SCÈNE XVL MORTON , GEORGINA
GEORGINâ.
£h I mais , où alliez-vous donc?
MOBTOIV.
Je quittais ces lieux.
GEOBGINi.
Ce n'est pas possible , vous m'avez promis de rester jusqu'à ce soir, et vous qui savez ce que c'est que la foi jurée , vous ne voudriez pas y manquer.
MOBTON.
C'est vrai , on doit tenir parole, même à ses ennemis... C'est pour cela que je te prie de me rendre la mienne.
Parle^vous sérieusement?
MORTON
Oui
GEORGINA
Alors , je me garderai bien de vous obéir, avant de savoir d'où vient cet air sombre et menaçant... Que se passe-t-il eu votre cœur ?
HOBTON.
Ne cherche pas à le connaître ; car moi, qui
ne sais ni tromper, ni feindre , je te dirai la vérité.
GEOBGINA.
Je la demande.
MOBTON.
Et tu me laisseras sortir ?
GEOBGINA.
Oui.
MOBTON.
Eh bien, femme , je te méprise I... adieu.
GEOBGINA , le retenant.
Norton, Morton... ne me quittez pas ainsi... Vous ne voulez pas me réduire au désespoir. •• Restez, restez , de grâce !
MOBTON.
Me retenir encore , après ce que je t'ai dit.
GEOBGINA.
Vous m'avez donné le coup de la mort... mais n'importe , restez ; j'aime mieux votre mépris que votre absence.
MOBTON.
Ah ! qui ne la croirait avec cette voix si douce et ce regard suppliant! Qui que tu sois, tu ne me tromperas plus. La ruse est ton instinct; c'est ta vie, c'est ton être ! Le mien, c'est la franchise... Avant de te quitter pour jamais , je te dirai tout... Ce triomphe que ta vanité désirait , tu l'as obtenu , tu as réussi à troubler mes sens, à égarer ma raison... je t'aimais t
GEOBGINA.
Vous! grand Dieu!
MOBTON.
Oui, perfide... oui, ingrate!
GEOBGINA, avec joie.
Parlez... parlez... je puis tout entendre mamtenant
MOBTON , furieux.
Elle se rit encore de mes maux!... elle ignore ce que je souffre ; elle ne sait pas que ce cœur qui ne s'était jamais donné, lui était dévoué... lui aurait tout sacrifié , aurait tout bravé pour eUe.
GEOBGINA , eochantée.
Ah ! que c'est bien !... continuez.
MOBTON , avec colère.
Non, je ne continuerai pas, la raison m'est revenue , et tu n'es plus à craindre : car je te vois telle que tu es , toi et ce lord Darsie.
GEOBGINA.
Tu serais jaloux!... rassure-toi ; je lui avais promis de l'épouser, c'est vrai , mais si je n'aimais personne... et ce serment-là , je crois que j'en suis dégagée.
MOBTON.
Tu espères en vain m'abuser, me donner le
change ; je connais ta perfidie; tiens, en voici la preuve.
( n lai donna la lettre de Danie.) GEORGINA. , après l'aToir lue.
Quoi! c'est là ce qui te fâche? n'est-ce qae cela?
HOBTON , arec colère.
Et que peux-tu y répondre?
GEORGINA , froidement.
Que ce matin, c'était vrai peut-être, et que maintenant...
HOETON.
Eh bien I
GBORGINA.
Mais vous ne me croiriez pas; vous auriez raison : ce n*est plus à mes discours , c'est à ma conduite à vous prouver si je vous aime. Tout à l'heure , je l'espère, vous n'en douterez plus ; et après cela, toi, mon protecteur, mon ami, mon maître , tu décideras de mon sort.
( Elle va I son appartement, et, an moment de rentrer, elle jette un regard sur Iforlon an regard affectueux. En ce moment entre Toby , qui aperçoit Georgina prête à sortir, et regardant encore Morton.)