VII
drez et comme vous voudrez , pourvu que je me sente conduit par vous, pourvu que vous vous révéliez de temps en temps à mes ténèbres par un de ces rayons de i*âme qui nous montrent, comme I*éclair, un horizon d'un moment au milieu de notre nuit profonde; pourvu que je me sente soutenu par cette espérance immortelle que vous avez laissée sur la terre comme une voix de ceux qui n'y sont plus ; pourvu que je les retrouve en vous, et qu'ils me reconnaissent et q<ie nous nous aimions dans cette ineffable unité que nous formerions vous, eux et nous ! Gela me suffit pour avancer encore , pour marcher jusqu'au bout dans ce chemin qui semble sans but. Mais faites que le chemin ne soit pas trop rude à des pieds déjà blessés !
Je me suis relevé plus léger et me suis pris à cueillir des poignées d'herbes odoriférantes dont le Carmel est tout embaumé. Les Pères du couvent en font une espèce de thé plus parfumé que la menthe et ta sauge de nos jardins. J'ai été distrait de mes pensées et de mon herboriflation par le pas de deux ânes dont les fers retentissaient sur les rocs polis du sentier. Deux femmes, enveloppées de la tète aux pieds d'un long drap blanc, étaient assises sur les ânes, un jeune homme tenait la bride du premier de ces animaux, et deux Arabes marchaient derrière , la tète chargée de larges corbeilles de roseaux , recouvertes de serviettes de mousseline brodée. C'était M. Malagamba , sa mère et sa sœur qui montaient au monastère pour m'offrir des provisions de roule qu'elles nous avaient préparées pendant la nuit. Une des corbeilles était remplie de petits pains jaunes comme For , et d'une saveur
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exquise, précieuse rencontre dans une contcée où le pain est inconnu. L'autre était pleine de fruits de tous genres, de quelques bouteilles d'excellents vins de Chypre et du .Liban, et de ces confitures innombrables, délices des Orientaux. Je reçus avec reconnaissance le présent de ces aimables femmes. J'envoyai les Arabes porter les corbeilles au monastère , et nous nous assîmes pour causer un moment des infortunes de madame Malagamba. L'en* droit était charmant : c'était sous deux ou trois grands oliviers qui ombragent un des bassins que la source du prophète Élie s'est creusés en tombant de roc en roc dans un petit ravin du Mont-Carmel. Les Arabes avaient étendu les tapis de leurs ânes sur le gazon qui entoure la source, et les deux femmes, qui avaient repoussé leurs longs voiles sur leurs épaules, assises sur le divan du voyageur, au bord de l'eau ^ dans leur costume le plus riche et le plus éclatant, formaient un groupe digne de l'œil d'un peintre J'étais assis moi-même, vis-à-vis d'elles , sur une cornicl.e du rocher d'oiî tombait la source. Bien des larmes mouillèrent les yeux de madame Malagamba en repassant ainsi devant moi le temps de ses prospérités , et sa chute dans l'infortune , et ses misères présentes, et sa fuite de Saint-Jean-d'Acre, et ses préoccupations maternelles sur l'avenir de son fils et de ses charmantes filles.
Mademoiselle Malagamba écoutait ce récit avec l'insouciance tranquille de la première jeunesse ; elle s'amusait à réunir en bouquets les fleurs sur lesquelles elle était assise ; seulement, lorsque la voix de sa mère s'altérait en parlant, et que des ïarmes tombaient de ses yeux, sa
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fille passait son bras autour du cou de sa mère, et essuyait ses pleurs avec le mouchoir de mousseline hrodé d*ar^ gent qu'elle tenait à la main ; puis, quand le sourire revenait sur le visage de sa mère , elle reprenait sa distraction enfantine et assortissait de nouveau les nuances de son bouquet. Je promis à ces pauvres femmes de me souvenir d'elles et de leur hospitalité si inattendue , à mon retour en Europe , et de solliciter un peu d'avancement de mes amis à Turin pour le jeune agent consulaire de Kaïpha. L'espérance , quoique bien éloignée et bien incertaine , rentra dans le cœur de madame Malagamba , et la conversation prit un autre tour. Nous parlâmes déà mœurs du pays et de la monotonie de la vie des femmes arabes, dont les femmes européennes qui vivent en Arabie sont obligées de contracter aussi les habitudes. Mais mademoiselle Malagamba et sa mère n'avaient Jamais connu d'autre genre de vie, et s'étonnaient au contraire de ce que je leur racontais de l'Europe. Vivre pour un seul homme et d'une seule pensée dans l'intérieur de leurs appartements ; passer la journée sur un divan à tresser ses cheveux , à disposer avec grâce les nombreux bijoux dont elles se parent ; respirer l'air frais de la montagne ou de la mer du haut d'une terrasse ou à travers les treillis d*une fenêtre grillée ; faire quelques pas sous les orangers ou les grenadiers d'un petit jardin pour aller rêver au bord d'un bassin que le jet d'eau anime de son murmure ; soigner le ménage, faire de ses mains la pâte du pain , le sorbet , les conBtures ; une fois par semaine, aller passer la journée au bain public en compagnie de toutes les jeunes filles de la ville , et chanter quelques
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strophes des poètes arabes en s'accompagnant sur la guitare; voilà toute la vie de FOrient pour les femmes. La société n'existe pas pour elles ; aussi n*nnf.-flllfl^ ffltf ""<» de ces "passions factices de Famour-propre que la société produit ; elles sont toutes à Tamour quand elles sont jeunes et belles, et, plus tard, toutes aux soins domestiques et à leurs jnfants. HAtto riviMsaMnii f>n vaut-eiie jjgê autre ? Comme nous étions à causer ainsi Hp chofifts nu hasard , mon drogman ^ ieune homme né en Arahi^ ^t ir^>fi-vprg^jjan» ](^R lyi(^trfts arahfts^ me cherchait aux alçntours du monastère , et me découvrit auprès de la fontaine ; il m*amenait un autre jeune Arabe qui avait appHa mon arrivée à Kaïpha , et qui était venu de Saint^J^and'Acie pour faire connaissance avec un poète de TOccident. Ce jeune homme , né dans Ia Tjhan , et élevé à Alep, était célèbre delà par sonJ^|enLp^étique. J'en avais souvent entendu parler moi-même, et je m^étais fait traduire plusieurs de ses compositions. Il m^n apportait quelques-unes , dont je donnerai plus loin la traduction. Il 8*assit avec nous auprès de la fontaine , et nous causâmes assez longtemps avec Taide de mon drogman. Cependant le jour baissait, il fallait nous séparer.— Puisque nous sommes ici deux poètes, lui dis-je, et que le hasard nous réunit de deux points du monde si opposés dans^un lieu sicharmant, dans une si belle heure, et en préseppp. d'unebeauté si accomplie ^ nous devrions consacrer chacun dans notre langue, par quelques vers, notre rencontre et les impressions que ce moment nous ipspire. Il sourit; il lira de sa ceinture Técritoire et la plume de roseau qui ne quittent pas plus un écrivain arabe que le
sabre ne quitte le cavalier; nous aous éoartâmeB tous les deux de quelques pas pour aller méditer un moment nos vers. Il eut fini bien avant moi. Voie/ ses vers, et voici les miens. On y reconnaîtra le carac4^re des deux poé* sies ; mais je n ai pas besoin d'avertir combien toutes les langues perdent à passer dans une autre.
« Dans les jardins de Raïpha il y a une fleur que le a rayon du soleil cherche à travers le treillis des feuilles « de palmier.
« Cette fleur a des yeux plus doux que la gazelle , des « yeux qui ressemblent à une goutte d*eau de la mer t dans un coquillage.
« Cette fleur a un parfum si enivrant que le scheik « qui s'enfuit devant la lance d'une autre tribu , sur sa « jument plus rapide que la chute des eaux, la sent au « passage et s'arrête pour la respirer.
« Le vent de Simoun enlève des habits du voyageur « tous les autres parfums, mais il n'enlève jamais du corar « l'odeur de cette fleur merveilleuse.
« On la trouve au bord d!une source qui coule sans « murmure à ses pieds.
« Jeune fille , dis-moi le nom de ton père , et je te dirai « le nom de cette fleur. »
Voici ceux que. je rapportai moi-même et que je fis traduire aussitôt en arabe par mon drogman.
Fontaine au bleu miroir, quand sur ton vert rivage, La rêveuse Lilla dans Tombre vient s^asseoir, Et sut tes flots i[)enchée y jette son image, S Gomme an golfe knmobile une étoile ûvl soir,
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D*uu mobile frisson tes Oots dormants se plissent, On n'en voit plus le fond de sable ou de roseaux, Mais de charme et de jour tes ondes se remplissent,*^ Et Toeil ne cherche plus son ciel que dans tes eaux !
Tu n'es plus qu'un reflet de ravissantes choses, Yeui bleus comme ces fleurs qui bordent ton bassin, Beats de nacre riml entre <les ièrres roses, Globes qu'un souffle pur soulève avec le sein!
Cheveux nattés de fleurs et que leur poids fait pendre, Colliers qui de ses bras relèvent le caitnia, !
Perles brillant sous Tonde et que Ton croit y prendre, f. Comme son sable d'or en y plongeant la main ! /|€^*j
Ma mai» s'étend sur toi, source «ti cette oisbre na^ ^
De peur que par le veut tout ne soit efiEacé, Et mes lèvres voudraient, jalouses du rivage, Boire ces flots heureux où l'image a passé!
Mais quand Lilla, riant, se lève et suit sa mère, \
Ce n'est plus qu'un peu d'eau dans un bassin obscur. \ Je goûte en vain les flots du doigt ; l'onde est amère, Et la vase et Hnsc^te en ternissent l'azur!
Eh bien ! ce que tu fais pour ces flots, jeune fille, Sur mon ^me à jamais la bittuté le produit ; Il y fait joie i jour tant que son œil y brille; Dès que son œil se voile, bêlas ! il y fait nuit !
Or, ïa jeune fille pour qui nous venions de faire ($es vers en franrais fit en arabe littoral ^ n*entendail ni le français ni Tarabe , et ne comprenait qu'un peu l'italien .
25 octobre 4852.
Au lever du soleil, nous avons quitté, frais et dispos, le couvent du Mont-Carmel et ses deux excellents reli-
gieux , et nous nous sommes acheminés par des sentiers escarpés qui descendent du cap à la mer. Là, nous sommes entrés dans le désert; il règne entre la mer de la Syrie, dont les côtes ici sont en général plates, sablonneuses et découpées en petits golfes, et les montagnes qui font suite au Mont-Carmel. Ces montagnes s'abaissent, par degrés insensibles , en se rapprochant de la Galilée ; elles sont noires et nues ; les rochers percent souvent Tenveloppe de terre et d'arbustes qui leur reste; leur aspect est sombre et morne , elles n'ont que leur vêtement de lumière éblouissante et la majesté idéale du passé qui les entoure ; de temps en temps , la chaîne , qu'elles continuent pendant environ dix lieues , est brisée , et quelque vallée peu profonde s'entr'ouvre au regard; au fond ou sur les flancs d'une de ces vallées, nous voyons distinctement les restes d'un château fort et un grand village arabe qui s'étend sous les murs du château ; la fumée des maisons s'élève et serpente le long des flancs du Carmel , et de longues files de chameaux , de chèvres noires et de vaches rouges , se prolongent du village dans la plaine que nous traversons; quelques Arabes à cheval, armés de lances et vêtus seulement de leur couverture de laine blanche, les jambes et les bras ni^s, marchent en tête et en flanc de ces caravanes de pasteurs qui vont mener les troupeaux à la seule source que nous ayons rencontrée depuis quatre heures. Les sources ont été découvertes et creusées autrefois par les habitants des villes situées toutes au bord de la mer : les Arabes actuels ont abandonné ces villes depuis des siècles, il n'y reste que la fontaine, et ijs fopj. tpU3 les jours ce voyage d'une heure
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OU deux pour venir chercher l'eau et abreuver les troupeaux. Nous avons marché tout le jour sur des débris de murailles . sur des mosaïques qui percent le sable ; la route est jalonnée de ruines qui attestent la splendeur et rimmense population de ces rivages dans les temps reculés.
Nous avions depuis le matin à l'horizon devant nous , au bord de la mer, une immense colonne sur laquelle les rayons du soleil étaient répercutés , et qui semblait grandir et sortir des flots à mesure que nous avancions. En approchant, nous reconnaissons que cette colonne est une masse confuse de magnifiques ruines appartenant à différentes époques; nous distinguons d'abord une immense muraille , toute semblable , par sa forme , sa couleur, et la taille des pierres, à un pan du Colysée à Rome. Cette muraille, d'une prodigieuse hauteur, se dresse setile et échancrée, sur un monceau d'autres ruines de constructions grecques et romaines ; bientôt nous découvrons , au delà de ce pan de mur, les restes élégants et découpés à jour, comme une dentelle de pierre , d'un monument moresque, église ou mosquée, ou peut-être tous les deux tour à tour; puis une série d'autres débris debout, et d'une belle conservation, de plusieurs autres constructions antiques; le chemin de sable que suivaient nos moukres nous menait assez près de ces curieux débris du passé dont nous ignorions complètement l'existence , le nom et la date.
A environ un demi-mille de ce groupe de monuments, la côte de la mer s'élève et le sable se change en rocher ce rocher a été taillé partout par la main des hommes
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sur uno étendue d'environ un mille de circuit ; on dirail une ville primitive creusée dans le roc avant que les hommes eussent appris Tart d'arracher la pierre a la terre et de s'élever des demeures à sa surface; c'est en effet une des villes souterraines dont parlent les premières histoires, ou tout au moins une de ces \asies nécropolis ^ villes des morts, qui creusaient en tout sens la terre Du le rocher aux environs des grandes cités des vivants; mais la forme des rochers et des cavernes sans nombre taillées dans leurs flancs indique plutôt, a mon avis, la demeure des vivants. Ces cavernes sont vastes, les portes en sont élevées ; des escaliers nombreux et larges conduisent à ces portes ; des fenêtres sont percées aussi dans la roche vive pour donner de la lumière à ces habitations, et ces portes et ces fenêtres donnent sur des rues taillées profondément dans les entrailles de la colline. Nous avons suivi plusieurs de ces rues profondes et larges et où des ornières indiquent la trace de la roue des chars. Une multitude d'aigles, de vautours, et des nuées innombrables d'étourneauK s'élevaient , à notre approche , de l'ombre de ces rochers creusés; des arbustes grimpants, des fleurs pariétaires, des touffes de myrte et de figuier ont pris racine dans la poussière de ces rues de pierres, et tapis» sent ces longues avenues. Dans quelques endroits, les anciens habitants avaient entièrement fendu la colline avec le ciseau, et percé des canaux qui laissent venir l'eau de la mer et permettent au regard d'embrasser une partie du golfe qu'elle forme derrière la ville. C'est un paysage d'un caractère entièrement neuf, à la fois grave et dur comme le rocher^ riant et lumineux comme ces
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percées aériennes sur le bleu de la mer, et comme ces forêts de plantes nées d'elles-mêmes dans les fentes du granit. Nous marchâmes quelque temps dans ces labyrinthes merveilleux, et nous arrivâmes enfin au pied de la grande muraille et des monuments moresques que nous avions devant nous ; là, nous nous arrêtâmes un instant pour délibérer. Ces ruines ont une mauvaise renommée ; e'eat là que se cachent souvent des bandes d'Arabes valeurs qui pillent et massacrent les caravanes. On nous avait avertis à Kaïpha de les éviter ou de les passer en ordre de bataille et sans permettre à aucun de nos hommes de s'écarter du corps de la caravane La curiosité l'avait emporté ; nous n'avions pu résister au désir de visiter des monuments dont l'histoire ancienne et moderne ne connaît rien : nous ignorions s'ils étaient déserts ou habités. Arrivés au pied des murs d'enceinte qui les enveloppent encore , nous aperçûmes la brèche par laquelle nous devions y pénétrer. Au même moment, un groupe d'Arabes à cheval parut , la lance à la main , sur le sable qui nous séparait encore de l'entrée, et fondit sur nous ; nous fûmes surpris , mais nous étions prêts ; nous avions à la main nos fusils à deux coups chargés et armés, et des pistolets à la ceinture ; nons avançâmes sur les Arabes, ils s'arrêtèrent court; je me détachai de la caravane en lui ordonnant de rester sous les armes; je m'avançai avec mes deux compagnons et mon drogman ; nous parlementâmes, et le scheik, avec ses principaux cavaliers, nous escortèrent eux-mêmes jusqu'à la brèche, en donnant ordre aux Arabes de Tintérieur de nous respecter et de nous laisser examiner les monuments. Je jugeai prudent néanmoins
Sis VOYAGE
de ne laisser entrer avec nous qu'une partie de mon monde ; le reste demeura campé à une portée de fusil du tertre, prêt à venir à notre secours si nous fussions tombés dans une embûche. Cette précaution n'était pas inutile, car nous trouvâmes dans l'intérieur des murs une population de deux ou trois cents Arabes Bédouins, y compris les femmes et les enfants. Il n'y a qu'une issue pour sortir de ces ruines, et nous aurions été facilement pris et égorgés si ces barbares n'eussent été tenus en respect par la force qui nous restait dehors et qu'ils pouvaient supposer plus considérable qu^elle ne l'était réellement ; nous avions eu soin de ne pas montrer tout notre monde, et quelques moukres étaient restés exprès en arrière , campés sur un mamelon où l'on pouvait les apercevoir.
Aussitôt que nous eûmes franchi la brèche, nous nous trouvâmes dans un dédale de sentiers tournant autour des débris écroulés de la grande muraille et des autres édifices antiques que nous découvrions successivement. Ces sentiers ou ces rues n'avaient aucune percée régulière ; mais le pied des Arabes, des chameaux et des chèvres, les avait tracés au hasard parmi ces décombres. Les familles de la tribu n'avaient elles-mêmes rien édifié, elles avaient profité seulement de toutes les cavités que la chute des pierres gigantesques avait formées çà et là pour s'y abriter, les unes à l'ombre même des fûts des colonnes ou des chapiteaux arrêtés dans leur chute par d'autres débris; les autres, par un morceau d'étoffe de poil de chèvre noire , tendu d'un pilier à l'autre , et formant ainsi le toit. Le scheik lui-même, ses femmes et ses
enfants, qui occupaient sans doute le palais du village, avaient tous leur demeure à Tenlrée de la ville, dans les décombres d'un temple romain, sur un tertre très-éievé, au-dessus du sentier où nous entrions, et leur maison était formée par un bloc immense de pierre sculptée qui pendait presque perpendiculairement, appuyé par un de ses angles sur d'autres blocs roulés pèle-méie et comme arrêtés dans leur chute. Ce chaos de pierres semblait véritablement s'écrouler encore, et prêta écraser les femmes et les enfants du scheik , qui montraient leurs têtes audessus de nous, hors de cette caverne artificielle. Les femmes n'étaient pas voilées ; elles n'avaient pour vêtement qu'une chemise de coton bleu , qui laisse la pojtrtne découverte et les jambes nues; cette chemise est serrée autour du corps par une ceinture de cuir. Ces femmes nous parurent belles, malgré les anneaux qui perçaient leurs narines, et les tatouages bizarres dont leurs joues et leur gorge étaient sillonnées. Les enfants étaient nus , assis ou à cheval sur les blocs de pierres taillées qui formaient la terrasse de ces effrayantes demeures ; et quelques chèvres noires, aux longues oreilles pendantes, étaient grin^pées à côté des enfants sur la porte de ces grottes, et nous regardaient passer, ou bondissaient audessus de nos têtes en franchissant d'un bloc à l'autre le sentier profond où nous marchions. Nous vîmes quelques chameaux couchés çà et là dans le creux frais, formé par les interstices des débris, et dressant leur tête pensive et calme au-dessus des tronçons de colonnes et de chapiteaux ébouléi. A chaque pas , la scène était nouvelle et attirait plus vivement notre attention. Un peintre trouverait mille