‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 151 sur 756 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

JOSEPHINE , asaiae à droite , et tenant à la main son ouvrage, dont elle ne inoccupé pa»; GRINCHEUX» à gauche, devant la table , et écrivant.

GRINCHEUX, relisant aon mémoire.

« Mémmre des ouvrages Dadts par moi Grin- » cheux, maître menuisier, dans le ch&teau de » M. le comte de ViUe? allier. » Le plus beau château des environs de Bordeaux I Un immense manoir féodal , qui, de tous les côtés, tombait de noblesse* et qa'U a fallu remettre à neuf. ( sinterrompaat et appelant.) Joséphine !••• OUI femme !••• madame Grincheux!...

JOSÉPHINE

Qu'est-ce donc?

GRINCHEUX

Qu'est-ce que tu fais là ?

Moi ?... je travaille à la robe de madame.

GRINCHEUX

Ce n'est pas vraL.. tu étais encore à rêvasser... et je n'aûnepasça... est-ce que tu vas faire comme madame la comtesse, qui, depuis m mois, est toujours triste, souffrante et malade?... elle du moins, c'est une grande dame, qui a une belle maison, une belle fortune, un bon mari!... Elle peut être triste, elle a le temps... Mais une cou-

turière comme toi, qui tourne à la mclaucolic, c'est béte, vois-tu ; parce que, pendant ce temps-là, l'ouvrage ne va pas.

JOSÉPHINE

Vous êtes toujours à gronder.

GRINCHEUX, ae levant, et allant à elle.

C'est qu'en vérité je ne te reconnais pas. Voilà quatre ans que nous sommes mariés , et autrefois tu étais vive, joyeuse, toujours de bonne humeur; et quand j'étais à ma menuiserie , et toi à ta couture...

Air : Tenez , moi , je $uiê un bon homme. Tu chantais toujours, Dieu sait comme!

Des r'frains qu'étaient bien amusants...

El puis, pour embrasser ion homme.

Tu t'interrompais d' temps en temps.

Ça nous faisait fair' bon ménage.

Chansons par-ci, baisers par-là!

J' travaillais deux fois davantage.

Et les pratiquas payaient tout ça.

Et puis autrefois... le dimanche , tu te faisais belle pour moi... nous sortions ensemble... mais à présent , les jours de fête... hier , par exemple, où as-tu dîné et passé la soh*ée ?

Chez madame Gravier, ma tante.

GRINCHEUX

C'est singulier qu'elle ne aidait pas invité !... Aussi, toute la journée, j'ai promené paternellement nos deux garçons dans les allées de Toum y, et au château Trompette... de sorte qu'en revenant, il a fallu les porter sur chaque bras... et le soir, pour me relmre , j'ai eu une dispute.

ŒUVaSS COMPLÈTES DE SCaiBE.

JOSÉPHINE

Vous êtes si gentil !

GRINCnEUX.

Je ne snis pas mal... D'ailleurs, en m'époasant, ta me connaissais.

Am ; De sommeiller encor, ma chère.

Je ne t'ai point trompé, ma chère :

J'étais comm' ça quand tu m'as pris; Pas beau, mais d'un bon caractère, Ella beauté n'a pas grand prix:

Ses avantag's sont trop rapides ; Hais la laideur, mais les bons sentiments, Ce sont des qualités solides Qui resi' et qui durent longtemps.

Ainsi ce n*est pas moi qui suis changé, c'est toi.

JOSÉPHINE

Par exemple I

GRINCHEUX

Oui... ouL.. depuis quelques mois à peu près.

JOSÉPHINE

Si on peut dire des choses pareilles !... Apprenez, monsieur Grmcheux...

GRINCHEUX

n n'y a pas besoin de se fâcher ni de rougir comme tu le fais... Tais-toi : car voilà le vieux Ballhasar, mon cousin, Tintendant du château, qui de sa nature est toujours de mauvaise humeur.

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