SEPTIEME NOTE
Hàtons-nous, mes amis, voici riiciirc du bain.
Il est à peu près temps que j'aille au bain , car il me semble qu'il est mieux de ne boire le poison ([u'après m'être baigné , et d'épargner aux femmes la peine de laver un cadavre.
Quand Socrate eut achevé de parler, Criton prenant la parole : A la bonne heure, Socrate, lui dit-il; mais n'as-tu rien à nous recommander, à moi et aux autres, sur tes enfants ou sur toute autre chose où nous pourrions te rendre service ?
Ce que je vous ai toujours recommandé, Criton; rien de plus : ayez soin de vous ; ainsi vous me rendrez service , à moi, à ma famille, à vous-mêmes, alors même que vous ne me promettriez rien présentement ; au lieu que si vous vous négligez vous-mêmes , et si vous ne voulez pas suivre comme à la trace ce que nous venons de dire , ce que nous avions dit il y a longtemps, me fissiez-vous aujourd'hui les promesses les pins vives, tout cela ne servira pas à grand'chose.
Nous ferons tous nos efforts, répondit Criton, juiiir nous conduire ainsi ; mais comment t'ensevelirons-nous?
Tout comme il vous plaira, dit-il , si toutefois vous pouvez me saisir, et que je ne vous échappe pas. Puis, en môme temps , nous regardant avec un souiire plein de douceur : Je ne saurais venir à bout , mes amis, de persuader à Criton que je suis le Socrate qui s'entretient avec vous, et qui (udiiuiie toutes
les parties de son discours; il s'imagine toujours que je suis celui qu'il va voir mort tout à l'heure , et il me demande comment il m'ensevelira; et tout ce long discours ([ue je viens de faire pour vous prouver que, dès que j'aurai avalé le poison, je ne demeurerai plus avec vous, mais que je vous quitterai, et irai jouir des félicités ineffables, il me paraît que j'ai dit tout cela en pure perte pour lui , comme si je n'eusse voulu que vous consoler et me consoler moi-même. Soyez donc mes cautions auprès de Criton, mais d'une manière toute contraire à celle dont il a voulu être la mienne auprès des juges : car il a répondu pour moi que je ne m'en irais point ; vous, au contraire, répondez pour moi que je ne serai pas plus tôt mort que je m'en irai , afin que le pauvre Criton prenne les choses plus doucement, et qu'en voyant brûler mon corps, ou le mettre en terre , il ne s'afflige pas sur moi , comme si je souffrais de grands maux , et qu'il ne dise pas à mes funérailles qu'il expose Socrale, qu'il l'emporte, qu'il l'enterre; car il faut que tu saches, mon cher Criton, lui dit-il, que parler improprement ce n'est pas seulement une faute envers les choses, mais c'est aussi un mal que l'on fait aux âmes. Il faut avoir plus de courage, et dire que c'est mon corps que lu enterres; et enterre-le comme il te plaira, et de la manière qui te paraîtra la plus conforme aux lois.
En disant ces mots , il se leva et passa dans une chambre voisine pour y prendre le bain ; Criton le suivit , et Socrate nous pria de l'attendre. Nous l'attendîmes donc , tantôt nous entretenant de tout ce qu'il nous avait dit , et l'examinant encore , tantôt parlant de l'horrible malheur qui allait nous arriver; nous regardant véritablement comme des enfants privés de leur père, et condamnés à passer le reste de notre vie comme des orphelins. Ai)rès qu'il fut sorti du bain, on lui ajiporta ses enfants, car il en avait trois, deux en bas âge ', et un cpii était