‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 85 sur 88 · RÉPONSE DE M. REBOUL · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M. REBOUL

DB HMES,

Juillet 1850.

Mon nom , qu*a prononcé ton généreux délire , Dans la tombe avec moi ne peut être emporté ; Car toute chose obscure , en passant par ta lyre Se revêt d'immortalité.

S*il est vrai que ma muse en plus d'une mémoire  laissé des accords et des pensers touchants , Chantre ami , qu'à toi seul en retourne la gloire ! Mes chants naquirent de tes chants.

C'est toi qui , faisant naître en mon âme ravie Cet espoir de laisser un noble souvenir, Me fois sacrifier, chaque jour de ma vie , Sur les autels de l'avenir.

* Voir la haUième barmonie, adressée par M. de Lamartioe h M. Reboal , p. 204.

RÉPONSE DE M. REBOllL. 3t9

C'est toi qui fus pour moi cet ange de lumière Qui se laisse tomber du haut du firmament , Et qui sur le palais comme sur la chaumière Se repose indifféremment.

Tu t'abattis vers moi. Des sphères immortelles Tu me vantas l'éclat , les chœurs mystérieux , Et soudain comme toi je secouai mes ailes Et nous partîmes pour les cieux.

Quelle extase inconnue a subjugué mon être !

Quel jour éblouissant mes yeux ont vu paraître !

Et quel concert ai-je entendu 1 Dans ces ravissements mon âme s*évapore ; Et je voulais franchir quelques mondes encore...

Sans toi je m'y serais perdu.

Mais tu m'as dit : Voilà l'inflexible barrière ; Tu vas voir s'éclipser nos songes de lumière.

Descendons , les ordres divins Veulent que ce bonheur, ces clartés sans mélange , Passent rapidement pour que l'homme, de l'ange

N'envahisse pas les destins.

Attendons que le temps ait achevé sa course ; Que la mort à l'esprit abandonne la source

De celle pure volupté ; Que des jours éternels l'astre éternel se lève , Alors , la terre alors ne sera que le rêve ,

Et le ciel la réalité !

380 HÉPOKSE t>E M. REBOdL.

Et quand tu me rendis aux terrestres domaines, Je sentir s*allumer une fièvre en mes veines

Dont rien n'a pu calmer l'ardeur, Si ce n*est une lyre entre mes mains vibrante , Et faisant apparaître une image enivrante

De tout ce qu'éprouva mon cœur.

Rayons dont s'inonda mon avide paupière ,

Ehl comment, replongé dans cette ombre grossière,

Comment ne pas vous exalter I Ineffables accords des célestes génies.

Gomment, en retrouvant dliumaines harmonies,

Comment ne pas vous répéter 1

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