‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 233 sur 756 · AUGUSTA, HENRIETTE · texte numérisé non relu

AUGUSTA, HENRIETTE

AUGUSTA

Eh bien ! mademoiselle Hem*iette , est-ce que vous devenez grande dame ? On ne peut plus vous voir.

HENRIETTE

La signora Augusta !... Pardon , Madame. âugusta.

Et la robe que vous m'avez promise pour ce matin , et dont vous vous étiez chargée vousmême?

HENRIETTE, i part.

Ah ! mon Dieu! ( Haut. ) Elle n'est pas encore terminée.

AUGUSTA

Il me la faut cependant pour aujourd'hui ; car j'ai une soirée que je ne puis remettre.

HENRIETTE

Un concen... j'entends.

Air : Un homme pour faire un tableau.

Vous chantez des airs d'opéra Devant votre juge suprême , Notre grand -duc...

AUGUSTA

Mieux que cela.

C'est devant le public lui-même... Grand seigneur qu'on doit révérer.

Juge difficile à surprendre.

Qui se fait souvent désirer, Mais qu'on ne fait Jamais attendre.

Ainsi, dépécbez-vous.

HENRIETTE

Soyez tranquille ; je vous promets qu'il n'y a pas pour un quart d'heure d'ouvrage.

AUGUSTA

Ah I oui; les quarts d'heure des couturières, c'est comme les caprices des chanteuses, cela n'en finit jamais ; et je ne sors pas d'ici que je n'aie avec moi ma robe. En même temps , et pendant que j'y suis , prenez-moi mesure pour une robe de bal.

HENRIETTE

Votre mesure , je l'ai.

AUGUSTA , te regardant dans la psyché.

Elle n'est pas exacte; depuis huit jours je maigris horriblement; j'ai tant de contrariétés!

HENRIETTE

Vous avez des chagrins ?

AUGUSTA

De très-grands. Une débutante qui arrive, des intrigues, des cabales. Heureusement, le surin-

tendant est pour moi; ce qui est bien pénible, car il est ennuyeux à la mort.

HENRIETTE , apprêtant aesmeaurea.

Et moi , qui trouvais si beau d'être artiste! moi, qui enviais votre sort, à vous et à mademoiselle Sontag!

AUGUSTA

Ne m'en parlez pas. Je me suis dit vingt fois que j'aimerais mieux être une simple comtesse , noe simple baronne , avec vingt ou trente mille livres de rentes, et même un mari I... que d'être coaune je suis.

HENRIETTE, lui prenant mecure.

Est-il possible !

AUGUSTA

Certainement, les cantatrices ont quelques avantages; ici , surtout, en Allemagne , il y a on peu d'enthousiasme , les populations arrivent à leur rencontre, les princes vont au-devant d'elles, on leur frappe des médailles... Ne me faites pas surtout les entoiu*niu*es trop étroites... L'encens, les triomphes, les couronnes, c'est bien; mais cela passe si vite , le public a tant dinconstance!

HENRIETTE

Vraiment.

AUGUSTA

Et il parle de la nôtre , lui !... qui oublie quinze ou vingt ans de succès poiu* le premier petit minois qui a de la jeunesse et de la fraîcheur. Tenez, le public, je le déteste... en masse!... etjem'eo venge tant que je puis en détail. Qu'est-ce que vous mettrez pour garniture?., des rouleaui?..* des volants ?...

HENRIETTE

Mieux que cela ; tout autour des bouquets espacés, cela vous ira à merveille, et vous serez charmante.

AUGUSTA

Tant mieux ; pas pour moi , mais pour eux ; je serai enchantée de les désespérer. C'est si agréable d'être aimée quand on n'aime personne !

HENRIETTE, achevant de prendre Mi mmam.

Quoi ! jamais personne ?

AUGUSTA

Jamais!... Je ne dis pas, une fois, peut-être, à ce que je crois... un jeune semeur riche, aimable, charmant, adoré de toutes les dames; elles en sont tontes foUes , elles courent toutes après lui , je ne sais pas pourquoi I... et il m** abandonnée !•••

HENRIETTE

Pas possible !

AUGUSTA

Le seul que j'aie aimé; aussi cela m'apprendra, et si on m'y reprend jamais...

LES TROIS MAITRESSES

Aift : J'en Quelle un pelil de mon âge: Loi, vous trahir. Mademoiselle, Et TOCS l'aimez?

AUGUSTA

Précisément.

Cest parce qu'il m'est inlldèle Que peulrélre je l'aime autant.

Lorsque les amours nous maîtrisent.

Non , rien n'attache, en vérité, Autant qu'une inûdelité...

Tous mes amoureux me le disent.

Et TOUS , ma petite , avez-vous quelque inclioation?

HENBIETTB.

Moi, Madame?

AUGrSTA.

n De faut pas rougir ; pour être couturière , ou n'est pas obligée d'être insensible, les amours et la couture vont très-bien ensemble.

HENRIETTE, baissant les yeux.

Du tout. Madame , je ne sais pas ce que vous teniez dire...

(Oo enleud tomber un meuble daos le cabinet où est Ro*

dolphe.)

AUGUSTA

Qu'tist-ce que j'entends là?

HENRIETTE, troublée.

Une de mes ouvrières, qui travaille dans ce rabinet.

(On enteud Rodolphe qui prëlude sur le piano, et qui fait

quelques roulades. )

AUGUSTA

Très-bien ! un superbe contralto. Cette ou- Trière-là...

HENRIETTE , à part.

L*impnident !

( Roddphe chante quelques paroles. ) AUGUSTA , i part.

Dieu l c'est la voix du comte ! qu'est-ce que cela agniflc? (Se retournant, à Henriette.) £h bien! Mademoiselle, cette robe?... je ne m'en vais pas sans l'avoir, je vous l'ai dit.

HENRIETTE. '

Mais, Madame...

AUGUSTA

Fh bien ! alors , finissons-en ; et puisqu'il n'y a que pour un quart d'heure d'ouvrage, dépêchezvous.

HENRIETTE

Certainement Mais vous , pendant ce temps...

AUGUSTA

J'attendrai ici. Voyez si vous voulez que j'y restejusqu'àcesoir.

HENRIETTE , vivement.

Oh l mon Dieu , non. ( a part. ) Et ce ne sera pas long , puisqu'il n'y a que ce moyen de s'en débarrasser, (uam. )Dans Tinstant , vous allez l'avoir. (Augoita U regarde avec impatience.) DaUS l'in-

stant , Madame. ( a part, en sorunt. ) Heureusoment qu'il est enfermé.

(EUesort.)

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