VII
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grand-père, est bien la plus admirable figure d'enfant que j'aie vue de ma vie.
M. Damiani marcha devant nous , et nous conduisit , au milieu d'une immense population pressée autour de nos chevaux , jusqu'à la porte de sa maison , où nos nouveaux amis nous saluèrent et nous laissèrent aux soins de notre hôte.
La maison de M. Damiani est petite , mais admirablement assise au sommet de la ville et dominant les trois horizons de la mer, de la côte de Gaza et d'Âscalon vers l'Egypte, et du rivage de Syrie du côté dxi nord. Les chambres sont entourées et surmontées de terrasses découvertes où joue la brise de mer, et d'où Ton découvre, à dix lieues en mer, la moindre voile qui traverse le golfe de Damiette. Ces chambres n'ont pas de fenêtres, le climat les rend superQues : l'air a toujours la tiédeur de DOS plus belles journées de printemps ; un mauvais abatjour mal joint est le seul rempart que l'on interpose entre le soleil et soi. On partage avec les oiseaux du ciel ces demeures que l'homme s'est préparées : et dans le salon de M. Damiani , sur les étagères de bois qui régnent autour de l'appartement, des centaines de petites hirondelle^ au collier rouge étaient posées à côté des porcelaines de la Chine , des tasses d'argent et des tuyaux de pipe qui décorent les corniches. Elles voltigeaient tout le jour au-dessus de nos lètes, et venaient, pendant le souper, se suspendre jusque sur les branches de cuivre de la lampe qui éclairait le repas.
La famille se compose de M. Damiani père, figure indécise entre le patriarche et le marchand italien, mais
OÙ le patriarche prédomine; de madame Damiani la mère , belle femme arabe , mère de douze enfants , maie conservant encore dans ses formes et dans son teint l'éclat et la fraîcheur de la beauté turque; de plusieurs jeunes filles , presque toutes d'une beauté remarquable , et de trois fils dont nous connaissons déjà Taîné. Les deux autres furent pour nous de la même prévenance et de la même utilité. Les femmes ne montaient pas dans les appartements. Elles ne parurent qu'une fois en habits de cérémonie et couvertes de leurs plus riches bijoux , et se mirent à table à un seul repas avec nous. Le reste du temps, elles étaient occupées à nous préparer nos repas dans une petite cour intérieure, où nous les apercevions en sortant de la maison et en y entrant. Les jeunes gens, élevés dans le respect que les coutumes orientales commandaient au fils pour leur père , ne s'asseyaient jamais non plus avec nous pendant les repas. Ils se tenaient debout derrière leur père , et veillaient à ce que rien ne manquât aux convives.
A. peine entrés dans la maison, nous reçûmes la visite d'un grand nombre d'habitants du pays qui vinrent nous féliciter et nous offrir leurs services. On prit le café , on apporta les pipes, et la soirée se passa dans les conversations, intéressantes pour nous, que notre curiosité provoquait. Le gouverneur de Jaffa, que j'avais envoyé complimenter par mon interprète, ne tarda pas à venir lui-même nous rendre visite. C'était un jeune et bel Arabe revêtu du plus riche costume, et dont les manières et le langage attestaient la noblesse du cœur et l'élégance exquise des habitudes. J'ai peu vu de plus belles tètes d'homme. Sa
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barbe noire et soignée descendait en ondes luisantes et s'étendait en éventail sur sa poitrine; sa main, dont les doigts étincelaient d'énormes diamants , jouait sans cesse dans les flots de cette barbe et y passait et repassait constamment pour Tassouplir et la peigner. Son regard était fier, doux et ouvert , comme le regard de tous les Turcs en général. On sent que ces hommes n'ont rien à cacher ; ils sont francs parce qu'ils sont forts : ils sont forts , parce qu'ils ne s'appuient jamais sur eux-mêmes et sur une vaine habileté , mais toujours sur l'idée de Dieu qui dirige tout , sur la Providence qu'ils appellent fatalité. Placez un Turc entre dix Européens, vous le reconnaîtrez toujours à l'élévation du regard, à la gravité de la pensée imprimée sur ses traits par l'habitude, et à la noble simplicité de Texpression. Le gouverneur avait reçu de Méhémet-Ali , et d Ibrahim-Pacha des lettres qui me recommandaient fortement à lui. J'ai ces lettres. Je lui en fis lire une autre d'Ibrahim que je portais avec moi. En voici le sens :
« Je suis informé que notre ami (ici mon nom] est ar- « rivé de France avec sa famille et plusieurs compagnons « de voyage , pour parcourir les pays soumis à mes ar- « mes et connaître nos lois et nos mœurs. Mon intention a est que toi , et tous mes gouverneurs de ville ou de a province , les commandants de mes flottes^ les géné- « raux et officiers commandant mes armées, vous lui dona niez toutes les marques d'amitié , vous lui rendiez tous « les services que mon affection pour lui et pour sa nation ce me commandent ; vous lui fournirez , s'il le demande , « les maisons, les chevaux, les vivres dont il aura besoin,
« lui et ia suite. Vous lui procurerez les moyens de vi- « siter toutes les parties de nos États qu'il désirera voir ; « vous lui donnerez des escortes aussi nombreuses que « sa sûreté, dont vous répondez sur votre tête, l'exigera; a et si même il éprouvait des difficultés à pénétrer dans a certaines provinces de notre domination , par le fait a des Arabes , vous ferez marcher vos troupes pour asa surer ses excursions , etc. »
Le gouverneur porta cette lettre à son front après Ta* voir lue et me la remit. 11 me demanda ce qu'il pouvait faire pour obéir convenablement aux injonctions de son maître , et s'informa des lieux où je désirais aller. Je nommai Jérusalem et la Judée. A ces mots , lui , ses officiers, MM. Damiani, les Pères du couvent de Terre- Sainte à Jaffa, qui étaient présents, se récrièrent et me dirent que la chose était impossible ; que la peste venait d'éclater, avec l'intensité la plus alarmante, à Jérusalem , à Bethléem et sur toute la route , qu'elle était même à Ramla, première ville qu'on a à traverser pour aller à Jérusalem ; que le pacha venait de mettre en quarantaine tout ce qui revenait de la Palestine ; qu'à supposer que je fusse assez téméraire pour y pénétrer et assez heureux pour échapper à la pesle, je ne pourrais peut-être pas rentrer en Syrie de plusieurs mois ; qu'enfin les couvents, où les étrangers reçoivent l'hospitalité dans la Terre- Sainte , étaient tous fermés ; que nous ne serions reçus dans aucun , et qu'il fallait, de toute nécessité, remettre à une autre époque et à une saison plus favorable le voyage que je projetais dans l'intérieur de la Judée. Ces nouvelles m'affligèrent vivement , mais n'ébranlè-
rent pas ma résolution. Je répondis au gouverneur que , bien que je fusse né dans une autre religion que la sienne, je n'en adorais pas moins que loi la souveraine volonté d*Âllah : que son culte à lui s'appelait fatalité et le mien providence ; mais que ces deux mots différents n'exprimaient qu'une môme pensée : Dieu est grand ! Dieu est ^ — ift mnftrft ! ^f/gh jyf f ITT * q"^ j'étais vonu de si loin , à travers tant de mers, tant de montagnes et tant de plaines , pour visiter les sources d'où le christianisme avait coulé sur le monde, pourvoir la ville sainte des chrétiens, et comparer les lieux avec les histoires; que j'étais trop avancé pour reculer et remettre à l'incertitude des temps et des choses un projet presque accompli ; que la vie d'un h«mme n'était qu'une goutte d'eau dans la mer, un grain de sable dans le désert , et ne valait pas la peine d'être comptée; que d'ailleurs ce qui était écrit était écrit, et que si Allah voulait me garder de la peste au milieu des pestiférés de Judée , cela lui était aussi aisé que de me garder de la vague au milieu de la tempête, ou des balles des Arabes sur les bords du Jourdain ; qu'en conséquence 1 je persistais à vouloir pénétrer dans l'intérieur et entrer 1 même à Jérusalem , quel qu'en fût le péril pour moi ; ; mais que ce que je pouvais décider de moi , je ne pouvais \ et ne voulais le décider des autres, et que je laissais tous mes amis, tous mes serviteurs , tous les Arabss qui m'accompagnaient, maîtres de me suivre ou de rester à Jaffa, selon la pensée de leurs cœurs. Le gnnvftrnftur alr^r» ^ récria sur ma soumission à la volontéjrAliah , me dit
qu'if ne souffrirait gas que je m^expoagsse sei gersitel£TOUte et de la peste, et qu!il allait faire choisir .
dans les jgoùpes en garnison à JalYa , quelques soldats courageux et disciplinés qu'il mettrait entièrement sous mon commandement, et qui garderaient ma caravane pendant la marche et mes tentes pendant la nuit , pour^ nous préserver du contact avec les pestiférés. Il d^ôcha aussi à rinstant même un cavalier au gouverneur de Jérusalem , son ami , pour lui annoncer mon voyage , et me recommander à lui, et il se retira. Nous délibérâmes alors, mes amis et moi ; nos domestiques même furent appelés à ce conseil sur ce que chacun de nous voulait faire. Après quelques hésitations, tous réscflurent à l'unanimité de tenter la fortune et de courir la chance de la peste plutôt que de renoncer à voir Jérusalem. Le départ fut arrêté pour le surlendemain. Nous nous couchâmes sur les nattes et sur les divans de la salle de M. Damiani, et nous nous réveillâmes au gazouillement des innombrables hirondelles qui voltigeaient sur nos tètes dans l'appartement.
La journée se passa à rendre les visites que nous avions reçues , au gouverneur et au supérieur du couvent de Terre-Sainte à Jaffa, vénérable religieux espagnol qui habite Jaffa depuis l'époque où les Français y vinrent , et qui nous certifia la vérité de l'empoisonnement des pestiférés.
Jaffa ou Yaffa , l'ancienne Joppé de l'Écriture , est un des plus anciens et des plus célèbres ports de l'univers. Pline en parle comme d'une cité antédiluvienne. C'est là, selon les traditions , qu'Andromède fut attachée au roc et exposée au monstre marin ; c'est là que Noé construisit l'Arche ; c'est là que les cèdres du mont Liban abordaient
par ordre de Salomon , pour servir à la construction du temple. Jonas, le prophète, s*y embarqua huit cent soixante-deux ans avant le Christ. Saint Pierre y ressuscita Tabitha. La ville fut fortifiée par saint Louis, dans le temps des croisades. En 4799, Bonaparte la prit d'assaut et y massacra les prisonniers turcs. Elle a un méchant port pour les barques seulement , et une rade trèsdangereuse comme nous réprouvâmes nous-mêmes à. notre second voyage par mer. On compte à Jaiïa cinq à six mille habitants , Turcs, Arabes, Arméniens, Grecs, Catholiques et Maronites. Chacune de ces communions y a une église. Le couvent latin est magnifique. On l'embellissait encore à notre passage ; mais nous n'éprouvâmes pas l'hospitalité de ces.religieux. Leurs vastes appartements ne s'ouvrirent ni pour nous, ni pour aucun des étrangers que nous rencontrâmes à Jaffa. Ils restent déserts pendant que les pèlerins cherchent avec peine l'abri de quelque misérable kan turc , ou l'hospitalité onéreuse de quelque pauvre toit de Juif ou d'Arménien habitant de Jaffa.
Aussitôt hors des murs de Jaffa , on entre dans le grand désert d'Egypte. Décidé alors à aller au Caire' par cette route , je fis partir un courrier pour El-Arich , afin d'y louer des dromadaires pour passer le désert. La route de Jaffa au Caire peut se faire ainsi en douze ou quinze jo.urs. Mais elle offre de grandes privations et de grandes difficultés. Les ordres du gouverneur de Jaffa et l'obligeance des principaux habitants de la ville en relation avec ceux de Gaza et d'Ël-Arich les avaient beaucoup aplanies pour moi.
Le gouverneur nous envoya quelques cavaliers et huit fantassins choisis parmi les hommes les plus braves et les plus policés du dépôt de troupes égyptiennes qui lui restaient. Ils campèrent cette nuit même à notre porte. Au lever de l'aurore, nous étions à cheval. Nous trouvâmes, à la porte de la ville , du côté de Ramla , une foule de cavaliers appartenant à toutes les nations qui habitent JafTa. Ils coururent le djérid autour de nous, et nous accompagnèrent jusqu'à une magnifique fontaine, ombragée de sycomores et de palmiers, qu'on rencontre à une heure de marche. Là , ils déchargèrent leurs pistolets en notre honneur, et reprirent le chemin de la ville. Il est impossible de décrire la nouveauté et la magnificence de végétation qui se déploie des deux côtés de cette route , eu quittant JafTa. A droite et à gauche , c*est une forêt variée de tous les arbres fruitiers et de tous les arbustes à fleurs de l'Orient. Cette forêt, divisée en compartiments par des haies de myrtes , de jasmins et de grenadiers , est arrosée de filets d'eau échappés des belles fontaines turques dont j'ai parlé. Dans chacun de ces enclos on voit un pavillon ouvert, ou une tente sous lesquels la familte qui les possède vient passer quelques semaines au printemps ou en automne. Trois piquets et un morceau de toile forment une maison de campagne pour ces heureuses familles. Les femmes couchent sur des nattes et sur des coussins sous la tente , les hommes couchent en plein air sous la voûte des citronniers et des grenadiers. Les melons, les pastèques, les figuiers de trentedeux espèces qui ombragent ces lieux enchantés , fournissent les tables ; à peine y ajoute-t-on , de temps en
temps, UD agûeau élevé par les enfants, et dont on fait , comme du temps de la Bible , le sacrifice aux jours solennels. Jaffa est le lieu de tout l'Orient qu'un amant de la nature et de la solitude devrait choisir pour passer les hivers. Le climat est la transition la plus indécise entre les déserts dévorants de TÉgypte et les pluies des côtes de Syrie , en automne. Si j'étais maître de choisir mon séjour, j'habiterais le pied du Liban, Saïde , Bayruth ou Latakié pendant le printemps et l'automne ; les hauteurs du Liban pendant les chaleurs de l'été , rafraîchies par les vents de mer , par le souffle qui sort de la vallée des Cèdres et par le voisinage des neiges ; et l'hiver , les jar* dinsde Jaffa. Jaffa a quelque chose, dans son ciel et dans son sol , de plus grandiose , de plus solennel , de plus coloré , qu'aucun des sites que j'ai parcourus. L'œil ne s'y repose que sur une mer sans limites et bleue comme son ciel ; sur les immenses grèves du désert d'Egypte , où l'horizon n'est interrompu de temps en temps que par le profil d'un chameau qui s'avance avec l'ondoiement d'une vague ; et sur les cimes vertes et jaunesdes innombrables bois d'orangers qui se pressent autour de la ville. Tous les costumes des habitants ou des voyageurs qui animent ces routes sont pittoresques et étranges. Ce sont des Bédouins de Jéricho ou de Tibériade revêtus de l'immense plaid de laine blanche ; des Arméniens aux longues robes rayées de bleu et de blanc ; des Juifs de toutes les parties du globe et sous tous les vêtements du monde , caractérisés seulement par leurs longues barbes , et par la noblesse et la majesté de leurs traits : peuple roi , mal habitué à son esclavage , et dans les regards duquel on
découvre le souvenir et la certitude de grandes destinées, derrière l'apparente humiliation du maintien et l'abaissement de la fortune présente ; des soldats égyptiens vêtus de vestes rouges, et tout à fait semblables à nos conscrits français par la vivacité de l'œil et la rapidité de la marche. On sent que le génie et l'activité d'un grand homme ont passé en eux et les animent pour un but inconnu. Enfin ce sont ,des agas turcs passant fièrement sur le chemin , montés sur des chevaux du désert et suivis d'Arabes et d'esclaves noirs ; de pauvres familles de pèlerins grecs assis au coin d'une rue , mangeant dans une écuelle de bois le riz ou l'orge bouillis, qu'ils ménagent pour arriver jusqu'à la ville sainte; et de pauvres femmes juives à demi vêtues , et succombant sous l'énorme fardeau d'un sac de haillons , chassant devant elles des ânes dont les deux paniers sont pleins d'enfants de tout âge. Mais revenons à nous.
Nous marchions gaiement, essayant de temps en temps la vitesse de nos chevaux contre celle des chevaux arabes que montaient MM Damiani et les fils du vice-consul de Sardaigne. Ces deux jeunes gens, fils d'un riche négociant arabe de Ramla , établi maintenant à Jaffa , avaient voulu nous accompagner jusqu'à Ramla : ils avaient envoyé , le matin , leurs esclaves pour nous préparer la maison de leur père et le souper. Nous étions suivis encore d'un autre personnage qui s'était joint volontairement à notre caravane et qui nous surprit par la bizarre magnificence de son costume européen : c'était un petit jeune homme de vingt à vingt-cinq ans, d'une figure joviale et grotesque , mais fine et spirituelle. Il avait un
immense turban de mousseline jaune , un habit vert de la forme de nos habits de cour, à collet droit et à larges basques , brodé de larges galons d*or sur toutes les coutures; des pantalons collants de velours blanc, et des bottes à revers ,. ornées d'une paire d'éperons à chaînes d'argent. Un kandgiar lui servait de couteau de chasse, et une paire de pistolets , incrustés de ciselures d'argent, sortaient de sa ceinture et battaient contre sa poitrine.
Sorti d'Italie dans son enfance, il avait été jeté en Egypte par je ne sais quelle vague de fortune , et se trouvait, depuis quelques années , à Jaffa ou à Ramia , exerçant son art dans les montagnes de Judée aux dépens des scheiks et des bédouins qui ne faisaient pas sa fortune. Sa conversation nous amusa beaucoup , et j'aurais désiré l'emmener avec moi à Jérusalem et dans les montagnes de la mer Morte , qu'il paraissait connaître parfaitement ; mais ayant vécu en Orient depuis plusieurs années , il y avait contracté l'invincible terreur que les Francs y prennent de la peste , et aucune de mes offres ne parvint à le séduire. — En temps de peste , me dit-il , je ne suis plus médecin ; je n'y connais qu'un remède : partir assez vile, aller assez loin , et demeurer assez longtemps pour que le mal ne puisse vous atteindre. Il avait l'air de nous regarder avec pitié, comme des victimes prédestinées à aller chercher la mort à Jérusalem , et d'un si grand nombre d'hommes que nous étions, il ne comptait en revoir que bien peu au retour. — Il y a quelques jours, me dit-il , que je me trouvais à Acre ; un voyageur revenant de Bethléem frappa à la porte du couvent des Pères de Saint-François, ils ouvrirent; ils étaient sept. Le sur-
lendemain les portes du couvent étaient murées par Tordre du gouverneur; le pèlerin et les sept religieux étaient morts en vingt-quatre heures.
Cependant nous commencions à apercevoir la tour et les minarets de Ramla qui s'élevaient devant nous, du milieu d'un bois d'oliviers dont les troncs sont aussi gros que ceux de nos plus vieux chênes.
Ramla , anciennement Rama Éphraïm , est l'ancienne Ârimalhie du Nouveau-Testament; elle renferme environ deux mille familles. Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne , vint y fonder un couvent latin qui subsiste encore : les Arméniens et les Grecs y possèdent aussi des couvents pour le secours des pèlerins de leurs nations qui vont en Terre-Sainte. Les anciennes églises ont été converties en mosquées ; dans une des mosquées se trouve le tombeau en marbre blanc du mameluck Ayoud-Bey, qui s'enfuit d'Egypte à l'arrivée des Français, et mourut à Ramla. En entrant dans la ville , nous nous informons si la peste y exerçait déjà ses ravages ; deux religieux , arrivés de Jérusalem , venaient d'y mourir dans la journée : le couvent était en quarantaine. Nos nouveaux amis de Jaffa nous conduisirent à leur maison, située au milieu de la ville. Un Arabe, ancien chaudronnier, dit-on, mais aimable et excellent homme , habitait la moitié de cette maison et exerçait les fonctions d'agent consulaire pour je ne sais quelle nation d'Europe; cela lui donnait le droit d'avoir un drapeau européen sur le toit de sa maison : c'est la sauvegarde la plus certaine contre les avanies des Turcs et des Arabes. Un excellent souper nous attendait : nous eûmes le plaisir de trouver des chaises, des