SCÈNE XIX
Les Précédents, GEORGINA, TOBY.
6E0B6INA , entrant avec effroi.
Qu*ai-je entendu ? quel est ce bruit?
MOBTON.
Rien, un raisonnement que je faisais à milord, et dont, je Tespère , il doit reconnaître la justesse.
DABSIE.
Parfaitement!
GEOBGINA.
Je respire... cela m'avait fait une peur... une frayeur...
MOBTON.
Et maintenant que je f ai prouvé que je ne manquais ni de force ni d'adresse , il m'est permis de te faire un aveu; c'est que je l'aime, je l'adore, et que je ne puis l'épouser.
DABSIE et GEOBGINA.
DABSIE.
Et pourquoi?
MOBTON , montrant Tobj qni s*est avancé.
Tiens , voilà ma réponse.
DABSIE.
C'est mon secrétaire de ce matin.
MOBTON , k Georgina.
Que sa vue te rappelle tes promesses... Juge tes devoirs ; je connais les miens. .. et ce n'est pas moi qui serai jamais cause d'un manque de foi.
TOBY , tristement.
Vous êtes bien bon, monsieur Morton... ce n'est plus possible!
TOUS
Et comment cela?
TOBY
En vous quittant, je n'ai pu y tenir, j'ai été chez elle, chez Catherine... (a Georginaj Pardon, Mademoiselle, de vous appeler encore amsi; c'est la dernière fois. ( a Morton. ) Elle m'a tout dit , elle m'a avoué qu'elle aimait quelqu'un ; et , quand elle me Ta eu nommé , il m'a été impossible delui faire un reproche... En ce moment est entrée Betty qui venait chercher madame... j'ai couru à elle , je lui ai proposé de l'épouser demain... att<
jourdlmi... quand elle vondrait... Pauvre Bettyl elle est si heureuse , que je le suis aussi... et je viens vous faire part que la bénédiction nuptiale aura lieu ce soir, entre huit et neuf, église Sainte-Marguerite, paroisse de 'Westminster.
GEORGINA
BonTobyl
MORTON
Et qui t'obligeait à un pareU sacrifice? tu n*es pas quaker, toi!
TOBT.
C'est égal , je suis honnête homme.
DABSIB.
Est-il stnpide, oelui-là...
MORTON
0 Ben-JohnsonI celui-là était phis digne qœ moi de professer tes principes I
TOBY , paMADt k U droite de Morton.
Monsieur Morton, d'être quaker, est-ce que cela guérit du chagrin ?
MOBTOIf.
Cela instruit à le supporter.
Eh bien ! écoutez... je me marie ce soir; dmîs demain matin , vous me ferez quaker.
NORTON
Va, tu n'en as pas besoin, mais tu s^^ mon frère , celui de Georgina... et lorsque ton amour se sera calmé avec le temps, tu viendras nous rejohidre avec ta femme , vivre avec nous , augraoïter notre bonheur, en y mêlant le tien... je t'enseignerai mes principes... et j'apprendrai de toi à les pratiquer.
GHOEVB.
AiR: Qu'à jamùii elh rttte «tout Pél«r%el $^our (d«
DiBO BT LA BATABtRl).
On croyail être Mge, Le sort rit de nos voui.
En Tain U raison nous engage ; Parfois le hasard nous sert encor mieux. Et souvent le plus sage î^est que le plus heoreax.
^(^Sf^m^^'-
LA FAVORITE
Représentée , pour la première fois , à Paris , sur le théâtre du Gymnase dramatique ,
le 16 mai 1831.
Ver»onnagr0*
Lord SUNDEBLAND.
Miss RÉGINALD, sa sœur.
COVERLV, ancien marin.
Sia ROBERT, propriéuire puritain.
ARTHUR, neten de SunderUnd.
Miss CLARBNCE , pupille de sir Robert.
KETTLY , femme de chambre de Clarenoe.
GeHS du OVATIAC.
Domestiques.
M paiM âmoM U CtaiBiVerUiid , au ohàleau de SondarkkDd.
U théâtre représente vno Mlle golbiQue du ciiàteaa de lord Sunderland. Porte «o (end. deu portes latérale*. Sur le premier plan , a droite dé racteur, une grande croisée. Du cOlé opposé, une table avec écriloire, papier, plumes, etc.
Lord SUNDCRUND, tfiss RÉGINALD et GO-
VERLY sont autour d'uoa petite table ronde; miss B^ginald lit uoa gasette; lord SuuderlaiMl ei Govatlj ftunent i et boiTtnt do temps ea temps un Terre de punch.
COTERLY.
Et tonte la cour» qui voyage» est à Carliste.
SUNDBRLAIfD » k m
A deux lieieB de mon cbâtean... Vmm en êtes bien sûre» ma sœur.
Miss RÉGIIf ALD.
C'est la gazette qd te dit.
PESMIEE COUPLET.
Au : Cêit det bétis't d'aimer eomm' (• (de M. L'Huillier).
« Hier, la nouvelle est constante, » On prétend que sa majesté m Donnait une fête charmante, » Où chaeuD lui fut présenté, i»
Par le journal c'eat atlwté.
« On a dansé la nuit entière » Des menuets, des petits pas. »
COTBRLT.
Des menuets, des petits pas !
SUNDERLAND
S'es(-on bien amusé , ma ehète ?
MISS RÊGINALD.
La gaaetle n'en parle pas.
DEDXllME COUPLET.
SUNDERLAND , prenant la gaaette et lisant.
w Miss Arabellc était absente,
» Au bal elle n'a point paru ;
» Et notre reine était brillante
M D'attraits, de gréce et de vertu.
» Attentif et galant prés d'elle,
» Le prince admirait ses appaa. »
COYERLY.
Le prince admirait set appas!
MISS RÉGINALD
Mais leur est-il toujours fidèle?
SUNDERLAND
La gasetle n'en parle pas.
Non... elle n'en parle pas.
Mais ce que je vois de certain, c'est qnlls s^amnaent à te coor... ils s'amnsent sans nous 1
COVSRLY.
Le roi Jaoqoes si près de ce cbfttean! Par saint George ! si son mawais génie powait Vf amener!...
MISS RÉGINALD
U n'aura garde... Quelte diiTérence d'avec feu sonaiigastefrère,S.M. Chartes n » qui ne fusait pas un voyage dans le Cumberland sans s'arrêter dans ce château I... Mais aussi, quelte galanterie I que d'exploits brillants!... on lui a connu au moins deux cents maltresses, (baissant les ^eual sans compter celles qu'on ne connaissait pas.
Et sous son r^e , quels bals ! quelles fêles t
quels banquets t c'était là un souverain t... un cœur... et un estomac vraiment royal I... Mais sous ce nouveau règne , on ne sait pas vivre.
UISS RÉGINALD.
On supprime toutes les places de la cour.
COVERLY.
On renvoie tous les gens de tête et de mérite.
SUNDERLAND
On nous destitue , on nous exile dans nos terres; moi , ancien maître des cérémonies!
COVERLY.
Moi» ancien soldat parlementaire !
MISS RÉGINALD
Moi , ancienne demoiselle d'honneur!
SUNDERLAND
Cela ne peut pas aller ainsi.
COVERLY.
Cela ne peut pas durer.
mSS RÉGINALD.
11 nous faut un autre roi.
(Us M lèvent. Lord Sunderland eolève U table , et la place
sur le c6té k gauche.)
COVBRLY.
A quoi bon? celui-là ou un autre , ce sera toujours la même chose, il y aura toujours des gens plus riches que moi ; car je n'ai pas un schelling! Parlez-moi du lord Protecteur, de feu Cromwell... Air da vaudeville de VÊcu de tix frana, 11 n'était pas très-monarchique; Mais quel honnête homme!
MISS RÉGINALD
Allez-vous Nous vanter ce temps anarcbique?
. COVERLY.
C'était là le bon temps pour nous, Oui, c'était le bon temps pour nous !
Car les plus riches à la ronde Etaient ceux qu'on voyait sans bien...
On ne pouvait leur prendre rien , lis pouvaient prendre à tout le monde.
Avec ma bonne épée , j*étais reçu et choyé partout ; votre beau château de Sunderland m*aurait convenu , je m'y installais , et vous aviez la bonté de vous en aller en criant : rive Cromwell /... et chapeau bas , encore ; sinon , je faisais sauter le chapeau» et souvent la tête avec On était heureux alors ! on était libre 1
MISS RÉGINALD , à part.
Dieu ! que ces gens-là ont mauvais ton!
COVERLY.
Maintenant» des shénffis, des constables , des lois, tout Tattirail de la tyrannie. Pauvre Angleterre ! où en es-tu réduite !
MISS RÉGINALD, myatérieuaement.
Cela changera peut-être bientôt.
COVERLY.
Vous croyez?
MISS RÉGINALD
Je Tespère; et comme on peut se confier à vous, comme vous êtes un homme de cceor...
SUNDERLAND
Dont nous avons peut-être besoin , je vous ai invité à venir prendre le punch, ce soir, arec nous.
COVERLY.
Comme vous voudrez , mon voisin ; je ne refuse jamais. Vous êtes riches, vous autres , et ngosne le sommes pas, c'est notre part que vous avez; alors les dîners que vous me donnez soufent, Targent que vous me prêtez quelquefois, j'accepte sans façon , parce que cela tend à rétâiblir Téquilibre... (Lui tendant u main.) Et régalitéafaot tout : voilà comme je suis.
SUNDERLAND
Vous êtes bien honnête.
COVERLY.
Eh bien! vous disiez donc.
SUNDERLAND
Que nous passons ici , entre amis , notre temps à consph*er.
COVERLY.
Ça ne peut pas nuire.
MISS RÉGINALD
Et cela occupe.
( On frappe en debora, & U poriedu fiond. ) SUNDERLAND.
Ah ! mon Dieu ! qui peut frapper ainsi?
MISS RÉGINALD
Je suis toute tremblante.
SUNDERLAND
Si c'étaient des émissaires du roi ?
( On frappe de nouveau. ) RORERT, en dehors.
Ouvrez-moi donc !
MISS RÉGINALD, allant ourrir.
C'est sir Robert , un des nôtres.
COVERLY.
Le seigneur du château voisin ; ce vieU avare puritain que je ne puis soufirh*.
SUNDERLAND
Ni moi non plus !... nous ne sommes jamais d'accord; mais quand on conspire, ça ne £ût rien.
( Pendant ce tempa , miaa Ronald a été ouvrir la porte do fond , et est entré sir Robert , qni ra saluée. )