‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 86 sur 88 · PAR M. VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

PAR M. VICTOR HUGO

Or, sachant ces choses, nous venons enseigner aux hommes la crainte de Dien.

Il y Cor , V.

Octobre 4825.

Pourtant je m'étais dit : « Abritons mon navire; Ne livrons plus ma voile au vent qui la déchire ; Cachons ce luth Mes chants peut-être auraient vécu !... Soyons comme un soldat qui revient sans murmure Suspendre à son chevet un vain reste d'armure , Et s'endort, vainqueur ou vaincu! »

Je ne demandais plus à la Muse que j'aime Qu'un seul chant pour ma mort, solennel et suprême I Le poète avec joie au tombeau doit s'offrir; S'il ne souriait pas au moment où l'on pleure ,

Chacun lui dirait : « Voici l'heure l a Pourquoi ne pas chanter, puisque tu vas mourir? »

* Voir la réponse de M. de Lamartine, p. 217.

Mt ÔDË

C*est que la mort n'est pas ce que la foule en pense ! C'est l'instant où notre âme obtient sa récompense , Où le fils exilé rentre au sein paternel.

Quand nous penchons près d'elle une oreille inquiète, La voix du trépassé , que nous croyoQS muette , A commencé l'hymne éternel !

Plus tôt que je n'ai dû , je reviens dans la lice ; Mais tu le veux, ami ! ta muse est ma complice; Ton bT9s m'a réveillé; c'est toi qui m'as dit : a Va! « Dans la mêlée encor jetons ensemble un gage.

« De plus en plus elle s'engage.

« Marchons , et confessons le nom de Jéhova 1 »

J'unis donc à tes chants quelques chants téméraires. Prends ton luth immortel : nous combattrons en frères Pour les mêmes autels et les mêmes foyers.

Montés au même char, comme un couple homérique , Nous tiendrons , pour lutter dans l'arène lyrique , Toi la lance , moi les coursiers.

Puis , pour faire une part à la faiblesse huinaine , Je ne sais quelle pente au combat me ramène.

J'ai besoin de revoir ce que j'ai combattu , De jeter sur l'impie un dernier anathème ,

De te dire, à loi, que je t'aiihe, Et de chanter encore un hymne à la vertu I

Ah ! nous ne sommes plus au temps où le poète Parlait au ciel en prêtre , à la terre en prophète h*^ Que Moïse , Isaïe , apparaisse en nos champs , Les peuples quMls viendront juger, punir, absoudre , Dans leurs yeux pleins d'éclairs méconnaîtront la foudre Qui tonne en éclats dans leurs chants.

Vainement ils iront s'écriant dans les villes :

a Plus de rébellions! plus de guerres civile&i

« Aux autels du Veau d*or pourquoi danser toujours?

« Dagon va s'écrouler ; Baal va disparaître.

a Le Seigneur a dit à son prêtre :

c — Pour faire pénitence, ils n'ont que peu de jours!

a Rois , peuples , couvrez-vous d'un sac souillé de cendre \ « Bientôt sur la nuée un juge doit descendre. « Vous dormez ! que vos yeux daignent enfin s'ouvrir, a Tyr appartient aux flots , Gomorrhe à l'incendie , a Secouez le sommeil de votre âme engourdie , a Et réveillez-vous pour mourir !

« Ah ! malheur au puissant qui s'enivre en des fêtes , « Riant de l'opprimé qui pleure , et des prophètes ! a Ainsi que Balthazar ignorant ses malheurs , « Il ne voit pas , aux murs de sa salle bruyante , (( Les mots' qu'une main flamboyante

Ml ODE

a Trace en lettres de feu parmi les nœuds de fleurs !

« Il sera rejeté comme ce noir Grénie , f Effrayant par sa gloire et par son agonie , « Qui tomba jeune encor, dont ce siècle est rempli. « Pourtant Napoléon du monde était le faîte.

« Ses pieds éperonnés des roi^ pliaient la tète , « fit leur tète gardait le pli.

f Malheur donc I — Malheur même au mendiant qui frappe, « Hypocrite et jaloux , aux portes du satra|>e ! « A Tesclave en ses fers I au maître en son château ! « A qui, voyant marcher l'innocent aux supplices,

« Entre deux meurtriers complices , f N'étend point sous ses pas son plus riche manteau !

« Malheur à qui dira : — Ma mère est adultère ! « A qui voile un cœur vil sous un langage austère ! « A qui change en blasphème un serment effacé ! « Au flatteur médisant , reptile à deux visages! « A qui s'annoncera sage entre tous les sages ! « Oui , malheur à cet insensé !

« Peuples, vous ignorez le Dieu qui vous fit naître ; « Et pourtant vos regards le peuvent reconnaître « Dansvosbiens, dans vos maux, à toute heure, entoutlieul « Un Dieu compte vos jours , un Dieu règne en vos fêtes.

« Lorsqu'un chef vous mène aux conquêtes , « Le bras qui vous entraîne est poussé par un Dieu I

« A sa voix , en vos temps de folie et de crime , « Les révolutions ont ouvert leur abîme.

« Les justes ont versé tout leur ^ng précieux ; « Et les peuples , troupeau qui dormait sous le glaive , « Ont vu , comme Jacob, dans un étrange rêve , « Des anges remonter aux cieux4

f Frémissez donc ! Bientôt , annonçant sa venue , « Le clairon de l'Archange entr'ouvrira la nue. « Jour d'éternels tourments 1 jour d'étemel bonheur î « Resplendissant d'éclairs , de rayons, d'auréoles,

« Dieu vous montrera vos idoles , « Et vous demandera : — Qui donc est le Seigneur?

« La trompette , sept fois sonnant dans les nuées , a Poussera jusqu'à lui , pâles, exténuées, « Les races à grands flots se heurtant dans la nuit ; a Jésus appellera sa mère virginale ; « Et la porte céleste , et la porte infernale a S'ouvriront ensemble avec bruit!

« Dieu vous dénombrera d'une voix solennelle.

a Les rois se courberont sous le vent de son aile.

« Chacun lui postera son espoir, ses remords.

« Sous les mers, sur les monts, au fond des catacombes,

« A travers le marbre des tombes , a Son souffle remûra la poussière des morts I

« siècle ! arrache-toi de tes pensers frivoles. « L'air va bientôt manquer dans l'espace où tu voles 1 lu. ss

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