SUR LA MORT DE SA FILLE
Puis un ange était là I... L*étoile qui scintille, Quand la nuit sur le ciel fait flotter ses cheveux, Est moins douce aux regards que cette jeune fille Qui vous nommait son père, et comblait tous vos vœux...
Combien ces tendres soins parfumaient votre vie I Vos jours coulaient près d'elle inondés de bonheur ; Tout à coup , ô destin I elle vous est ravie 1 Morte I ! ! morte à douze ans ! ... Tu Tas voulu , Seigneur ! . . .
Moi je sais la douleur, inconsolable père.
Je suis jeune , et pourtant j'ai déjà bien pleuré ;
Et j*ai compris vos maux , quand votre enfant si chère ,
S'enfuit comme une sainte au palais éthéré.
Il est cruel , poignant , de perdre ceux qu'on aime, C'est un énorme poids qui tombe sur le cœur.
La mort, monstre inhumain, qui fit pâlir Dieu même, Enveloppe nos jours d'un réseau de douleur.
Qui vous eût dit , hélas 1 que la vierge naïve Que vous veniez baiser au front chaque matin Serait comme la fleur dans les déserts captive , Qu'un souille du simoun finirait son destin 1
Mais sur ce globe sombre où toujours le géni« A chacun de ses pas brise une illusion , Et ne trouve en passant dans les champs de la vie Que chagrins et déception ;
351 A M. A. DB LAMAHTINE,
Ah! dites } qu'aurait fait votre fille, ô poêle! Si dès le frais matin de seg joyeux quioze ans , Émue au bruit des veuts jouant dans la tempête, Elle avait essayé de timides accents?
Ah ! ce qu'elle aurait fait?... Dans un jour de délire, Au livre de la gloire elle aurait voulu lire ! Sous ses doigts délicats votre harpe eût vibré ; Sa belle âme eût plané loin , bien loin de la terre; Elle eût voulu des cieux sonder le grand mystère , Et triste, ainsi que moi, peut-être elle eût pleuré !...
Elle ne pleura point... De son jeune visage
Le soleil d'Orient dévorait les couleurs;
Dieu lui dit : « Viens, enfant, fuis cette aride plage,
« Viens , dirige tes pas vers le sacré rivage ;
« D'une gloire immortelle on y cueille les fleurs... »
Loin d'un père adoré si Ton peut être heureuse. Elle Test au séjour du bonheur éternel ; Mais de ce lieu d'exil , son ombre vaporeuse Sans doute quelquefois descend toute rêveuse , El vient errer le soir près du toit paternel....
A l'heure où tout s'endort , lorsqu'une fraîche brise Passe comme un oiseau sur les bords de l'Autise*, Sous un bosquet ombreux , Lamartine, je fuis. Pour pleurer Julia dans le calme des nuits;
* Petite rIvWre.
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Puis je crois voir un ange aux deux ailes de flamme, Qui me montre une étoile , en disant : C'est son âme ! L'astre charmant sur moi jette un regard d'amour, Et son rayon se glisse au terrestre séjour...
Écoutons : la nuit en silence Roule son char vers le couchant; La pâle lune se balance Entre des nuages d'argent :
Oh ! quel charme dans la nature !
Le zéphyr mollement murmure , La blanche colombe a gémi ; Le rossignol plaintif soupire Des airs doux comme le sourire D'un enfant qui dort à demi !
Combien d'images gracieuses A mes regards viennent s'offrir !
Des ombres en robes soyeuses Autour de moi semblent courir !
Des voix qui n'ont rien de la terre Parlent tout bas avec mystère Près de moi , pauvre solitaire , Qui rêve quand le jour a fui ; Qu'il est sublime, ce langage I Le doux bruit des flots sur la plage Est moins harmonieux que lui I
3M A M A. DE LAMAKTiNfi,
Vous dont la parole magique Semble un soupir du roi des deux ; Poè'te à la voix séraphique , Vous, rOvide des cœurs pieux, N*est-ce pas? Oui , c'était bien Theure Où pensif au pied des autels , Comme un timide^nfant qui pleure , Vous disiez vos vers immortels?
Oh I reprenez encor la lyre , Invoquez le grand Jéhova ; Gomme un chérubin qui délire , Chantez... la terre applaudira...
Mais si vous gardez le silence , Si désormais Ton n'entend plus Cette harmonieuse cadence Qui vibrait aux cœurs des élus ;
Quel autre après vous , grand poète , Osera louer le Seigneur?
Qui saisira cette palette , Éblouissante de fraîcheur?
Qui serait assez téméraire
Pour vous suivre au plus haut des cieux ,
Et jusqu'au sacré sanctuaire
Poser un pied audacieux?
Qui pourrait, planant dans Fespace , Comme Taigle amant des déserts,
SUR LA MORT DB SA FILLB. tt7
Du Trèa-Haat conlempler la face Que voile le feu des éclairs?
Quel autre le soir, sur la grève , Modulerait des chants plaintifs Au bruit de Tonde que soulève La rame des légers esquifs?
Oh ! reprenez encor la lyre , Invoquez le grand Jéhova ; Comme un chérubin qui délire , Chantez... la terre applaudira.
Hier, à Fheure où la nuit pâle Vient couvrir le vaste univers , Un fantôme en robe d'opale Glissa lentement sur les airs ; Puis une douce symphonie Roula des torrents d'harmonie Enivrants à faire mourir ; Et Tombre au céleste visage Fit entendre au vallon sauvage Sa voix faible comme un soupir...
« Chantre du Dieu puissant qui nous donna la vie , « Doux ami qui souvent m'endormis sur ton cœur ; « Mon père, entends la voix de ton enfant chérie : a Oh ! célèbre encor le Seigneur !
« Et puis souris aux chants d'une humble jeune fille ,
S5S K M. A. DE LAMAHTIME.
« Pauvre fleur du désert, faible étoile qui brille, « Ou plutôt qui s'éteint sous un ciel tout en deuil ; « A peine de la vie elle a toucbé le seuil , u Que la main du malheur pâlit son front qui penche : a Mon père , souvienft4oi de cette rose blanche « Qu'elle jette sur mon cercueil... »