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soit déterminée par un autre fleuve que nous traversâmes une heure après , et qu'on appelle maintenant Naàr-el" Petroê,
Nous nous étendons sur nos nattes, sous les caves fraîches et sombres qui restent seules de Tancien kan. A peine étions-nous assis autour d*un plat de riz froid que le cuisinier nous avait apporté pour déjeuner, qu'un énorme serpent de huit pieds de long, et gros comme le bras, sortit d'un des trous du vieux mur qui nous abritait et vint se déplier entre nos jambes ; nous nous précipitâmes pour le fuir vers rentrée du souterrain , il y fut avant nous et se perdit lentement , en faisant vibrer sa queue comme la corde d'un arc , dans les roseaux qui bordaient le fleuve. Sa peau était du plus beau bleu foncé. Nous répugnions â reprendre, notre gtte , mais la chaleur était si forte qu'il fallut nous y résigner, et nous nous endormîmes sur nos selles, sans souci des visites semblables qui pourraient interrompre notre sommeil.
 quatre hetites après midi, nous remontons à cheval. J'aperçois sur un monticule, à peu de distance du fleuve, un cavalier arabe , un fusil â la main , et accoiâpagné d'un jeune esclave à pied. Le cavalier arabe semblait ehasser : il arrêtait â chaque instant son cheval, et nous regardait défiler avec un air d'incertitude et de préoccupation. Tout à coup, il met sa jument au galop, s'avance sur moi, et, m'adressant la parole en italien, il me demande si je ne suis pas le voyageur qui parcourt en ce moment l'Arabie, et dont les consuls européens ont annoncé la prochaine arrivée à Jaffa. Je me noMme, il
eaiite à bas de son cheval et veut me baiser la main. — Je suis, nous dit-il, le fils de M. Damiani, vice-consul de France à Jaffa. Prévenu de votre arrivée par des lettres apportées de Satde par un bâtiment anglais, je viens depuis plusieurs jours à la chasse des gazelles , de ce côté , pour vous découvrir et vous conduire à la maison de mon père. Notre nom est italien , notre famille est originaire d*Ëurope ; depuis un temps immémorial elle est établie en Arabie : nous sommes Arabes , mais nous avons le cœur français, et nous regarderions comme une honte et une insulte à nos sentiments , si vous acceptiez Thospitaiité d'une autre maison que la nôtre. Souvenez-vous que nous vous avons touché les premiers , et qu'en Orient , celui qui touche le premier un étranger a le droit d'être son hôte. Je vous en préviens, ajouta-t-iK parce que beaucoup d'autres maisons de Jaffa ont été informées de votre passage , par des lettres venues sur le même bâtiment, et vont accourir au-devant de vous, aussitôt que mon esclave aura informé la ville de votre approche. A peine avait-il terminé son discours , qu'il dit quelques mots en arabe au jeune esclave, et que celui-ci, montant sur la jument de son maître, avait disparu en un clin d'œii derrière les monticules de sable qui bornaient rhorizon. Je fis donner à M. Damiani un de mes chevaux de main qui m'accompagnait sans être monté , et nous prîmes lentement la route de Jaffa , que nous n'apercevions pas encore. Après deux heures de marche , nous vîmes, de l'autre côté d'un fleuve qui nous restait à fran- ^4r, une trentaine de cavaliers , revêtus des plus riches costumes et d'armes étincelantes , et montés sur des che'
vaux arabes de toute beauté, qui caracolaient sur la plage du fleuve. Ils lancèrent leurs chevaux jusque dans Teau, en poussant des cris eten tirant des coups de pistolet pour nous saluer : c'étaient les fils, les parents, les amis des principaux habitants de Jaffa, qui venaient au-devant de nous. Chacun d'eux s'approcha de moi , me fit son compliment, auquel je répondis par l'organe de mon drogman , ou en italien pour ceux qui l'entendaient : ils se rangèrent autour de nous , et courant çà et là sur le sable , ils nous donnèrent le spectacle de ces courses de dgérid, où les cavaliers arabes déploient toute la vigueur de leurs chevaux et toute l'adresse de leurs bras. Nous approchions de Jaffa, et la ville commençait à se lever devant nous sur la colline qui s'avance dans la mer. Le coup d'œil en est magique quand on l'aborde de ce côté du désert. Les pieds de la ville sont baignés au couchant par la mer, qui déroule toujours là d'immenses lames écumeuses sur des écueils qui forment l'enceinte de son port; du côté du nord , celui par lequel nous arrivions , elle est entourée de jardins délicieux , qui semblent sortir par enchantement du désert , pour couronner et ombrager ses remparts : on marche sous la voûte élevée et odorante d'une forêt de palmiers, de grenadiers chargés de leurs étoiles rouges , de cèdres maritimes au feuillage de dentelle, de citronniers , d'orangers, de figuiers, de limoniers, grands comme des noyers d'Europe, et pliant sous leurs fruits et sous leurs fleurs; l'air n'est qu'un parfum soulevé et répandu par la brise de la mer; le sol est tout blanc de fleurs d'orangers , et le vent les balaie comme chez nous les feuilles mortes en automne : de
distance en distance , des fontaines turques en mosaïque de marbres de diverses couleurs, avec des tasses de cuivre attachées à des chaînes, offrent leur eau limpide au passant, et sont toujours entourées d'un groupe de femmes qui se lavent les pieds et puisent Teau dans des urnes aux formes antiques. La ville élève ses blancs minarets, ses terrasses crénelées , ses balcons en ogive moresque , du sein de cet océan d'arbustes embaumés, et se détache, à iWient, du fond blanc de sable qu'étend immédiatement derrière elle l'immense désert qui la sépare de l'Egypte. C'est près d'une de ces fontaines que nous découvrîmes tout à coup une troisième cavalcade, à la tète de laquelle s'avançait, sur une jument blanche , M. Damiani le père , agent consulaire de plusieurs nations européennes, et Tun des personnages les plus importants de Jaffa. Son costume grotesque nous fit sourire : il était vêtu d'un vieux cafetan bleu de ciel, doublé d'hermine, et serré par une ceinture de soie cramoisie; ses jambes nues sortaient d'un large pantalon de mousseline sale , et il était coiffé d'un immense chapeau à trois cornes, lissé par les années et imbibé de sueur et de poussière, attestant de nombreux services pendant la campagne d'Egypte. Mais l'excellent accueil et la cordialité patriarcale de notre vieux vice-consul arrêtèrent le sourirQ sur nos lèvres , et ne laissèrent place dans nos cœurs qu'à la reconnaissance que nous lui témoignâmes. Il était accompagné de plusieurs de ses gendres et de ses enfants et petits-enfants, tous à cheval comme lui. Un de ses petits-fils, enfant de douze à quatorze ans, qui caracolait sur une jument arabe , sans bride , autour de son