau sombre à grande plis sur un dee côtés de la scène, et le regard, en le suivant, arrive jus^ qu'à la mer qui termine teut, comme le ciel dans lee beaux pa)^sages. Combien de site» n'ai-je pas choisis là, dans ma pensée , pour y élever une maiaon, une forteresse agricole, et y fonder une colonie avec quelques amis d'Europe et quelques ceoteiaes de ces jeunes hommes déshérités de tout avenir dans nos contrées trop pleines 1 La beauté des lieux, la beauté du ciel, la fertilité prodi" gieuse du sol, la variété des produite équinoxiaux qu'on peut y demander à la terre, la facilita de s'y procurer des travailleurs à bas prix; le voisioage de deax plaines im-^ menses, fécondes, arrosées et incultes ; la proximité de la mer pour l'exportation des denrées; la sécurité qu'on obtiendrait aisément contre les Arabea du Jourdain , en élevant de légères fortifications à l'issue des gorges de ces collines : teut m'a (ait choisir cette partie de la Syrie pour l'entreprise agricole et civilisatrice que j'ai arrêtée depuia.
Mém* éaàe It toir.
Nous avons été surpris par un orage au milieu da jour. J'en ai peu vu de si tenribles. Les nuages se font élevée perpendiculairement, comme des tour», au^ieua du mont Carmel; bientôt ils ofit couvert toute la longue
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crête de celte chatne de montagnes ; la montagne , tout à l'heure si sereine et si éclatante , a été plongée peu à peu dans des vagues roulantes de ténèbres fendues çà et là par des traînées de feu. Tout Thorizon s'est abaissé en peu de moments, et s'est rétréci sur nous. Le tonnerre n'avait point d'éclats ; c'était un seul roulement majestueui, continu et assourdissant comme le bruit des vagues au bord de la mer, pendant une forte tempête. Les éclairs ruisselaient véritablement, comme des torrents de feu du ciel, sur les flancs noirs du Carmel; les chênes de la montagne et ceux des collines où nous étions encore, pliaient comme des roseaux ; le vent qui sortait des gorges et des cavernes nous aurait renversés, si nous n'étions pas descendus de nos chevaux , et si nous n'avions pas trouvé un peu d'abri derrière les parois d'un rocher, dans le lit à sec d'un torrent. Les feuilles sèches, soulevées par l'orage, roulaient sur nos têtes comme des nuages, et les rameaux d*arbres pleuvaient autour de nous. Je me souvins de la Bible et des prodiges d'Élie, ce prophète exterminateur sur sa montagne : sa grotte n'était pas loin.
L'orage ne dura qu'une demi-heure. Nous bûmes l'eau de sa pluie , recueillie dans les couvertures de feutre de nos chevaux. Nous nous reposâmes quelques moments, à peu près à moitié chemin de Nazareth à Kaïpha , et nous reprîmes notre route en longeant le pied du mont Carmel ; la montagne sur notre gauche , une vaste plaine avec une rivière à droite. Le Carmel , que nous suivîmes ainsi pendant environ quatre heures de marche, nous présenta partout le même aspect sévère et solennel. C'est
un raur gigantesque^t presque à pic , revêtu partout d'un lit d*arbustes et d'herbes odoriférantes. Nulle part la roche n'y est à nu ; quelques débris , détachés de la montagne, ont glissé jusque dans la plaine. Ils sont comme des citadelles données par la nature pour servir de base et d'abri à des villages d'Arabes cultivateurs. Nous ne rencontrâmes qu'un de ces villages , deux heures environ avant d'apercevoir la ville de Kaïpha. Les maisons sont basses, sans fenêtres, et couvertes d'un terrassement qui les garantit de la pluie. Au-dessus , les Arabes élèvent ,. en feuillage soutenu par des troncs d'arbres, un second étage de verdure qu'ils habitent pendant l'été. Ces terrasses étaient couvertes d'hommes et de femmes qui nous regardaient passer, et nous criaient des injures. L'aspect de cette population est féroce : aucun d'eux pourtant n'osa descendre du mamelon pour nous insulter de plus près. A sept heures , nous approchions de Kaïpha , dont les dômes, les minarets et les murailles blanches forment, comme dans toutes les villes de l'Orient , un aspect brillant et gai à une certaine distance. Kaïpha s'élève au pied du Garmel , sur une grève de sable blanc, au bord de la mer. Cette ville forme l'extrémité d'un arc , dont Saint-Jean-d'Acre est l'autre extrémité. Un golfe de deux lieues de large les sépare : ce golfe est un des plus délicieux rivages de la mer sur lesquels l'œil des marins puisse se reposer. Saint-Jean-d'Acre , avec ses fortifications dentelées par le canon d'Ibrahim-Pacha et de Napoléon , avec le dôme percé à jour de sa belle mosquée écroulée, avec les voiles qui entrent et sortent de son port, attire l'œil sur un des points les plus importants et