‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 181 sur 756 · SCÈNE IL ANGÉUQUE, ROSE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL ANGÉUQUE, ROSE

ANGÉLIQUE

Bonjour, Rose.

ROSE

Te voilà , c'est bien heureux ; depuis hidt jours qu'on ne t'a vue !

ANGÉLIQUE

C'est vrai ; ma mère a été un peu malade ; mais

aujourd'hui elle se sent mieux , elle va porter mon ouvrage chez le marchand qui me donne de la musique à graver ; un air magnifique , ma chère, une cantate de Méhul, pour la fête du premier consul; et je me suis échappée en disant que je venais travailler avec toi.

ROSE

C'est bien, nous allons causer.

ANGÉLIQUE

Et j'en ai tant à te demander! Qu'est-ce qu'on dit donc dans le quartier, que tu vas te marier ?

ROSE

Eht mon Dieu! hier soir encore c'était une affaire arrangée : tout était prêt , les bans publiés, c'était pour aujourd'hui à trois heures.

ANGÉLIQUE

Et avec qui donc?

ROSE

Avec monsieur Guichard.

ANGÉLIQUE

Ce jeune médecin de notre quartier?

ROSE

Médecin , à ce qu'il dit. Le fait est que , dans le temps de la réquisition, il s'est mis officier de santé, pour ne pas partir soldat; du reste, ni beau, ni laid, ni bête, ni méchant, mais ennuyeux à faire plaisir.

ANGÉLIQUE

Qu'hnporte? s'il est bon : c'est l'essentiel pour un mari.

ROSE

Oui; mais le moyen d'aimer ça, moi qui ne veux me marier que par amour! moi, à qui il faut une passion dans le cœur, dusse -je en mourir!

ANGÉLIQUE

Y penses-tu!

Ah ! il n'y a que cela de bon.

Air : Ne voit-iu pat. Jeune imprudent.

Même quand il nous fait souffrir.

Combien an amour a de charmes!

}i9 pas manger, ne pas dormir, Ne se nourrir que de ses larmes!...

Puis ne plus travailler jamais, Se promener triste et rêveuse...

Ah : ma chère , si tu savais Quel bonheur d'être malheureuse!

ANSÉLIQUB , soupirant.

Ah ! tu as bien raison ! Pourquoi alors donner des espérances à ce monsieur Guichard ?

ROSE

Ce n'est pas moi, c'est maman qui lui trouvait des qualités. Il est vrai qu'il a six mille livres de rentes; et ma pauvre mère, qui ne rêve qu'aux moyens de quitter notre cinquième étage de la

rue Serpente , et qui met tous les jours à la loterie sans en être plus riche...

AKGÉLIQUE.

Il y a des numéros qui ne sortent jamais.

ROSE

C'est ce qu'elle dit : et elle pensait qu'un mari serait moins difficile à attraper qu'un terne ; aussi , elle avait arrangé tout cela pour anjourdliai. Mais après avoir bien hésité, bien plem^, j'ai pris une belle résolution , j'ai écrit à monsieur Guichard que je ne l'aimais pas, que je ne l'aûnerais jamais, et la lettre vient de partir.

ANGÉLIQUE

Tu as bien fait , il valait mieux tout lui dire.

ROSE

Oh ! je ne lui ai pas tout dit, ni à ma mère non plus; mais à toi, je peux te l'avouer: c'est que j'ai un amoureux.

ANGÉLIQUE

Il serait possible!

ROSE

Celat'étonne?

ANGÉLIQUE

Ah ! mon Dieu , non , car j'en ai un aussi

ROSE

Et tu ne me le disais pas! (eu» h^meyenHat le derut

de u scène.) Coute-moi douc ça. Le mien est jeune, il est aimable, il est charmant

ANGÉLIQUE

Comme le mien.

ROSE

Des yeux noirs , l'âme sensible , et les cheveux bouclés, comme lord Mordmer, que nous Usions l'autre mois , dans ce nouveau roman qui vient de paraître : les Enfants de V Abbaye.

ANGÉLIQUE

Eh bien I le mien lui ressemble aussi.

ROSE

Ce doit être : tous ceux qu'on aime se resMBblenu Et t'a«t-il £ut sa déclaration?

ANGÉLIQUE

Du tout : il ne m'a jamais rien dit ; ni moi non plus.

ROSE

Est-elle bête ! Nous ne sommes pas ahisi ; nons nous entendonsà merveille ! Nous étions convenus d'un signal, il jouait sur son violon : car il Joae du violon.

ANGÉLIQUE

Comme le mien.

ROSE

Un coup d'archet étonnant; il jouait une romance nouvelle d'un nommé Boîeldieu :

Vivre loin de ses amours.

Cela voulait dire : « Me voici, puis<je paratu^?» Et moi j'achevais l'air sur ma guitare , ce qui voo-

JEUNE ET VIEILLE

lait dire : « Je Bds seule* » Et puis, quand il j iTtit des olMftdes, nous nous écrivions.

AlIGiLIQUE.

Ah! que ce doit être gentil de recevoir des lettres!

ROSB.

Je le erois bien... Et puis c'est si commode !

Ai%i Cê fuê féprou^fê en 9omwf/tmt êênê M iMtabler, ud amoureni VooB dit ainsi tout' M pensée ; De roufir on n'est pas forcée, On n'a pas h baisser les yeux ; Et puis , Yois-to » œ qui raut mieai.

Quand de prés il dit : y vous adore 1 Ce mot-là, auoique bien joli, 8'effSice et s'éloigne aYec lui ; Mais par lettre on Péconte encore Longtemps après qu'il est parti.

Et je te montrerai les siennes; quelle ardeur! quelle passion I ça brûle le papier ! Pourvu qu'on ne me les enlève pas. Je crois que ma mère a des soupçons; Je l'ai vue rôder encore ce matin..,

AACÉUQUB.

Oàsont-elles?

j)ansma(K)mmode.

ANGÉLIQUB.

Venx-tn que Je les emporte, que je les cache diamoi?

BOSB.

Ah ! tu me rendrais un grand service. Tiens, TOici la def; le troisième tiroir k droite, sous un fichu, derrière mes bas de soie, (au moment oà

Aagéliqae ta te lerer, on entend touMer.) Chut ! OU

vieat

ANGÊLIQtJB.

Cesttamère.

BOSIS.

Ne bouge pas.

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